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L’atmosphère extérieure de la Terre s’étend en réalité bien au-delà de la Lune

L’atmosphère extérieure de la Terre s’étend en réalité bien au-delà de la Lune

La géocouronne est la partie lumineuse de l’exosphère terrestre. Toutefois, pendant longtemps la configuration de cette structure est restée incertaine. Une récente découverte basée sur des observations de l’observatoire solaire et héliosphérique SOHO montre que la couche gazeuse qui enveloppe la Terre s’étend en réalité jusqu’à 630 000 km, soit 50 fois le diamètre de notre planète.

« La Lune évolue dans l’atmosphère de la Terre » déclare Igor Baliukin de l’Institut de recherche spatiale de Russie. « Nous ne le savions pas avant de dépoussiérer les observations faites par le satellite SOHO il y a plus de deux décennies ».

Là où notre atmosphère se confond avec l’espace, il existe un nuage d’atomes d’hydrogène appelé géocouronne. SWAN, l’un des instruments d’observation de SOHO, a utilisé ses capteurs sensibles pour tracer la signature de l’hydrogène et détecter avec précision la distance jusqu’où s’étendent les limites de la géocouronne. Les résultats ont été publiés dans la revue Journal of Geophysical Research: Space Physics.

Illustration montrant la géocouronne terrestre. Crédits : ESA

Illustration montrant la géocouronne terrestre. Crédits : ESA

Pour les planètes contenant de l’hydrogène dans leurs exosphères, la vapeur d’eau apparaît souvent plus près de leur surface. C’est le cas pour la Terre, Mars et Vénus. « Cela est particulièrement intéressant lorsque l’on recherche des planètes avec des réservoirs d’eau potentiels au-delà de notre système solaire » explique Jean-Loup Bertaux, co-auteur de l’étude.

Le premier télescope sur la Lune, placé par les astronautes d’Apollo 16 en 1972, capturait une image évocatrice de la géocouronne entourant la Terre et brillant dans les UV. « À cette époque, les astronautes à la surface lunaire ne savaient pas qu’ils étaient encore réellement présents dans les limites de la géocouronne » indique Bertaux.

Nuage d’hydrogène et géocouronne

Le Soleil interagit avec les atomes d’hydrogène par le biais d’une longueur d’onde particulière de lumière ultraviolette appelée Lyman-alpha, que les atomes peuvent à la fois absorber et émettre. Ce type de lumière étant absorbé par l’atmosphère terrestre, il ne peut être observé que depuis l’espace.

Grâce à sa cellule d’absorption d’hydrogène, l’instrument SWAN pourrait mesurer sélectivement la lumière Lyman-alpha de la géocouronne, et rejeter les atomes d’hydrogène appartenant à l’espace interplanétaire. La nouvelle étude a révélé que la lumière du Soleil comprime les atomes d’hydrogène dans la géocouronne du côté terrestre, et produit également une région de densité accrue du côté nocturne.

La région la plus dense de l’hydrogène au niveau du jour est encore plutôt disparate, avec seulement 70 atomes par centimètre cube à 60’000 kilomètres de la surface de la Terre, et environ 0.2 atome à la distance de la Lune.

Image ultraviolette de la géocouronne terrestre prise par la mission Apollo 16 en 1972, depuis la Lune. Crédits : ESA

Image ultraviolette de la géocouronne terrestre prise par la mission Apollo 16 en 1972, depuis la Lune. Crédits : ESA

« Sur Terre, nous appelons cela le vide. Cette source supplémentaire d’hydrogène n’est donc pas assez importante pour faciliter l’exploration spatiale » ajoute Baliukin. La bonne nouvelle est que ces particules ne représentent aucune menace pour les voyageurs de l’espace lors de futures missions avec équipage en orbite autour de la Lune.

« Il y a aussi un rayonnement ultraviolet associé à la géocouronne, car les atomes d’hydrogène dispersent la lumière solaire dans toutes les directions, mais l’impact sur les astronautes en orbite lunaire serait négligeable par rapport à la principale source de rayonnement — le Soleil » précise Bertaux.

En revanche, la géocouronne terrestre pourrait gêner les futures observations astronomiques effectuées au voisinage de la Lune. « Les télescopes spatiaux observant le ciel dans les longueurs d’onde ultraviolettes pour étudier la composition chimique des étoiles et des galaxies devraient en tenir compte ».

Une meilleure compréhension de la géocouronne grâce aux archives de SOHO

Lancé en décembre 1995, l’observatoire spatial SOHO étudie le Soleil depuis plus de deux décennies, de son noyau profond à la couronne extérieure, en passant par le vent solaire. Le satellite est en orbite autour du premier point de Lagrange (L1), à environ 1.5 million de kilomètres de la Terre en direction du Soleil.

Image de la géocouronne prise par SOHO. L’ellipse en pointillés indique l’extension de l’orbite lunaire. Crédits : ESA/NASA/SOHO/SWAN

Image de la géocouronne prise par SOHO. L’ellipse en pointillés indique l’extension de l’orbite lunaire. Crédits : ESA/NASA/SOHO/SWAN

Cet emplacement est un bon point de vue pour observer la géocouronne de l’extérieur. L’instrument SWAN de SOHO a imagé la Terre et son atmosphère étendue à trois reprises entre 1996 et 1998. L’équipe de recherche de Jean-Loup et d’Igor en Russie a décidé d’extraire cet ensemble de données des archives pour une analyse plus approfondie. Ces vues uniques sur la géocouronne jettent maintenant un nouvel éclairage sur l’atmosphère de la Terre.

« Les données archivées il y a de nombreuses années peuvent souvent être exploitées pour de nouvelles sciences. Cette découverte met en évidence la valeur des données collectées il y a plus de 20 ans et les performances exceptionnelles de SOHO » conclut Bernhard Fleck, scientifique du projet SOHO de l’ESA.

