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La brillante stratégie de Trump pour détruire l’hégémonie du dollar

 

La fin de la domination économique mondiale incontestée des États-Unis est arrivée plus tôt que prévu, grâce aux mêmes néocons qui ont donné au monde l’Irak, la Syrie et les sales guerres d’Amérique Latine. Alors que la guerre du Vietnam avait forcé les États-Unis à abandonner l’étalon-or en 1971, son parrainage et son financement de violentes guerres de changement de régime contre le Venezuela et la Syrie – menaçant également d’autres pays de sanctions s’ils ne se joignaient pas à cette croisade – poussent les nations européennes et d’autres à créer leurs institutions financières alternatives.

Cette fissure existe depuis un certain temps et la rupture devait se produire. Mais qui aurait pensé que Donald Trump deviendrait l’agent catalyseur ? Aucun parti de gauche, aucun dirigeant socialiste, anarchiste ou nationaliste étranger, où que ce soit dans le monde, n’aurait pu réaliser ce qu’il est en train de faire pour briser l’empire des Etats-Unis d’Amérique. L’État profond est choqué de la façon dont ce spécialiste de l’immobilier, politiquement à droite, a été capable de pousser d’autres pays à se défendre en démantelant l’ordre mondial centré sur les États-Unis. Pour remuer le couteau dans la plaie, il ressuscite les boutefeux néocons de l’ère Bush et Reagan, John Bolton et maintenant Elliott Abrams, pour attiser les flammes au Venezuela. C’est presque comme une comédie politique de série noire. Le monde de la diplomatie internationale est en train de se transformer. Un monde où il n’y a même plus aucune prétention à pouvoir adhérer aux normes internationales, sans parler des lois ou des traités.

Les néo-cons nommés par Trump accomplissent ce qui semblait impensable il n’y a pas si longtemps : unir la Chine et la Russie – le grand cauchemar de Henry Kissinger et de Zbigniew Brzezinski. Ils entraînent également l’Allemagne et d’autres pays européens dans l’orbite eurasienne, le cauchemar du « Heartland » cher à Halford Mackinder, il y a un siècle.

Thèse du heartland de Mackinder

Thèse du heartland de Mackinder

La cause fondamentale est claire : après le crescendo de prétentions et de déceptions en Irak, en Libye et en Syrie, ainsi que notre absolution du régime hors-la-loi en Arabie Saoudite, les dirigeants politiques étrangers commencent à reconnaître ce que des sondages d’opinion publique mondiaux ont signalé avant même que les instigateurs néocons de l’invasion de l’Irak et du scandale Iran-Contra aient maintenant tourné leur attention vers les plus grandes réserves de pétrole au monde au Venezuela, les États-Unis constituent désormais la plus grande menace à la paix sur la planète.

Présenter le coup d’État étasunien parrainé au Venezuela comme une défense de la démocratie révèle l’hypocrisie du concept qui sous-tend la politique étrangère US. Il définit la « démocratie » comme étant le soutien de leur politique étrangère, la privatisation néolibérale des infrastructures publiques, la destruction des réglementations gouvernementales et l’obéissance à l’orientation des institutions mondiales dominées par les États-Unis, le FMI, la Banque mondiale, l’OTAN [et même le CIO, NdT]. Pendant des décennies, les guerres étrangères, les programmes d’austérité domestique et les interventions militaires qui en ont résulté ont entraîné davantage de violence, et non de démocratie.

Dans le Dictionnaire du Diable, on apprend aux diplomates US à utiliser la double pensée comme « élément de langage », un pays « démocratique » suit le leadership étasunien et ouvre son économie aux investissements étasuniens, ainsi qu’à la privatisation parrainée par le FMI et la Banque mondiale. L’Ukraine est réputée démocratique [malgré la présence affichée des nazis, NdT], de même que l’Arabie Saoudite [et sa charia monarchique, NdT], Israël [et sa théocratie, NdT] et d’autres pays qui agissent en tant que protectorats financiers et militaires US et qui sont disposés à s’occuper eux aussi des ennemis de l’Amérique.

Un moment devait venir où cette politique se heurterait aux intérêts personnels d’autres nations, rompant finalement avec la rhétorique des relations publiques de l’empire. D’autres pays procèdent à la dé-dollarisation et remplacent ce que la diplomatie US appelle « l’internationalisme » – le nationalisme US imposé au reste du monde – par leur propre intérêt national.

Cette trajectoire pouvait déjà être observée il y a cinquante ans – je l’ai décrite dans « Super impérialisme » [1972] et « Global Fracture » [1978]. Cela devait arriver. Mais personne ne pensait que la fin arriverait de cette manière. L’histoire s’est transformée en comédie, ou du moins en ironie, à mesure que sa voie dialectique s’est affirmée.

Au cours des cinquante dernières années, les stratèges étasuniens, le Département d’État et le National Endowment for Democracy (NED) ont craint que l’opposition à leur impérialisme financier ne provienne des partis de gauche. Ils ont donc dépensé d’énormes ressources pour manipuler des partis qui s’appelaient socialistes – Parti travailliste britannique de Tony Blair, Parti socialiste français, Sociaux-Démocratesallemands, etc. – pour leur faire adopter une politique néolibérale qui était à l’opposé de ce que signifiait la démocratie sociale il y a un siècle. Mais les planificateurs politiques des Etats-Unis et les joueurs de grandes orgues Wurlitzer ont négligé la droite, imaginant qu’elle soutiendrait instinctivement la brutalité des des Etats-Unis d’Amérique.

La réalité est que les partis de droite veulent être élus, et le nationalisme populiste est le chemin qui mène aujourd’hui à la victoire électorale en Europe et dans d’autres pays, comme ce fut le cas pour Donald Trump en 2016.

L’agenda de Trump pourrait bien consister à briser l’Empire US en utilisant la vieille rhétorique isolationniste de l’Oncle Picsou [Uncle Sucker] d’il y a un demi-siècle. À coup sûr, il s’en prend certainement aux organes les plus vitaux de l’Empire. Mais est-ce un agent anti-américain conscient ? Il pourrait tout aussi bien l’être – mais ce serait un faux pas mental d’utiliser « cui bono » [à qui ça profite ?, NdT] pour en conclure qu’il est un agent conscient. Après tout, si aucun entrepreneur, fournisseur, syndicat ou banquier des États-Unis ne voulait les servir, Vladimir Poutine, la Chine ou l’Iran seraient-ils plus malheureux ?

