L’or est à la peine, depuis 15 jours. « L’élection américaine est sans doute responsable de nombre de mouvements sur les marchés (remontée du dollar et des rendements des obligations d’Etat, NDLR), (qui) peuvent sans doute expliquer en partie la chute des cours des métaux précieux« , relève Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI Asset Management.

Pour autant, l’expert juge que l’accélération baissière du 11 novembre est plus probablement liée à une rumeur de marché : un possible arrêt, jusqu’en mars 2017, des importations d’or de l’Inde. Le gouvernement chercherait à éviter que les bijoutiers permettent à leurs clients d’acheter leur métal jaune avec des billets de 500 et 1000 roupies, moyennant une commission importante (des primes sur le prix de l’or allant jusqu’à 50% ont été observées), explique l’expert. New Delhi a en effet décidé de démonétiser ces grosses coupures (afin de lutter contre l’argent noir et l’économie souterraine, ainsi que la corruption et la fraude fiscale), qui vont être retirés de la circulation. Et ce, alors qu’elles représentent 86% de la monnaie !

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L’enjeu d’un éventuel coup d’arrêt aux importations d’or de la plus grande démocratie du monde est considérable, puisqu’elle est un des tous premiers consommateurs d’or : elle représentait en effet en 2015 19% de la demande planétaire de pièces et lingots et 28% de la demande de joaillerie, selon des chiffres du Conseil mondial de l’or.

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Cependant, un éventuel arrêt des importations d’or de l’Inde n’aurait bien entendu pas vocation à durer, ce qui offrirait aux investisseurs une fenêtre de tir pour acheter du métal jaune à bon compte. Et ce, d’autant que le contexte global lui reste très favorable à moyen et long terme…

A cet égard, Benjamin Louvet relève que la dette publique des Etats-Unis (qui représente déjà 108% du PIB, selon le FMI) pourrait faire un bond sous l’ère Trump, dont les mesures envisagées (baisses d’impôts et dépenses publiques accrues) pourraient avoir un coût total de plus de 5.000 milliards de dollars, soit plus de 30% du PIB, d’après le Comité pour un budget fédéral responsable (CRFB). Dans ces conditions, une remontée des taux gonflerait de façon significative le coût de la dette.

Selon l’expert, cette « prison de dettes » (…) permet de rester optimiste sur l’or (…) car elle assure que « toute remontée des taux n‘est envisageable que dans un contexte inflationniste pour éviter la banqueroute et maintenir la soutenabilité des remboursements« . Or, si la hausse des taux d’intérêt va de pair avec celle de l’inflation, les taux réels (taux d’intérêt corrigés de l’inflation) resteront mécaniquement faibles, si bien que l’or (qui ne génère pas de revenu intrinsèque) devrait rester un actif attractif comparés aux actifs financiers traditionnels (obligations, actions…).

Historiquement, l’or se comporte extrêmement bien lorsque les taux d’intérêt réels sont faibles ou négatifs

 

A cet égard, « l’une des plus fortes phases d’appréciation de l’or (+288%), à la fin des années 70, s’est produite alors même que les taux d’intérêt étaient supérieurs à 8% (mais négatifs, corrigés de l’inflation) !« , souligne Benjamin Louvet.

 

« Même si l’attitude du gouvernement indien pourrait peser sur les cours de l’or à court terme, la baisse actuelle pourrait donc constituer une rare opportunité d’achat compte tenu d’une dette devenue de plus en plus ingérable« , conclut-il.

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