Source : Journal of Geophysical Research: Space Physics

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Publié par le 24 février 2019 dans Espace, général, Sciences

 

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Les neuroscientifiques disent avoir trouvé une toute nouvelle forme de communication neuronale

Les neuroscientifiques disent avoir trouvé une toute nouvelle forme de communication neuronale

Les scientifiques pensent avoir identifié une forme de communication neuronale jusque-là inconnue qui se propage automatiquement dans les tissus cérébraux et peut basculer sans fil de neurones d’une section à l’autre du cerveau, même s’ils ont été sectionnés chirurgicalement.

Cette découverte offre de nouvelles perspectives radicales sur la façon dont les neurones peuvent communiquer les uns aux autres, par le biais d’un processus mystérieux qui n’est pas lié aux mécanismes conventionnellement compris, comme la transmission synaptique, le transport axonal et les jonctions communicantes.

“Nous ne connaissons pas encore la partie ‘Et alors’ de cette découverte”explique Dominique Durand, ingénieur neuronal et biomédical de la Case Western Reserve University.

“Mais nous savons qu’il s’agit d’une toute nouvelle forme de communication dans le cerveau, alors nous sommes très excités.”

Auparavant, les scientifiques savaient déjà que la communication neuronale ne se limitait pas aux connexions susmentionnées qui ont été étudiées en détail, comme la transmission synaptique.

Par exemple, les chercheurs savent depuis des décennies que le cerveau présente des ondes lentes d’oscillations neurales dont nous ne comprenons pas le but, mais qui apparaissent dans le cortex et l’hippocampe lorsque nous dormons, et sont donc supposées jouer un rôle dans la consolidation de la mémoire.

“La pertinence fonctionnelle de ce rythme réseau lent découplé en entrée et en sortie reste un mystère”, explique le neuroscientifique Clayton Dickinson de l’Université de l’Alberta, qui n’a pas participé à la nouvelle recherche mais en a discuté dans un article de perspective.

“Mais elle sera probablement résolue par une élucidation des mécanismes cellulaires et intercellulaires qui l’ont engendrée.”

À cette fin, Durand et son équipe ont étudié la lenteur de l’activité périodique in vitro, en étudiant les ondes cérébrales dans des tranches de l’hippocampe extraites de souris décapitées.

Ce qu’ils ont découvert, c’est que la lenteur de l’activité périodique peut générer des champs électriques qui, à leur tour, activent les cellules voisines, constituant une forme de communication neuronale sans transmission synaptique chimique ni jonctions de séparation.

“Nous connaissons ces ondes depuis longtemps, mais personne ne connaît leur fonction exacte et personne ne croyait qu’elles pouvaient se propager spontanément”a dit Durand.

“J’étudie l’hippocampe, une petite partie du cerveau, depuis 40 ans et ça me surprend toujours.”

 Cette activité neuronale peut en fait être modulée – renforcée ou bloquée – en appliquant des champs électriques faibles et pourrait être une forme analogique d’une autre méthode de communication cellulaire, appelée transmission éphaptique.

La découverte la plus radicale de l’équipe a été que ces champs électriques peuvent activer les neurones par l’intermédiaire d’un trou complet dans le tissu cérébral sectionné, lorsque les deux pièces demeurent à proximité physique.

“Pour s’assurer que la tranche a été complètement coupée, les deux morceaux de tissu ont été séparés puis rejoints tandis qu’un espace libre a été observé sous le microscope chirurgical”expliquent les auteurs dans leur article.

“La lente activité périodique de l’hippocampe pourrait en effet générer un événement de l’autre côté d’une coupe complète à travers toute la tranche.”

Si vous pensez que c’est bizarre, vous n’êtes pas le seul. Le comité de révision du Journal of Physiology – dans lequel la recherche a été publiée – a insisté pour que les expériences soient terminées de nouveau avant d’accepter d’imprimer l’étude.

Durand et son équipe s’y sont conformés consciencieusement, mais ils ont une bonne compréhension de la prudence, tout compte fait, étant donné la bizarrerie sans précédent de l’observation qu’ils rapportent.

“C’était un moment bouleversant pour nous et pour tous les scientifiques qu’on a racontés jusqu’à présent.”

“Mais chaque expérience que nous avons faite depuis pour le tester l’a confirmé jusqu’ici.”

Il faudra beaucoup plus de recherches pour déterminer si cette forme bizarre de communication neuronale se produit dans le cerveau humain – sans parler du décodage de sa fonction exacte – mais pour l’instant, nous avons une nouvelle science qui est choquante à bien des égards, comme Dickson l’observe adroitement.

“Bien qu’il reste à voir si les [résultats] sont pertinents pour les rythmes lents spontanés qui se produisent dans les tissus corticaux et hippocampiques in situ pendant le sommeil et les états semblables au sommeil”, a écrit Dickson, “ils devraient probablement (et littéralement) électriser le champ”.

Les résultats sont publiés dans The Journal of Physiology.

Source : ScienceAlert – Traduit par Anguille sous roche

 
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Publié par le 22 février 2019 dans général, Sciences

 

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Quel avenir pour nos emplois dans une économie de robots et d’IA avec Charles GAVE

 
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Publié par le 22 février 2019 dans économie, général, Sciences, société, Vidéos (Toutes)

 

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Un quart des vertébrés terrestres meurent à cause de l’Homme

Résultat de recherche d'images pour "Un quart des vertébrés terrestres meurent à cause de l’Homme"

Une récente étude nous révèle à quel point de l’Homme influence le destin des autres espèces de vertébrés terrestres de la planète. Sans surprise, l’impact est considérable, disproportionné. Les humains seraient directement responsables de plus d’un quart de ces disparitions.