Le problème devait peut-être surgir du fait que la dynamique interne du globalisme, parrainée par les États-Unis devenait impossible à imposer, entraînant une austérité financière, des vagues d’exode démographique suite aux guerres parrainées par les États-Unis et, surtout, le refus de ceux-ci de respecter les règles et lois internationales qu’ils avaient eux-mêmes instituées il y a soixante-dix ans à la suite de la Seconde guerre mondiale.

Démanteler le droit international et ses tribunaux

Tout système de contrôle international exige la primauté du droit. Ce peut être l’exercice immoral d’un pouvoir impitoyable imposant une exploitation prédatrice, mais c’est toujours la loi. Il faut des tribunaux pour sanctionner, et une police pour punir les contrevenants.

Voici la première contradiction juridique dans leur diplomatie mondiale : les États-Unis ont toujours empêché que tout autre pays ait voix au chapitre dans leur politique intérieure, l’élaboration de leurs lois ou leur diplomatie. C’est ce qui fait des USA « la nation exceptionnelle ». Mais depuis soixante-dix ans, ses diplomates prétendent que leur jugement supérieur installe un monde pacifique qui, comme le prétendait l’Empire Romain, permet à d’autres pays de partager la prospérité.

Aux Nations Unies, les diplomates étasuniens ont insisté sur le droit de veto. À la Banque mondiale et au FMI, ils ont également veillé à ce que leur part en actions soit suffisamment importante pour leur donner le droit de veto sur tout prêt ou autre politique. Sans ce pouvoir, les États-Unis ne feraient partie d’aucune organisation internationale. Pourtant, dans le même temps, ils présentaient leur nationalisme comme une protection autorisant la mondialisation et l’internationalisme. C’était un euphémisme pour ce qui était en réalité une prise de décision unilatérale des Etats-Unis.

Inévitablement, le nationalisme étasunien devait briser le mirage de l’internationalisme d’Un seul monde et par là même toute idée d’un tribunal international [qui ne serait pas US, NdT]. Sans droit de veto sur les juges, les États-Unis n’ont jamais accepté l’autorité d’un tribunal, en particulier du Tribunal International des Nations Unies à La Haye. Cette cour a récemment ouvert une enquête sur les crimes de guerre perpétrés par les États-Unis en Afghanistan, qu’il s’agisse de politiques de torture ou de bombardement de cibles civiles telles que des hôpitaux, des mariages et des infrastructures. « Cette enquête a finalement reconnu une base raisonnable pour penser que ce sont des Crimes de Guerre et des Crimes contre l’Humanité ». [1]

Le conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, est entré en fureur et a averti en septembre que « les États-Unis utiliseront tous les moyens nécessaires pour protéger nos citoyens et ceux de nos alliés contre des poursuites injustes de la part de ce tribunal illégitime » ajoutant que la Cour Internationale de l’ONU ne devrait pas être téméraire jusqu’au point d’enquêter sur « Israël ou d’autres alliés des États-Unis d’Amérique ».

Cela a incité un haut magistrat allemand, Christoph Flügge, à démissionner en signe de protestation. En effet, Bolton a demandé à la cour de rester à l’écart de toute affaire impliquant les États-Unis, en promettant d’interdire aux « juges et procureurs de la Cour d’entrer aux États-Unis ». Bolton a exposé la menace US ainsi : « Nous allons sanctionner leurs fonds dans le système financier des États-Unis, et nous allons les poursuivre en justice dans le système pénal américain. Nous ne coopérerons pas avec la CPI. Nous ne fournirons aucune assistance à la CPI. Nous ne rejoindrons pas la CPI. Nous laisserons la CPI mourir par elle-même. Après tout, et à toutes fins utiles, la CPI est déjà morte pour nous ».

Le juge allemand a expliqué ce que cela signifiait : « Si jamais ces juges s’immiscent dans les préoccupations nationales des États-Unis ou enquêtent sur un citoyen US, [Bolton] a déclaré que le gouvernement américain ferait tout son possible pour que ces juges ne puissent plus être autorisés à voyager aux États-Unis – et qu’ils pourraient peut-être même être poursuivis pénalement. »

L’inspiration originale de la Cour – utiliser les lois de Nuremberg appliquées contre les nazis allemands pour engager des poursuites similaires contre tout pays ou responsable reconnu coupable de Crimes de Guerre – était déjà tombée en désuétude du fait que les auteurs du coup d’État chilien, les instigateurs de Iran-Contra ou de l’invasion US de l’Irak n’avaient pas été inculpés pour crimes de guerre.

Démantèlement de l’hégémonie du dollar, depuis le FMI jusqu’à SWIFT

De tous les domaines de la politique mondiale actuelle, la finance internationale et les investissements étrangers sont devenus le principal point chaud. Les réserves monétaires internationales étaient censées être les plus sacro-saintes et le recouvrement des créances internationales y était étroitement associé.

Les banques centrales ont depuis longtemps leurs réserves d’or et d’autres réserves monétaires aux États-Unis et à Londres. En 1945, cela semblait raisonnable, car la Banque de la Réserve fédérale de New York – dont le sous-sol gardait l’or des banques centrales étrangères – était militairement sûre, et parce que le London Gold Pool était le véhicule par lequel le Trésor des Etats-Unis conservait le dollar « aussi bon que l’or » à 35$ l’once. Les réserves de change au delà de la valeur de l’or ont été conservées sous forme de titres du Trésor des Etats-Unis, destinés à être achetés et vendus sur les marchés des changes de New York et de Londres pour stabiliser les taux de change. La plupart des prêts accordés en devises aux gouvernements étaient libellés en dollars US. Les banques de Wall Street étaient donc normalement désignées comme agents payeurs.

C’était le cas de l’Iran sous le Shah, que les États-Unis avaient installé après avoir parrainé le coup d’État de 1953 contre Mohammed Mosaddegh, qui cherchait à nationaliser le pétrole de l’anglo-persian-oil-compagny – aujourd’hui British Petroleum – ou au moins à le taxer. Après le renversement du Shah, le régime de Khomeiny a demandé à son agent payeur, la banque Chase Manhattan, d’utiliser ses dépôts pour payer ses créanciers obligataires. Sur l’ordre du gouvernement des Etats-Unis, la Chase refusa de le faire. Les tribunaux des Etats-Unis ont alors déclaré l’Iran en défaut et ont gelé tous ses avoirs aux États-Unis et partout ailleurs.