La responsabilité de l’Homme

On observe un déclin évident des vertébrés sur la planète, mais quelles en sont les causes ? Une équipe de chercheurs du College of Environmental Science and Forestry de Syracuse, à New York, et du Département de l’agriculture des États-Unis, s’est récemment penchée sur la question. Ils ont pour ce faire étudié les causes connues de la mort de plus 42 000 vertébrés terrestres, recensées dans 1 114 études publiées.

Il y avait des mammifères, des oiseaux, des reptiles et des amphibiens. Tous sont morts en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en Asie, en Afrique ou en Océanie entre 1970 et 2018. Et résultat : 28 % des décès ont été causés directement par l’Homme. Pour les 72 % restants, seules les causes naturelles sont à blâmer, prédation incluse. Les détails de l’étude ont été publiés dans la revue Global Ecology and Biogeography.

« Nous savons tous que les humains peuvent avoir un effet considérable sur la faune. Le fait que nous ne soyons qu’une parmi plus de 35 000 espèces de vertébrés terrestres dans le monde, et que nous soyons responsables de plus du quart de leurs décès indique l’ampleur de notre implication, explique Jerrold L. Belant, principal auteur de cette étude. Et ce ne sont que des causes directes. Lorsque vous prenez également en compte la croissance urbaine et d’autres modifications de l’utilisation des terres qui réduisent l’habitat, il devient évident que les humains ont un effet disproportionné sur les autres vertébrés terrestres ».

homme animaux extinction
Les humains sont directement responsables de plus du quart de la mortalité mondiale des vertébrés terrestres. Crédits : pixabay

Le déclin du monde animal

On note également que parmi ces victimes, les oiseaux et mammifères les plus grands et adultes semblent davantage « touchés » par la main de l’Homme que les espèces plus petites et plus jeunes. Un constat qui fait ici écho à une seconde étude, publiée également il y a quelques jours dans la revue Conservation Letters. On y apprenait en effet qu’au moins 150 espèces de grands animaux terrestres étaient actuellement menacées d’extinction totale à cause de l’Homme, qui chasse pour la viande.

Les animaux sauvages déclinent si rapidement que l’évolution ne pourrait même plus suivre le rythme pour compenser. À cette même cadence, de nombreuses espèces vont tout bonnement disparaître avant 2050. La nature va avoir besoin de temps si elle s’en remet. Selon une étude publiée dans PNAS en octobre dernier, si les moyens sont mis en œuvre pour, il faudra aux mammifères 5 à 7 millions d’années pour se rétablir à des nivaux similaires à ceux enregistrés avant l’avènement de l’Homme moderne.

Source

Sciencepost

 
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Publié par le 14 février 2019 dans Climat - Environnement, général, Sciences

 

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Les premiers enregistrements des vibrations du champ magnétique terrestre dévoilés

Les premiers enregistrements des vibrations du champ magnétique terrestre dévoilés (vidéo)

Un groupe de chercheurs britanniques a réussi à réaliser les tous premiers enregistrements du champ magnétique terrestre protégeant notre planète contre les impulsions solaires mortelles. Après 45 années d’observations, sans résultat, il s’est avéré que le champ magnétique produisait des sons proches de ceux d’un tambour.

Des scientifiques de l’Université Queen Mary à Londres, au Royaume-Uni, ont réussi à faire les premiers enregistrements des vibrations du bouclier magnétique terrestre, rendus possibles grâce aux sondes THEMIS de la Nasa, selon des médias britanniques.

Comme l’indiquent les scientifiques, sous l’influence des impulsions en provenance des vents solaires, les vibrations résonnent comme un tambour.

On a pendant longtemps estimé que ces vibrations ne se produisaient pas, car elles n’avaient jamais été enregistrées au cours des 45 années d’observation. Un système de sondes conséquent était en effet nécessaire pour accomplir cette recherche.

Le son des vibrations du bouclier magnétique est inaudible depuis notre planète. Sa tonalité est 10.000 fois trop basse pour être perceptible à l’oreille humaine, même dans l’espace. Le son des vibrations a été enregistré alors que des impulsions solaires frappaient la partie extérieure du champ magnétique terrestre, à savoir la magnétopause. Les ondulations provoquées par cette frappe se sont propagées sur la surface du bouclier et se réfléchissaient.

Selon les chercheurs, la fréquence, la force et la vitesse des oscillations qui apparaissent sous l’influence des impulsions solaires correspondent à la théorie avancée par les physiciens, il y a environ un demi-siècle. D’autres planètes, comme Jupiter et Mercure, possèdent également des boucliers magnétiques qui pourraient produire un son similaire. Les experts prévoient de continuer les recherches en la matière.

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Publié par le 14 février 2019 dans Espace, général, Insolite, Sciences

 

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Les risques d’une IA avancée sont réels. Nous devons agir avant qu’il ne soit trop tard, avertissent les experts

intelligence artificielle et big data

Entre ce qu’on raconte et diffuse au public et la réalité de ce qui se fait dans le secret des labos et des centres de recherches, il y a probablement des années lumières… Je l’ai déjà dit je soupçonne fortement que l’IA a d’ores et déjà atteint un « point de non retour », et qu’elle est bien plus développée que ce que le grand public en sait. Si ce n’est pas encore le cas alors c’est vraiment imminent. De nos jours L’IA est un domaine qui s’est « démocratisé ». Et il existe par exemple depuis quelques années des intelligences artificielles capables … d’engendrer d’autres systèmes intelligents. Oui, une IA capable de générer sa propre IAL’humanité joue avec le feu, beaucoup parmi les plus grands experts de la question, et les plus grandes personnalités de la planète, nous ont pourtant maintes fois mis en garde. Z 

L’intelligence artificielle peut jouer aux échecs, conduire une voiture et diagnostiquer des problèmes médicaux. Citons par exemple AlphaGo de Google DeepMind, les véhicules autonomes de Tesla et Watson d’IBM.

Ce type d’intelligence artificielle est appelé intelligence artificielle étroite – des systèmes non humains qui peuvent accomplir une tâche spécifique. Nous rencontrons ce type d’appareil tous les jours, et son utilisation augmente rapidement.

Mais si de nombreuses capacités impressionnantes ont été démontrées, nous commençons aussi à voir des problèmes. Dans le pire des cas, il s’agissait d’une voiture d’essai de conduite automatique qui a heurté un piéton en mars. Le piéton est mort et l’incident fait toujours l’objet d’une enquête.

La prochaine génération d’IA

Avec la prochaine génération d’IA, les enjeux seront certainement beaucoup plus élevés.

L’intelligence générale artificielle (AGI) disposera de capacités de calcul avancées et d’intelligence au niveau humain. Les systèmes AGI pourront apprendre, résoudre des problèmes, s’adapter et s’améliorer.

Ils accompliront même des tâches qui vont au-delà de celles pour lesquelles ils ont été conçus.

Il est important de noter que leur taux d’amélioration pourrait être exponentiel puisqu’ils deviennent beaucoup plus avancés que leurs créateurs humains. L’introduction de l’AGI pourrait rapidement donner naissance à la Super Intelligence Artificielle (SIA).

Bien qu’il n’existe pas encore de systèmes AGI pleinement opérationnels, on estime qu’ils seront parmi nous entre 2029 et la fin du siècle.

Ce qui semble presque certain, c’est qu’ils finiront par arriver. Lorsqu’ils seront pleinement opérationnels, on craint fort naturellement que nous ne soyons pas en mesure de les contrôler.

Les risques associés à l’AGI

Il ne fait aucun doute que les systèmes AGI pourraient transformer l’humanité.

Parmi les applications les plus puissantes, mentionnons la guérison des maladies, la résolution de défis mondiaux complexes comme les changements climatiques et la sécurité alimentaire, et l’amorce d’un boom technologique mondial.

Mais l’échec de la mise en œuvre de contrôles appropriés pourrait avoir des conséquences catastrophiques.

Malgré ce que nous voyons dans les films hollywoodiens, les menaces existentielles ne sont pas susceptibles d’impliquer des robots tueurs.

Le problème ne sera pas un problème de malveillance, mais plutôt un problème d’intelligence, écrit Max Tegmark, professeur au MIT, dans son livre Life 3.0: Being Human in the Age of Artificial Intelligence.

C’est ici que la science des systèmes homme-machine – connue sous le nom de facteurs humains et d’ergonomie – prendra le dessus.

Les risques découleront du fait que les systèmes super-intelligents identifieront des façons plus efficaces de faire les choses, concocteront leurs propres stratégies pour atteindre leurs objectifs, et développeront même leurs propres objectifs.

Imaginez ces exemples :

  • Un système AGI chargé de prévenir le VIH décide d’éradiquer le problème en tuant tous ceux qui sont porteurs de la maladie, ou un système chargé de guérir le cancer décide de tuer tous ceux qui ont une prédisposition génétique pour cette maladie.
  • Un drone militaire autonome de l’AGI décide que le seul moyen de garantir la destruction d’une cible ennemie est d’exterminer une communauté entière.
  • Une AGI qui protège l’environnement décide que la seule façon de ralentir ou d’inverser le changement climatique est d’éliminer les technologies et les humains qui l’induisent.

Ces scénarios soulèvent le spectre de systèmes d’AGI disparates qui s’affrontent, dont aucune ne considère les préoccupations humaines comme leur mandat central.

Divers avenirs dystopiques ont été avancés, y compris ceux dans lesquels l’homme finit par devenir obsolète, avec pour conséquence l’extinction de la race humaine.

D’autres ont transmis des perturbations moins extrêmes mais néanmoins importantes, notamment l’utilisation malveillante de l’AGI à des fins terroristes et de cyber-attaques, la suppression du travail humain et la surveillance de masse, pour n’en citer que quelques-unes.

Il est donc nécessaire de mener des enquêtes centrées sur l’être humain pour trouver les moyens les plus sûrs de concevoir et de gérer l’AGI afin de minimiser les risques et de maximiser les avantages.

Comment contrôler l’AGI

Contrôler l’AGI n’est pas aussi simple que d’appliquer simplement les mêmes types de contrôles qui ont tendance à garder les humains sous contrôle.

De nombreux contrôles sur le comportement humain reposent sur notre conscience, nos émotions et l’application de nos valeurs morales. Les AGI n’auront besoin d’aucun de ces attributs pour nous faire du mal. Les formes actuelles de contrôle ne suffisent pas.

On peut soutenir qu’il y a trois ensembles de contrôles qui doivent être développés et testés immédiatement :

1. Les contrôles nécessaires pour s’assurer que les concepteurs et les développeurs de systèmes AGI créent des systèmes AGI sûrs et sans risque.

2. Les contrôles qui doivent être intégrés dans les AGI elles-mêmes, tels que le “bon sens”, la morale, les procédures opérationnelles, les règles de décision, etc.

3. Les contrôles qui doivent être ajoutés aux systèmes plus larges dans lesquels l’AGI fonctionnera, tels que la réglementation, les codes de pratique, les procédures d’exploitation normalisées, les systèmes de surveillance et l’infrastructure.

Human Factors and Ergonomics propose des méthodes qui peuvent être utilisées pour identifier, concevoir et tester ces contrôles bien avant l’arrivée des systèmes AGI.

Par exemple, il est possible de modéliser les contrôles qui existent dans un système particulier, de modéliser le comportement probable des systèmes AGI au sein de cette structure de contrôle et d’identifier les risques de sécurité.

Cela nous permettra de déterminer où de nouveaux contrôles sont nécessaires, de les concevoir, puis de les remodeler pour voir si les risques sont éliminés en conséquence.