Cela montrait que la finance internationale était une branche du département d’État et du Pentagone. Mais c’était il y a une génération, et ce n’est que récemment que les pays étrangers ont commencé à se sentir mal à l’aise de laisser leurs avoirs en or aux États-Unis, où ils pourraient être saisis à volonté pour punir tout pays susceptible d’agir de manière offensante pour la diplomatie des Etats-Unis. Ainsi, l’année dernière, l’Allemagne a finalement eu le courage de demander qu’une partie de son or soit renvoyé en Allemagne. Les autorités US ont fait semblant d’être choquées par l’insulte qu’un pays chrétien civilisé se comporte comme l’Iran [en réclamant son or, NdT], et l’Allemagne a accepté de ralentir le transfert.

Mais ensuite est venu le Venezuela. Désespéré de pouvoir dépenser ses réserves d’or pour approvisionner son économie dévastée par les sanctions des Etats-Unis – une crise que les diplomates étasuniens attribuent au « socialisme », et non aux tentatives politiques étasuniennes de « faire souffrir l’économie » comme le disaient les responsables de Nixon au Chili sous Salvador Allende – le Venezuela a ordonné à la Banque d’Angleterre de transférer une partie de ses 11 milliards de dollars d’or détenus dans ses coffres-forts et dans ceux d’autres banques centrales en décembre 2018. C’est comme le client d’une banque s’attendant à ce que son chèque soit honoré.

L’Angleterre a refusé d’honorer la demande officielle, suivant les instructions de Bolton et du secrétaire d’État Michael Pompeo. Bloomberg a déclaré : « Les autorités des Etats-Unis d’Amérique tentent de transférer les actifs du Venezuela à l’étranger au mec de Chicago, Juan Guaido, afin de l’aider à renforcer ses chances de prendre effectivement le contrôle du gouvernement vénézuélien. Les 1,2 milliard de dollars d’or représentent une grande part des 8 milliards de dollars de réserves de change détenues par la Banque centrale du Venezuela. » [2]

La Turquie semblait être une destination probable, poussant Bolton et Pompeo à la menacer de cesser d’aider le Venezuela, sous peine de sanctions à son encontre ou à l’encontre de tout autre pays aidant le Venezuela à faire face à sa crise économique. En ce qui concerne la Banque d’Angleterre et les autres pays européens, le rapport de Bloomberg conclut : « Les responsables de la Banque centrale à Caracas ont reçu l’ordre de ne plus tenter de contacter la Banque d’Angleterre. On a dit à ces banquiers centraux que les membres du personnel de la Banque d’Angleterre ne leur répondraient pas ».

Cela a conduit à des rumeurs selon lesquelles le Venezuela vendrait 20 tonnes d’or, transférés dans un Boeing russe 777 – environ 840 millions de dollars. L’argent aurait probablement été utilisé pour payer les créanciers russes et chinois, ainsi que pour l’achat de vivres afin de soulager la famine locale. [3]

La Russie a démenti cette information, mais Reuters a confirmé que le Venezuela avait vendu 3 tonnes sur les 29 prévues aux Émirats arabes unis, et que 15 autres seront expédiées le vendredi 1er février. [4] Marco Rubio, membre faucon de la coalition du Sénat US, a accusé ce transfert d’être un « vol », comme si nourrir une population pour alléger la crise parrainée par les États-Unis était un crime contre l’influence diplomatique étasunienne.

S’il existe un pays que les diplomates étasuniens haïssent encore plus qu’un pays récalcitrant d’Amérique Latine, c’est bien l’Iran. Le non-respect par le président Trump des accords nucléaires de 2015 négociés par les diplomates européens et l’administration Obama a dégénéré au point de menacer l’Allemagne et d’autres pays européens de sanctions punitives s’ils ne violent pas les accords qu’ils ont signés. En plus de l’opposition US aux importations allemandes et européennes de gaz russe, la menace US a finalement amené l’Europe à trouver un moyen de se défendre.

Les menaces impériales ne sont plus militaires. Aucun pays – y compris la Russie ou la Chine – ne peut organiser une invasion militaire d’un autre pays important. Depuis la guerre du Vietnam, le seul type de guerre qu’un pays élu de manière démocratique puisse mener est atomique, ou du moins, des bombardements intensifs tels que ceux que les États-Unis ont infligés à l’Irak, à la Libye et à la Syrie. Mais maintenant, la cyberguerre est devenue un moyen de débrancher les liens de toutes les économies. Et les principales connexions cybernétiques sont des liaisons de transfert financier, dirigées par SWIFT, acronyme de Society for Worldwide Interbank Financial Télécommunication, en Belgique.

La Russie et la Chine ont déjà créé un système de virement bancaire parallèle au cas où les États-Unis les déconnecteraient de SWIFT. Mais à présent, les pays européens ont compris que les menaces de Bolton et de Pompeo pourraient entraîner de lourdes amendes et des saisies d’actifs s’ils cherchent à continuer le commerce avec l’Iran comme le préconisent les traités qu’ils ont négociés.

Le 31 janvier, le barrage a cédé par l’annonce que l’Europe avait créé son propre système de contournement des paiements, utilisable avec l’Iran et d’autres pays ciblés par les diplomates étasuniens. L’Allemagne, la France et même le caniche US, la Grande-Bretagne, se sont associés pour créer INSTEX – Instrument d’aide aux échanges commerciaux. La promesse est que cela ne sera utilisé que pour l’aide « humanitaire » afin de sauver l’Iran d’une dévastation du type Venezuela parrainée par les États-Unis. Mais compte tenu de l’opposition de plus en plus acharnée des États-Unis au gazoduc Nord-Stream pour transporter le gaz russe, ce système alternatif de compensation bancaire sera prêt, et en mesure de devenir opérationnel, si les États-Unis tentent d’imposer des sanctions contre l’Europe.