De plus, nos modèles de cognition et de prise de décision peuvent être utilisés pour s’assurer que les AGI se comportent correctement et ont des valeurs humanistes.

Agissez maintenant, pas plus tard

Ce genre de recherche est en cours, mais il n’y en a pas suffisamment et il n’y a pas suffisamment de disciplines concernées.

Même Elon Musk, l’entrepreneur de haute technologie Elon Musk, a mis en garde contre la crise existentielle à laquelle l’humanité est confrontée en raison de l’IA avancée et a parlé de la nécessité de réglementer l’IA avant qu’il ne soit trop tard.

La prochaine décennie représente une période critique. Il est possible de créer des systèmes d’AGI sûrs et efficaces qui peuvent avoir des avantages considérables pour la société et l’humanité.

Dans le même temps, le maintien du statu quo, dans lequel nous rattrapons les progrès technologiques rapides, pourrait contribuer à l’extinction de l’espèce humaine. La balle est dans notre camp, mais elle ne le sera plus très longtemps.

Lire aussi : Intelligence Artificielle : une mise en garde de ses créateurs sur l’utilisation abusive des données et l’avenir

Source : ScienceAlert – traduit par Anguille sous roche

 
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Publié par le 7 février 2019 dans général, Sciences, société

 

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Gilets Jaunes : la crise médiatique dans la crise démocratique

Gilets Jaunes : la crise médiatique dans la crise démocratique

Nous publions ci-dessous, sous forme de tribune [1], un article de Jérôme Latta, journaliste indépendant et cofondateur des Cahiers du football. Ce texte, publié sur son blog de Mediapart, aborde la question de la défiance qui s’exprime vis-à-vis des médias et revient sur les réactions médiatiques qu’elle suscite. Un sujet que nous avons évoqué dans un précédent article et sur lequel nous reviendrons. De son point de vue de journaliste, Jérôme Latta repose les termes de cette « crise médiatique » et invite à une « réinvention du travail journalistique », qui passerait notamment par une meilleure prise en compte de la critique des médias (Acrimed).

*

Le mouvement des Gilets Jaunes a dirigé une partie de son ressentiment contre les médias d’information. Il a aussi confirmé la responsabilité de ceux-ci dans le marasme démocratique actuel, et conforté la nécessité d’une révolution journalistique.

C’est un des fronts ouverts par les Gilets Jaunes, pas le moindre. La colère s’est aussi exprimée contre « les médias », sous des formes diverses, pour certaines violentes. « Tournée des médias » lors de l’acte VII du 29 décembre, blocages d’imprimeries et de dépôts de journauxmenaces et agressions contre des journalistes… Les cibles ont été désignées, parfois attaquées.

Les Gilets Jaunes ont d’abord des griefs contre la médiatisation de leur mouvement, s’estimant traités de manière inéquitable. Ils en ont de plus anciens : ils se sentent ignorés en temps ordinaire ; n’ont plus confiance dans les médias d’information ; voient « les journalistes » comme les membres d’une élite qui leur nuit ; et, pour les plus radicaux, ressentent donc de la « haine » envers eux.

Ce ressentiment est d’une ampleur trop considérable pour être réduit à ses manifestations les plus navrantes. Fût-il aussi vieux que la profession elle-même, ses formes actuelles sont trop exacerbées pour être ignorées. Les médias d’information générale et politique, les journalistes ont le devoir de chercher à comprendre cette colère, pas seulement de la condamner : d’une part parce que c’est leur travail, d’autre part parce qu’il y va de leur avenir – quitte à ce que l’introspection soit douloureuse.

L’ensemble de la profession a été secouée par le constat du degré d’hostilité qu’elle suscite. La sidération a été redoublée par le constat que les journalistes pouvaient aussi se retrouver la cible des forces de l’ordre et subir des tirs de LBD, des brimades et des entraves (illégales) à leur travail.

Pour certains, cette tombée des nues présente une similitude frappante avec celle du pouvoir découvrant l’ampleur de la rage populaire, si peu anticipée, mais si explicable, des Gilets Jaunes. D’autres n’avaient pas attendu les événements pour remettre en cause et réinventer, souvent avec bonheur, leur pratique du journalisme.

Si l’hiver 2019 est d’ores et déjà le moment d’une commotion et d’une prise de conscience, il faut qu’il marque aussi l’amorce d’une remise en cause et d’une transformation du travail journalistique.

L’incantation démocratique

Face à cette expression de la défiance envers les médias institutionnels, face à la mesure de son aggravation, des réactions plus faciles que l’introspection critique ont été adoptées. Notamment la fuite dans la stigmatisation accrue des Gilets Jaunes, en diagnostiquant leur imbécillité foncière, attestée par leur goût pour Facebook, les fake news, le complotisme et, bien sûr, la violence [combo Aphatie]. Ou, plus banalement, le refuge dans une indignation d’autant plus outrée qu’elle est destinée à rester sans suite.

Au sein de la profession, les condamnations collectives, les expressions de solidarité se sont multipliées ces derniers jours, de la part de sociétés de journalistes, de rédactions, de syndicats, etc. Elles sont évidemment aussi légitimes que nécessaires, mais elles laissent de plus en plus transparaître leur caractère convenu, quasiment rituel, leur impuissance pétitionnaire voire leur fonction d’échappatoire.

L’entreprise devient en effet suspecte quand il s’agit de se draper, de manière incantatoire, dans de grands principes démocratiques – sacrés mais décidément trop vaporeux pour susciter des exigences concrètes envers soi-même. Or non seulement l’érection d’un mur de réprobation collective ne contribue pas à rendre le message audible en dehors des concernés, mais il ressemble aussi à une manière de s’épargner tout examen de conscience.