Je viens de rentrer d’Allemagne et j’ai assisté à une scission remarquable entre les industriels de cette nation et leurs dirigeants politiques. Pendant des années, de grandes entreprises ont considéré la Russie comme un marché naturel, une économie complémentaire ayant besoin de moderniser ses activités manufacturières et capable de fournir à l’Europe du gaz naturel et d’autres matières premières. La nouvelle attitude USA face à la nouvelle guerre froide tente de bloquer cette complémentarité commerciale. Mettant en garde l’Europe contre la « dépendance » au gaz russe à bas prix, elle a proposé de vendre du GNL à prix élevé en provenance des États-Unis – via des installations portuaires qui sont encore loin d’être proches du volume requis. Le président Trump insiste également pour que les membres de l’OTAN consacrent 2% de leur PIB à l’achat d’armes, achetées de préférence aux États-Unis et non à des marchands de mort allemands ou français.

Le fait que les États-Unis abusent de leur position mène au cauchemar eurasien Mackinder-Kissinger-Brzezinski que j’ai mentionné ci-dessus. En plus de rapprocher la Russie et la Chine, la diplomatie étasunienne ajoute l’Europe au centre du jeu eurasiatique, la protégeant ainsi de la dépendance à la diplomatie US qui existait depuis 1945.

La Banque mondiale, par exemple, a traditionnellement été dirigée par un secrétaire étasunien à la Défense. Depuis sa création, sa politique constante consiste à accorder des prêts aux pays pour qu’ils consacrent leurs terres à l’exportation de cultures au lieu de se nourrir en priorité. C’est pourquoi ces prêts sont uniquement libellés en devises et non dans la monnaie nationale nécessaire pour fournir un soutien des prix et des moyens de développement agricole tels que ceux qui ont rendu l’agriculture des Etats-Unis si productive. En suivant les conseils des États-Unis, les pays se sont mis à la merci du chantage à la nourriture par la menace de sanctions d’embargo sur les céréales et d’autres produits alimentaires, au cas où ils se libéreraient des exigences diplomatiques US.

Il est intéressant de noter que notre imposition au monde entier du mythe de « l’efficacité » consistant à obliger les pays d’Amérique Latine à tourner leurs agricultures vers l’exportation, telle que celle du café ou de la banane, plutôt que de cultiver leur propre blé et leur maïs n’a pas permis de leur fournir des conditions de vie meilleures, en particulier pour ceux vivant en Amérique Centrale. L’excédent entre les cultures d’exportation et les importations de produits alimentaires meilleur marché en provenance des États-Unis, qui était censé se matérialiser pour les pays qui suivent notre scénario, a lamentablement échoué – en témoignent les caravanes de réfugiés à travers le Mexique. Bien entendu, notre soutien aux dictateurs militaires et aux seigneurs de la guerre les plus brutaux n’a pas aidé non plus.

De même, le FMI a été contraint d’admettre que ses directives de base étaient fictives dès le début. Un élément central a consisté à imposer le règlement des dettes publiques intergouvernementales en refusant les crédits du FMI aux pays en défaut. Cette règle a été instituée à une époque où la majeure partie de la dette intergouvernementale officielle était due aux États-Unis. Mais il y a quelques années, l’Ukraine a fait défaut sur 3 milliards de dollars dus à la Russie. En réalité, le FMI a déclaré que l’Ukraine et les autres pays n’avaient pas à payer la Russie ni aucun autre pays jugé trop indépendant des États-Unis. Le FMI accorde des crédits à la corruption sans fond de l’économie ukrainienne pour encourager sa politique anti-russe plutôt que de défendre le principe selon lequel les dettes intergouvernementales doivent être payées.

C’est comme si le FMI opérait maintenant dans une petite pièce du sous-sol du Pentagone à Washington. L’Europe a pris conscience que ses propres échanges monétaires et financiers internationaux risquent d’attirer la colère des États-Unis. C’est ce qui est devenu évident l’automne dernier, lors des funérailles de George H. W. Bush, lorsque le diplomate de l’UE s’est retrouvé rétrogradé à la fin de la liste et a été appelé en dernier pour occuper son siège. On lui a dit que les États-Unis ne considéraient plus l’UE comme une entité de bonne compagnie. En décembre, Mike Pompeo a prononcé un discours sur l’Europe à Bruxelles – le premier et le plus attendu de tous – dans lequel il vantait les vertus du nationalisme [US, NdT], critiquait le multilatéralisme et l’UE, et affirmait que les organes internationaux « qui limitent la souveraineté nationale doivent être réformés ou éliminés ». [5]

La plupart des événements ci-dessus ont fait l’actualité en une journée, le 31 janvier 2019. La frénésie des États-Unis sur de si nombreux fronts, contre le Venezuela, l’Iran et l’Europe – sans parler de la Chine, des menaces commerciales et des mesures prises contre Huawei surgissant aujourd’hui – semble promettre une année de fracture mondiale.

Ce n’est pas tout du fait du président Trump, bien sûr. Nous voyons le Parti démocrate arborant les mêmes bannières. Au lieu d’applaudir la démocratie lorsque les pays étrangers n’élisent pas un dirigeant approuvé par les diplomates des Etats-Unis, qu’il s’agisse de Allende ou de Maduro, ils ont laissé tomber le masque et se sont révélés être les principaux impérialistes de la Nouvelle guerre froide. C’est maintenant au grand jour. Ils feraient du Venezuela le nouveau Chili de l’ère Pinochet. Trump n’est pas le seul à soutenir l’Arabie saoudite et ses terroristes wahabites, comme le disait Lyndon Johnson : « Oui, ce sont des bâtards, mais ce sont nos bâtards. »

Où est la gauche dans tout cela ? C’est la question avec laquelle j’ai ouvert cet article. Ce qui est remarquable, c’est que seuls les partis de droite, Alternative for Deutschland (AFD) ou les nationalistes français de Marine Le Pen et d’autres pays s’opposent à la militarisation de l’OTAN et cherchent à ressusciter les liens commerciaux et économiques avec le reste de l’Eurasie.

La fin de notre impérialisme monétaire, sujet sur lequel j’ai écrit pour la première fois en 1972, dans le livre « Super impérialisme », étonne même un observateur averti comme moi. Il a fallu un niveau colossal d’arrogance, de myopie et d’anarchie pour accélérer son déclin – une chose que seuls des néocons aussi fous que John Bolton, Eliot Abrams et Mike Pompeo pouvaient offrir à Donald Trump.

Michael Hudson

Michael Hudson a travaillé comme économiste à Wall Street. Actuellement Distinguished Professor dans l’University of Misoury, Kansas City, et le président de Institute for the Study of Long-Term Economic Trends (ISLET). Il est auteur de quelques livres, entre lesquels ils détachent : « Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire » (une nouvelle ed., Pluto Press, 2003) et « Trade, Development and Foreign Debt : How Trade and Development Concentrate Economic Power in the Hands of Dominant Nations » (ISLET, 2009). Sa page Web : Michel Hudson

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Notes

[2Patricia Laya, Ethan Bronner et Tim Ross, « Maduro est empêché de récupérer 1,2 milliard de dollars d’or au Royaume-Uni », Bloomberg, 25 janvier 2019. Anticipant une telle trahison, le président Chavez avait déjà agi en 2011 pour rapatrier 160 tonnes d’or à Caracas depuis les États-Unis et l’Europe

[3Patricia Laya, Ethan Bronner et Tim Ross, « Maduro est empêché de récuperer 1,2 milliard de dollars en or du Royaume-Uni », Bloomberg, 25 janvier 2019

[5Constanze Stelzenmüller, « US policy on Europe takes a nationalist turn » [La politique américaine en Europe prend une tournure nationaliste], Financial Times, 31 janvier 2019

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L’Oligarchie Financière Mondiale

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Crédit : Global look Press

Du secret « Groupe des Trente », qui a pris le pouvoir dans l’Union Européenne, pouvoir qui peut devenir encore plus lourd. Et après-demain, l’Europe en tant que civilisation particulière, qui s’est édifiée au cours de nombreux siècles, peut disparaître complètement. Il y a de nombreuses causes et manifestations de ce« déclin de l’Europe » (selon Oswald Spengler). L’une des causes et des manifestations du« déclin » est la perte de la souveraineté de l’Europe. Or personne n’a pris à l’Europe sa souveraineté, elle l’a volontairement rejetée. Ce processus s’est appelé« intégration européenne ».


Ce processus a débuté par une étape apparemment innocente et tout à fait justifiée : la signature en 1957 du Traité de Rome, qui a établi un « marché commun » pour six pays européens (l’Allemagne, la France, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg). Mais, « l’appétit vient en mangeant », dit-on. L’Europe a décidé d’étendre le « marché commun » des marchandises (rejet des droits de douane dans le commerce mutuel) au marché commun des capitaux et à celui de la main-d’œuvre. Et puis l’idée lui est venue de procéder à l’intégration des devises monétaires. Pour commencer, il a été décidé d’introduire dans les règlements internationaux entre pays européens une unité monétaire conditionnelle, appelée ECU. Mais l’Europe ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. Pour détruire les monnaies nationales, elle a imaginé de les remplacer par une monnaie commune à tous les pays. Les avantages de cette idée étaient à peu près les mêmes que les inconvénients. Mais, alors que tous les avantages étaient « ici et maintenant », les inconvénients n’allaient se produire que dans l’avenir. Les opposants à la transition vers une monnaie unique étaient nombreux, mais leur résistance fut brisée. Pour s’assurer de la victoire, les intégrateurs monétaires usèrent de tous les moyens publicitaires possibles pour mettre en lumière les avantages à court terme. Or l’européen moyen, qui est faible et myope, fait toujours le choix de l’ « ici et maintenant ».

Il y a vingt ans, l’Europe a franchi la ligne rouge. Le 1er janvier 1999, apparut la monnaie européenne unique, l’Euro, sous une forme non-monétaire, et le processus de suppression des monnaies nationales commença dans 11 États européens. Depuis le 1er janvier 2002, l’émission des espèces en Euro (pièces et billets de banque) démarra. La même année, dans ces 11 États, le processus de suppression des monnaies nationales et de leur remplacement par la monnaie unique et supranationale de l’Euro prit fin. Les pays qui renoncèrent à leur monnaie nationale formèrent la zone Euro. Il y a maintenant 19 États dans la zone Euro.

L’Euro a pris la deuxième place après le Dollar américain dans le rating mondial des monnaies, selon tous les indicateurs (part dans les comptes, dans les réserves internationales, dans les opérations sur le marché des changes du Forex), etc.

Un certain temps, les pays de la zone Euro connurent une véritable euphorie. Mais la musique n’a pas joué longtemps. Environ cinq ans, pas davantage, jusqu’à ce que l’Europe soit submergée par la vague de la crise financière mondiale. La crise financière a été remplacée par celle de la dette, qui se poursuit jusqu’à présent, les perspectives de sortie de crise de l’Europe n’étant toujours pas en vue.

La Banque centrale européenne, instrument d’élimination de l’identité européenne

Les avantages de l’intégration monétaire commencèrent à s’évaporer, et les inconvénients se firent de plus en plus palpables et même meurtriers. Les pays de la zone Euro perdirent une partie importante de leur souveraineté. Ils laissèrent la place à une institution supranationale appelée la Banque centrale européenne (BCE). La BCE possède la plus grande autonomie parmi toutes les institutions de l’intégration européenne (Parlement européen, Commission européenne, Conseil européen, etc.). En fait, elle ressemble à n’importe quelle banque centrale « indépendante », mais, probablement, l’indépendance de la BCE vis à vis des États qui l’ont instituée est bien plus importante que celle d’une banque centrale ordinaire par rapport à « son »propre État.

La BCE a été créée le 1er juillet 1998 pour lancer l’émission de l’Euro. Les vingt ans d’histoire de l’existence de la BCE montrent qu’elle possède, non seulement la plus grande « indépendance » vis-à-vis des États européens, relativement aux autres institutions de l’intégration européenne, mais aussi qu’elle a la plus grande influence sur la vie de l’Europe. Les banques centrales des pays membres de la zone Euro perdent graduellement leur rôle, la BCE leur retire de plus en plus de pouvoirs, et ne laisse aux banques centrales nationales que des fonctions essentiellement techniques. Les « coûts » du transfert volontaire des droits d’émission monétaires au niveau supranational font l’objet d’un ressentiment plus en plus important dans les pays européens. Les autorités de chaque pays de la zone Euro ne peuvent pas être entendues au niveau superlatif de l’instance suprême qu’est devenue la BCE. Dans certains pays de la zone Euro, il y a un sentiment en faveur de l’abandon de l’Euro, et du retour aux monnaies nationales.