L’indignation ne doit pas être un moyen d’éluder le constat d’un malaise bien plus large et plus profond, qu’il faut examiner au-delà des condamnations de rigueur. Elle dit que les professionnels de l’information ne peuvent plus faire l’économie d’un véritable travail autocritique, qu’ils ne peuvent plus s’exclure des causes du problème. « Nous exigeons des médias libres, indépendants et objectifs », a-t-il été écrit dans un cahier de doléances cité par Libération. Pourquoi ce contrat élémentaire n’est-il pas assuré ?

Les principes défendus doivent évidemment l’être. C’est précisément pourquoi il est permis de se demander s’ils le sont au quotidien par tous les médias et les journalistes qui se réunissent soudain sous la même bannière. C’est-à-dire de se demander quelle est la crédibilité de toute la fraction du monde médiatique qui invoque la démocratie et ses valeurs alors que, par exemple, elle approuve (ou laisse advenir) des atteintes en série contre les libertés fondamentales.

Aujourd’hui, une presse majoritairement dans le giron de quelques grandes fortunes est-elle en position de fonder sa crédibilité sur son indépendance ? Sa contribution déterminante à l’hégémonie idéologique actuelle du libéralisme la rend-elle crédible en matière de pluralisme ? Face aux échecs de cette doctrine, diagnostiqué à son tour par le mouvement des Gilets Jaunes, quelle lucidité et quelle capacité critique peut-on attendre d’elle ?

Lesquels des journalistes têtes de gondole et des patrons de rédaction se sont soulevés quand le législateur a progressivement rogné les libertés fondamentales – pas seulement celles les concernant, comme le secret des sources, la protection des lanceurs d’alerte ou le secret des affaires ? C’est-à-dire quand le droit de manifester a été remis en cause, quand la police préventive est entrée en vigueur, quand le maintien de l’ordre a accentué sa brutalité, bien avant les Gilets Jaunes ?

Au cours des dernières semaines, ont-ils accordé à ces questions des violences policières, des doctrines du maintien de l’ordre à la française et du renchérissement sécuritaire du gouvernement la place que de dignes défenseurs de la démocratie leur accorderaient ?

S’en tenir à l’indignation et aux incantations constitue une stratégie d’évitement efficace, consistant à refouler l’idée que les médias sont parties prenantes de la crise démocratique qui, année après année, se révèle plus explicitement. Consistant aussi à ignorer que les attaques sont moins globalisantes qu’on veut bien le croire, qu’elles désignent d’abord les chaînes d’information et l’éditocratie, la fraction dominante du champ médiatique. Même du regrettable manque de discernement des Gilets Jaunes, il faut comprendre les causes.

Le flagrant déni des violences policières

BFMTV, LCI ou CNews – cibles privilégiées – n’ont pas le monopole du sensationnalisme ni des mises en scènes partielles et partiales. Le traitement de la question des violences policières a fait office de révélateur paradoxal. Tardivement, mais irrésistiblement, l’absence de ce traitement s’est révélée intenable, et coupable – y compris de la part des médias publics. Car longtemps, il ne fut quasiment question – et dans quelles proportions – que de la violence des « casseurs » et des manifestants.

Avant que l’abcès ne crève, de manière spectaculaire presque du jour au lendemain, les violences policières ont semblé ne même pas constituer un sujet, tandis que les débordements des manifestants se situaient tout en haut de la hiérarchie de l’information. L’accent était mis sur la difficulté du travail des forces de l’ordre (avec abondance d’interventions de syndicalistes policiers), sur l’impact économique des blocages et de la casse, tandis que les nombreuses condamnations du gouvernement étaient assidûment reprises.

De nombreux Gilets Jaunes, qui ne se recrutent pas dans les populations habituellement manifestantes, ont découvert l’envers d’un décor : la réduction des mobilisations aux violences et des manifestants aux casseurs. Si les militants de gauche ont fini par s’y résigner, ils n’ignorent pas la cruauté de ce traitement et ne s’étonnent pas de la colère qu’il peut soulever en retour. Car de fait, cette information-là est partielle et partiale jusqu’à la malhonnêteté.

Quelle est cette sorte de démocratie où les forces de l’ordre optent pour l’escalade, provoquent des mutilations en toute connaissance de cause et se livrent à des agressions gratuites, avec la bénédiction d’un gouvernement qui fait voter l’interdiction administrative de manifester ? Les habitants des « quartiers », les supporters de football et les acteurs des mouvements sociaux ont tour à tour fait les frais de la privation de droits élémentaires, de la militarisation des forces de l’ordre et d’une doctrine brutale du maintien de l’ordre… dans une grande indifférence médiatique.

Cette indifférence n’a plus tenu avec les Gilets Jaunes – d’une part parce que c’est une autre population, d’autre part parce que les brutalités policières ont été visibles partout… hors des médias institutionnels. Lesquels, ainsi, se mettent eux-mêmes en accusation. Une omission aussi grossière ne peut en effet que conforter les reproches qui leur sont adressés dont, en particulier, les accusations de parti pris étatique : cette inégalité de traitement épouse trop manifestement la stratégie du pouvoir.

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Il reste à se demander pourquoi le discours sur les violences policières (et sur leur existence même !) est encore, la plupart du temps, laissé au soin des victimes et des militants. Pourquoi il est conjugué au conditionnel ou sous forme interrogative, comme une simple hypothèse, ou au mieux sous l’angle du LBD et non des doctrines du maintien de l’ordre.

Il faut encore s’étonner que le sujet ait été majoritairement sous-traité à des francs-tireurs de bonne volonté comme David Dufresne – baptisé ici et là « le journaliste anti-violences policières » comme si tous les journalistes ne devraient pas être « anti-violences policières ». Pourquoi, ainsi que le remarque Vincent Glad, il est si souvent cantonné aux rubriques de fact checking – comme s’il était constitué d’allégations et non de faits vérifiables.