L’été 2015, la Grèce fut ainsi sur le point de faire défaut, et menaça Bruxelles de quitter la zone Euro. À Bruxelles, il fut décidé de sauver la Grèce. Depuis trois ans, la Grèce a reçu de la troïka des créanciers (BCE, Commission européenne, FMI) un total de 86 milliards d’Euros. Le programme d’aide s’est terminé en août dernier. Je pense que cette année, la Grèce sera de nouveau dans une situation financière difficile, et menacera de nouveau Bruxelles de sortir de la zone euro.

L’ euro-scepticisme s’intensifie

Ce n’est un secret pour personne que l’euroscepticisme est de plus en plus saisissant en Europe. Une des ses variantes est le scepticisme euro-monétaire. Aujourd’hui, il est bien considéré, particulièrement en Italie, où les politiciens venus au pouvoir sont issus des partis des Cinq Étoiles et de la Ligue du Nord. Le niveau relatif de la dette souveraine de l’Italie a déjà dépassé les 130% du PIB (deuxième place après la Grèce, avec environ 180% du PIB). Les autorités italiennes soulèvent la question de l’annulation de la dette envers la Banque centrale européenne pour un montant de 250 milliards d’Euros. Sinon, l’Italie menace de quitter la zone Euro et de revenir à la Lire. Il semble paradoxal que même en Allemagne (la « locomotive » de l’intégration européenne) il y ait des mouvements de mauvaises humeurs contre l’Euro. Depuis quelque temps, l’intégration euro-monétaire est entre les mains de l’Allemagne, contribuant au développement de son industrie par la dégradation des économies de la Grèce, de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal et d’autres pays. Ces pays sont maintenant en état de détresse et doivent être aidés. Mais tout le monde n’est pas d’accord là-dessus en Allemagne. Il s’y trouve des politiciens qui, non seulement admettent la possibilité d’exclure de la zone Euro un certain nombre de pays, mais aussi qui croient qu’il faut absolument le faire.

Ainsi, on voit des signes précurseurs d’un arrêt de l’intégration monétaire, et même de la désintégration de la monnaie. Mais c’est au niveau propre de chacun des différents pays européens. Or, à Bruxelles, les processus de destruction de ce qui reste des souverainetés nationales européennes, dans les sphères monétaire et financière, continuent d’être accélérés. Par exemple, la question est de plus en plus soulevée de l’asymétrie, au niveau de l’ensemble de la zone Euro, qui dispose d’une seule banque centrale, sans qu’il y ait de Ministère unique des Finances. L’Europe unique nécessite le tandem classique « Banque centrale – Ministère des finances », qui existe dans n’importe quel État. Il semble déjà, qu’à tous les niveaux de l’UE, il a déjà été convenu que le budget unique de la zone Euro sera mis en place à partir de l’an 2021.

Mais, si la question du budget unique européen de la zone Euro fait aujourd’hui débat dans de nombreux médias mondiaux, il en va tout autrement pour ce qui est du thème de la politique monétaire et financière de l’Europe, et qui reste dans les coulisses de nombreux médias.

L’Europe est gouvernée par le « Groupe des Trente »

L’histoire a commencé en janvier de l’an dernier et concerne Mario Draghi, Président de la Banque centrale européenne. Je vais la résumer, et vous comprendrez pourquoi je fais le lien avec la Russie. Au début de l’an dernier, les médias mondiaux ont fourni des informations très précises concernant l’Union européenne (UE). La médiatrice de l’UE, Emily O’Reilly, a appelé les hauts fonctionnaires de la Banque centrale européenne (BCE) à cesser de participer aux réunions du « Groupe des Trente » – le G30. Tout le monde parle du G-7, du G-8, du G-20. Certains érudits connaissent aussi le G-10. Mais le G-30 n’était connu que d’un cercle très étroit de personnes. Grâce à Emily O’Reilly, le « Groupe des Trente » a connu les « Feux de la Rampe ».

Il est vrai que G-30 a même un site Web, mais très laconique. On peut quand même en tirer quelque chose. Le groupe fut créé en 1978 par le banquier Jeffrey Bell avec la participation de la Fondation Rockefeller. Son siège social est situé à Washington (États-Unis). Sur le site, derrière le rideau informationnel de sa politique de relations publiques, on voit bien que le groupe formule des recommandations à destinations des banques centrales, et des principales banques du monde. Les participants aux réunions participent ensuite à la mise en œuvre des recommandations adoptées, en utilisant leurs capacités administratives, de communication et d’influence. Comme le groupe fut créé avec l’aide de la Fondation Rockefeller, il est difficile d’imaginer de ne pas trouver David Rockefeller derrière le G-30, qui s’est éteint à l’âge de 102 ans en mars 2017. Pendant la plus grande partie de sa vie, il « dirigea » l’une des plus grandes banques privées au monde, la Chase Manhattan Bank.

À ce jour, le groupe compte 33 membres. Tous sont des banquiers mondialement connus, chefs des plus grandes banques centrales, des banques commerciales et d’investissement privées (appartenant à la catégorie des établissements bancaires qui aujourd’hui, pour la Banque des règlements internationaux, sont « formateurs du système »). Sur le site, certaines personnes sont présentées comme étant « anciennes », d’autres comme « actives ». Mais nous comprenons parfaitement bien que dans le monde des « maîtres de l’argent », il n’y ait pas d’ « anciens membres ». Je vais me contenter d’énumérer la liste des membres du premier sommet du G-30 (avec entre crochet leurs position et fonction dans le monde « extérieur »):

  • Le Président du Conseil d’administration est Jacob A. Frenkel [Président de la Banque JPMorgan Chase international] ;
  • Le Président du Groupe est Tharman Shanmugaratnam [Vice-Premier Ministre et Ministre de la coordination des politiques économiques et sociales, Singapour] ;
  • Le trésorier du Groupe (trésorier) est Guillermo Oritz, [Président de la Banque d’investissement BTG Pactual Mexico] ;
  • Le Président émérite est Paul A. Volcker [ancien Président du système de la Réserve fédérale des États-Unis] ;
  • Le Président honoraire est Jean-Claude Trichet [ancien président de la Banque centrale européenne].