Sous la pression de l’évidence, le sujet a donc fini par être abordé de front : la digue a même cédé de manière spectaculaire ces dernières semaines. Mieux vaut tard que jamais, mais ce retard n’en est pas moins significatif. Combien de sujets pas moins essentiels sont pareillement et continuellement écartés ?

L’honneur des (autres) journalistes

L’union sacrée de la profession pose, ainsi, un problème quand elle solidarise ceux qui la servent avec rigueur, exigence et honnêteté intellectuelle, et ceux qui en dévaluent les principes les plus élémentaires. En l’espèce, le manque de discernement est partagé, de manière troublante, entre les Gilets Jaunes et leur cible. On affirme avec raison qu’il est ridiculement généralisateur de dénoncer « les médias » ; et néanmoins on fait corps, par réflexe, en donnant prise à cette généralisation.

Beaucoup de journalistes, qui déplorent qu’on les mette dans le « même sac », s’y précipitent donc à chaque nouvel épisode de solidarité confraternelle. Peut-être faut-il observer de plus près le profil de ceux-là, qui bien souvent appartiennent à la partie la mieux installée de la profession. Quoi qu’il en soit, ces protestations unanimistes entretiennent aussi un malentendu et une injustice.

La rage antimédiatique – celle des Gilets Jaunes comme celle qui l’a précédée – manque de subtilité dans ses cibles, elle ignore ou englobe souvent, à tort, tous les journalistes qui font bien leur travail et tous ceux qui, encore plus nombreux, regrettent de ne pas pouvoir le faire mieux. Elle tombe ainsi sur les milliers de pigistes précarisés qui se retrouvent doublement victimes.

Même l’existence de mauvais journalistes est moins imputable à ces derniers qu’aux responsables de leur recrutement et – pire – de leur avancement. Dans bien des domaines de l’actualité, combien de charlatans et de tartufes occupent les meilleures positions ? On a beau rire de plus en plus fort de ces invraisemblables spécimens du journalisme de révérence, mille fois discrédités ils persistent, se cooptent, s’éternisent.

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Pour ce scandale comme pour les autres, il faudrait abandonner la fallacieuse réserve professionnelle (de même que la prudence professionnelle, mais c’est plus risqué) et dire en toutes lettres, voire en gros mots, l’abyssale nullité de l’éditorialisme national. Il faudrait, en somme, que les journalistes se désolidarisent de la chefferie et de l’éditocratie, voire s’insurgent à leur tour pour reprendre le pouvoir dans les rédactions. On n’en est pas à ce point-là, mais on s’en est peut-être rapproché. Des rédactions s’interrogent, des directions sont interpellées.

Un contre-pouvoir introuvable

Les médias d’information sont au cœur de la profonde crise démocratique actuelle. Envisager leur responsabilité n’est pas remettre en cause leur rôle – du moins celui qu’ils devraient jouer. De ce point de vue, il est significatif que les violences policières ne soient pas le seul thème remarquablement occulté dans l’espace médiatique : l’imposition, par les Gilets Jaunes, des questions de justice fiscale et sociale indique un autre angle mort, pas moins considérable.

Nous arrivons – espérons-le – au terme de trois ou quatre décennies d’hégémonie de la pensée libérale, assurée par les pédagogues de la soumission, les évangélistes du marché, les chantres du there is no alternative sur toutes les grandes ondes, dans presque tous les quotidiens.

Leur déni croissant de la réalité économique et sociale de la France a fini par envoyer « les journalistes » dans le même monde parallèle que « les politiques », les englober dans le même discrédit, dans le même rejet d’une « caste » ou d’une « élite » coupée des réalités, qui ne défend que ses intérêts. « Ceux qui pensent qu’après trente-cinq ans de matraquage néolibéral inouï, un changement de paradigme pourrait se faire dans le calme, sont soit des naïfs soit des complices », résume l’écrivain Laurent Binet.

L’hostilité dont ils sont l’objet est aussi la conséquence d’un manque criant de pluralisme, d’abord au sens de représentativité des populations : des tranches entières de la société française ne se reconnaissent pas, ne s’entendent pas, ne se sentent ni défendues, ni considérées. Comme les habitants des quartiers populaires, ceux des périphéries et de la ruralité tentent de conjurer leur invisibilité, de faire constater la fracture médiatique

L’excuse de la « neutralité » est caduque quand elle n’est plus qu’une posture qui ne laisse de place qu’à la doxa économique libérale tout en faisant preuve d’une invraisemblance complaisance politique pour la pensée d’extrême droite. Loin d’assurer la contradiction, la pluralité des opinions, la présence d’une pensée critique, le débat politique est dissous dans le commentaire dérisoire des stratégies de communication et dans les amalgames débilitants des « extrêmes » et du « populisme ».

Si ceux qui exercent le pouvoir médiatique avaient été un contre-pouvoir, ils auraient assuré un minimum de contradiction à une doctrine économique qu’ils ont au contraire défendue jusqu’au dogmatisme. L’idéologie, c’était les autres. La panique morale actuelle de l’éditocratie indique aussi bien sa perte de sens commun que les intérêts qu’elle défend.

S’ils avaient eu une conscience de leurs responsabilités, ils n’auraient pas ouvert si complaisamment les vannes, non seulement de la médiocrité, mais aussi des opinions les plus toxiques – comme pour mieux verrouiller l’alternative fatale entre le libéralisme et le fascisme, entre la stupidité et l’horreur.

Ils auraient accordé une place centrale à des sujets comme l’évasion fiscale, les atteintes aux libertés publiques, l’aggravation des inégalités et de la violence sociale, la faillite politique de l’Union Européenne, le coût de la crise financière, le désastre écologique, le pouvoir des lobbies, etc. Ils auraient mis en examen les doctrines qui gouvernent, audité leurs conséquences, instruit les responsabilités.

En somme, s’ils avaient réellement assumé la fonction démocratique dont ils se prévalent, ils ne se retrouveraient pas aujourd’hui dans une position aussi compromise. Celle de spectateurs ou de complices de l’avènement des populistes identitaires et réactionnaires, incapables de pressentir ni de comprendre la colère qui éclate et les prend pour cible.

Réinventer le travail journalistique

Une large part du traitement médiatique du mouvement des Gilets Jaunes, la plus « visible », a été problématique et de nature à exacerber le ressentiment. Mais une frange de médias a produit un effort de reportage considérable. Conscients de longue date du gouffre entre l’information et la population, ou récemment dessillés, des journalistes se sont lancés sur ce terrain avec humilité et envie, d’autres se sont interrogés sur les causes de l’hostilité et sur leurs propres responsabilités.

Le mouvement des Gilets Jaunes a en effet ramené, de force, l’information sur le terrain, en l’occurrence sur des terrains négligés. Des ronds-points aux groupes Facebook, des périphéries aux classes populaires, de la justice fiscale à la justice sociale, il a fallu s’engager sur des territoires peu arpentés.

Si le « média culpa » a commencé, il faut encore évaluer sa capacité à susciter une réelle transformation. On connaît la force d’inertie engendrée par ceux qui résistent pour maintenir leur avantageuse position.

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En 2016, année du référendum sur le Brexit et de l’élection de Donald Trump, la découverte (tardive) des ravages des fake news, des effets délétères des « bulles de filtre » ou de la malignité des algorithmes aurait déjà dû susciter une remise en cause fondamentale. Elle a souvent été un moment de déploration et de fatalisme condescendant qui impute l’essentiel de la responsabilité aux réseaux sociaux – sans se demander si leur succès n’était pas accentué par la perte de crédit des médias traditionnels.

Bien sûr, beaucoup de journalistes accomplissent un travail remarquable, y compris dans ces médias-là. Des efforts ont été consentis, des progrès accomplis – non sans limites et travers, comme avec le fact checking, mais avec un certain volontarisme. Des démarches créatives et audacieuses ont été entreprises, des médias indépendants et ambitieux ont été lancés, le métier est en effervescence et de nombreux confrères s’interrogent ouvertement sur leur travail, à la lumière des événements actuels.

Il est par ailleurs possible aujourd’hui, plus qu’il y a quelques années, d’accéder à une information sûre, exigeante, pluraliste et, surtout, indépendante. Mais celle-ci reste en marge, comme une exception, ses modèles économiques sont fragiles et difficiles à reproduire. Il y a encore toute une révolution à accomplir.

Pour une (auto)critique des médias

Malgré des progrès récents depuis la crise des « fake news », la critique des médias reste marginalisée, laissée à des officines valeureuses et à quelques francs-tireurs, auxquels on réserve une hostilité hélas largement partagée dans la profession. Elle coûte cher sur un marché du travail journalistique rétréci, où il vaut mieux ne se fâcher avec personne. Aussi cette corporation est-elle si peu capable de retourner ses outils sur elle, restant à l’abri dans son propre angle mort.

La critique des médias relève pourtant d’un travail profondément journalistique, et d’une démarche réflexive qui devrait être au centre de la production d’information. Si le journalisme, l’information des citoyens, l’indépendance des médias sont si essentiels à la démocratie, la profession doit impérativement s’appliquer les plus grandes exigences éthiques et déontologiques. Ses seules chartes en la matière (dont l’une date de 1971) sont déclaratives et régulièrement bafouées, dans la plus grande impunité puisqu’elle ne dispose d’aucun organe de contrôle.

Aussi refoulée soit-elle, la critique des médias fait son retour sous la forme d’une vague puissante. L’ensemble des événements récents, pas seulement ceux les concernant, indiquent aux médias d’information la nécessité et l’urgence absolues de cette réflexion. S’il y a une restauration démocratique à opérer, elle passera nécessairement par une révolution dans l’information.

Il faut défendre un journalisme critique et expert, capable de faire du fact checking en direct – tout le contraire d’un journalisme déblatératif qui consiste à donner la parole à des spécialistes en matière générale pour parler de tout et n’importe quoi, n’importe comment.

Un journalisme à la fois ambitieux et modeste, qui cesse de se regarder le nombril, crève ses propres bulles de filtre et sort de ses zones de confort. Un journalisme qui, au lieu de les inviter constamment, met ses ennemis dehors : les éditorialistes fumeux, les faux intellectuels, les experts discrédités, les lobbyistes à la solde, les communicants et les sondeurs, les essayistes de raccroc, les distillateurs de haine.

Les rédactions doivent remettre en cause cette fausse « neutralité » qui fait d’elles les auxiliaires actifs ou passifs de l’idéologie dominante. Il faut certes poursuivre l’objectivité, mais sans en être dupe. Il est peut-être temps de promouvoir un « journalisme des opinions », un journalisme d’opinion qui ne se cache pas de l’être. Un journalisme qui dise toujours d’où il parle et d’où parlent ses interlocuteurs, qui ménage de véritables débats contradictoires : l’ideology checking devrait aller de pair avec le fact checking, quitte à compliquer ce dernier.

Il y aura toujours du mauvais journalisme ; il faut plus de bon journalisme, plus créatif, plus indépendant, plus politique, plus militant – ne serait-ce que pour défendre le journalisme. Il faut enrayer la cooptation des médiocres, s’adresser à l’intelligence en faisant le pari de celle des citoyens, être, enfin, véritablement digne de la démocratie en cessant de se payer de grands mots.

Jérôme Latta

[1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n’engagent pas collectivement l’association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas nécessairement toutes les positions.

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Publié par le 7 février 2019 dans Education - information, général, Politique, Sciences

 

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