Dans la liste des membres du Groupe, nous trouvons le Président actuel de la BCE, Mario Draghi, qui s’est fait remarquer en janvier de l’an dernier, lorsque le médiateur de l’UE a déclaré que son appartenance au G-30 créait un « conflit d’intérêts ». Pourquoi une fonctionnaire de l’Union européenne a-t-elle demandé à la Banque centrale européenne (BCE) de cesser de participer aux réunions du G30 ? Des dirigeants et des représentants d’un certain nombre de banques, placées sous la supervision de la BCE, participent aux activités du Groupe des Trente. De tels contacts secrets, entre le régulateur financier et les institutions placées sous sa supervision, sont interdits par la réglementation de l’UE.

L’Europe a de nouveau perdu face aux « maîtres de l’argent »

Mais en fait, tout est beaucoup plus grave. Après tout, Emily O’Reilly n’a pas soulevé la question de sa propre initiative. Elle a été contrainte de le faire par des dizaines de milliers d’anti-mondialistes européens, très inquiets de ce que le système bancaire de l’Union européenne ne soit même pas géré par la Banque centrale européenne, mais par une instance supérieure, à savoir, le Groupe des Trente. Et de ce que Mario Draghi se contente de recevoir des instructions du G-30 et de les mettre en œuvre. La BCE elle-même a un statut spécial, en fait, elle n’est pas contrôlée par le Parlement européen, ni par la Commission européenne ou d’autres institutions de l’Union européenne. Or il apparait que même au-dessus de la BCE il y a une instance supérieure, appelée le G-30, qui non seulement ne rend compte à personne, mais dont l’existence même est restée cachée à l’insu de presque tous.

Contrairement à son habituelle insinuation et prudence, Mario Draghi a réagi de manière exceptionnellement tranchante et catégorique à la déclaration du médiateur: « J’ai participé (aux travaux du G-30) et j’y participerai ». Selon nos informations, Draghi s’est, à plusieurs reprises, rendu aux réunions du Groupe, au cours de l’année dernière. Mais Bruxelles a été plongée dans la confusion, ne sachant pas comment réagir à la situation. Après tout, l’affaire a été soumise au Parlement européen, investi de l’obligation de préparer une décision. Les passions se sont déchaînées parmi les députés. Un groupe de députés, composé d’eurosceptiques et de gauchistes, a préparé un projet d’amendements à la résolution adoptée antérieurement par le Parlement européen sur les résultats de l’examen du rapport annuel de la BCE pour 2017. L’essentiel des amendements consiste à interdire à Mario Draghi et à d’autres fonctionnaires de la BCE de participer au Groupe « secret » des Trente. Dans un premier temps, le projet d’amendements a été soutenu par 181 députés, tandis que 439 députés ont voté contre.

Les partisans de Draghi et de sa politique ont proposé leur option, qui consiste à laisser à la Banque centrale européenne la liberté de décider de participer ou non aux travaux du G-30 (et à d’autres groupes et organisations similaires), guidée par la nécessité d’une « bonne » politique monétaire au sein de l’Union européenne. Comme on peut le constater, les amendements ont été vidés de leur essence, pour aboutir à un document « à propos de rien » (dans le style habituel du Parlement européen). Et à la mi-janvier 2019, a eu lieu le vote final sur la version « à propos de rien » des amendements. Voici ses résultats : Pour-500 votes ; Contre-115 ; Abstentions-19.

En termes simples, Mario Draghi, ainsi que les présidents ultérieurs de la BCE, ont reçu le plein droit de participer aux travaux de toute organisation secrète, fondé sur la nécessité d’élaborer une politique monétaire « appropriée ». Les eurosceptiques, les anti-mondialistes et les gauchistes ont qualifié cette décision des « députés du peuple »de « l’Europe unie », de destruction finale de la souveraineté de l’Europe, en la transférant sous le contrôle total des « maîtres de l’argent ».

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« Qui sera le roi de ce monde sans cash ? »

Charles Gave sur la société sans cash « c’est une catastrophe pour les libertés individuelles » 

Cash – Vous êtes une marchandise. LHK

« Qui sera le roi de ce monde sans cash ?»

Jacob de Geer sur le site du World Economic Forum 

Les « experts » du système prônent la suppression du cash, au nom de la transparence et de la lutte contre l’argent sale.

La raison est certes fallacieuse, mais les grands médias la promeuvent.

Il suffit de répéter une fausse info à l’infini pour qu’elle devienne vérité. C’est le principe de la propagande.

Parallèlement à un rabâchage de fake news, certaines vraies news ne doivent pas être trop sues. Par exemple: comment les centaines de milliards de la mafia globalisée sont intégrés annuellement dans le circuit de la haute finance.

L’élite de la haute puissance a dans les faits décidé de vous avoir à l’oeil, et de manière permanente. La suppression du cash vous soumet au regard du Big Brother en permanence.

Dans les faits, une méga alliance qui regroupe des gouvernements, des entreprises et des fondations globales a vu le jour. Better than cash alliance fut fondée par Bill& Melinda Gates Foundation (parmi les principaux promoteurs et sponsors avec la Citi et Omidyar net.), Citibank, Mastercard, Omidyar Network de Pierre Omidyar du fondateur de eBay, USAID et Visa Inc. Une série d’organisations internationales en sont membres. On y compte la Catholic Relief Services, Care, la World Food Program, World Savings Banks Institute (Institut de l’épargne bancaire mondiale), ou la Clinton Development Initiative…

(Extrait de Dépossession)

Voici une autre étape pour vous happer dans le circuit de la gigantesque machine informationnelle. La reconnaissance faciale que la même équipe est en train de vous imposer. Se voulant des démocrates, l’équipe prétend que la biométrie est plébiscitée par les clients… Un grand mensonge bien sûr. (cf article ci-dessous)

Mais alors quel avenir pour les libertés individuelles? Aucun. Vous êtes en cours de devenir une marchandise comme une autre, et votre traçabilité est requise. Comme pour les autres biens… Et une marchandise ne dispose pas de libertés.

Au fait, inutile de chercher à en débattre dans les médias, détenus par la même équipe qui joue aux maîtres de l’humanité.

La reconnaissance faciale pour retirer de l’argent, première mondiale signée CaixaBank

Par Delphine Cuny

Caixa Bank a travaillé avec Fujitsu et la startup espagnole FacePhi pour élaborer son dispositif de reconnaissance faciale intégré au distributeur automatique de billets. La première banque de détail espagnole, CaixaBank, propose de remplacer les codes par de l’authentification vidéo aux distributeurs de billets. Le dispositif, présenté comme une première mondiale et installé dans quatre premières agences à Barcelone, sera déployé plus largement au cours du second semestre.

Et si retirer de l’argent était aussi simple qu’un selfie ? La première banque de détail espagnole, CaixaBank, a dévoilé jeudi 14 février un nouveau dispositif dans ses distributeurs automatiques de billets qui permet de s’authentifier par la technologie de reconnaissance faciale, par le biais d’une caméra intégrée dans l’automate et d’un écran de contrôle, en lieu et place du traditionnel code personnel. « CaixaBank devient la première institution financière au monde à offrir à ses clients la possibilité d’utiliser la reconnaissance faciale pour retirer de l’argent des guichets automatiques, sans avoir à saisir leur code PIN », s’est targuée la banque catalane.

Ce dispositif « révolutionnaire » est installé dans 20 terminaux de quatre premières agences à Barcelone et sera déployé plus largement au cours du second semestre. CaixaBank a travaillé avec Fujitsu et la startup espagnole FacePhi pour élaborer son dispositif de reconnaissance faciale intégré au distributeur automatique de billets.

« L’automate dispose du matériel et des logiciels nécessaires pour valider jusqu’à 16.000 points sur l’image du visage de l’utilisateur, ce qui garantit une identification totalement sécurisée », explique la banque dans un communiqué.

Il suffit de s’enregistrer au préalable une première fois, en quelques minutes, sur la tablette d’un conseiller en agence. Il faut tout de même présenter au distributeur sa carte ou son smartphone ou sa montre connectée puis montrer son visage à la caméra et donner un signe de vie (pour éviter les tentatives d’arnaque à la photo). Les clients qui le souhaitent pourront choisir de continuer à taper leur code.

La biométrie plébiscitée par les clients La banque espagnole indique avoir sondé de « vrais clients » avant de se lancer afin de déterminer le degré d’acceptation de l’identification par reconnaissance faciale : 70% des répondants ont dit être prêts à l’utiliser comme alternative à la saisie de leur code d’identification personnel sur un clavier.

« Parmi les avantages mentionnés par les utilisateurs, les répondants ont souligné le sentiment de sécurité associé à la reconnaissance faciale (66% des participants l’ont mentionnée), la commodité (importante pour 19% des répondants) et la rapidité (soulignée par 15% des clients) » rapporte CaixaBank.

Se prévalant d’être « leader dans la digitalisation bancaire », le groupe espagnol rappelle qu’il avait été pionnier dans la biométrie en étant la première banque en Espagne à incorporer la technologie Face ID de l’iPhone X au lancement de ce dernier en 2017, permettant à ses clients possédant ce smartphone d’accéder à leurs comptes sans saisir leurs identifiants et mots de passe.

« Le leadership technologique nous permet de fournir un meilleur service à nos clients, plus proche et plus spécialisé », a commenté le directeur général de CaixaBank, Gonzalo Gortázar.

L’ex-caisse d’épargne mène actuellement une profonde restructuration de son réseau et souhaite développer son modèle d’agence « Store », plus grande et plus moderne, en zones urbaines.

En Chine, pays friand de biométrie, Agricultural Bank of China avait commencé à déployer en 2017 la reconnaissance faciale aux distributeurs mais il fallait tout de même entrer un code ou un numéro de téléphone pour s’identifier, sans introduire sa carte. Sur un autre registre, sans recours à la biométrie, la Caisse d’Epargne avait lancé en France en 2016 le retrait de dépannage par SMS sans utiliser sa carte au distributeur.

 
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Publié par le 17 février 2019 dans économie, général, International, Nouvel ordre mondial

 

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Le créateur de Doctissimo compare les Gilets Jaunes à des êtres inutiles et remplaçables face aux élites qu’il compare à des dieux

Le transhumaniste et créateur de Doctissimo Laurent Alexandre, un soutien revendiqué à Macron, compare les Gilets Jaunes à des êtres inutiles et substituables, face aux élites qu’il compare à des Dieux.

Laurent Alexandre est très écouté par les élites euro-mondialistes et intervient régulièrement dans les grandes écoles pour former les élites de demain.

Laurent Alexandre, dans un discours ambigü, concède toutefois que le “Gap” intellectuel qu’il croit percevoir entre les inutiles Gilets Jaunes et les Dieux élites est un cauchemar politique, et s’annonce très difficile à gérer.

S’interrogeant sur la possibilité de greffer aux “inutiles” un cerveau (cyborgs), Alexandre estime que la priorité est d’éviter de multiplier les gilets jaunes…

Si un tel discours empli de commisération peut recevoir un certain succès chez les bobos, il n’est pas certain qu’il soit accueilli avec des fleurs chez les gilets jaunes et leurs nombreux soutiens…

Sources: France Frexit Grozeille

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En décembre dernier, Laurent Alexandre (membre du club Le Siècle) disait lors d’un débat sur LCI qu’il « soutenait les Gilets Jaunes ». Un double discours saisissant.

 
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Publié par le 13 février 2019 dans général, Nouvel ordre mondial, société

 

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Panique en vue des européennes : Soros redoute que l’UE ne «suive le chemin de l’Union soviétique»

Pour Georges Soros, l'Union européenne est en «temps de guerre»

Branle bas de combat chez les mondialistes face à la montée des « populismes » – Il y a 2 ans George Soros avait déclaré que l’effondrement de l’UE est maintenant « pratiquement IRREVERSIBLE » après le Brexit.

Puis en Février 2018 on apprenait qu’il avait investit 450 000€ pour faire annuler le brexit :

Soros a utilisé sa fondation (l’open society) pour faire un don de 400 000 pounds (453 000€) à un groupe qui fait campagne pour relancer le référendum sur le brexit. (….)

Voilà donc à quoi vont servir les 450 000€, à « convaincre » les députés de trahir le vote du peuple !

450 000€, ce n’est pas très cher, voilà ce que valent les députés d’après Soros ! Voilà ce que vaut la « démocratie » ! Le parlement britannique compte 650 députés, le prix d’un député serait donc de 700€…

 The telegraph révélait qu’il soutenait « un complot secret pour déjouer le Brexit ». 

Plus tard en 2018 il déclarait encore que l’Union européenne est en «temps de guerre»… Z 

À quelques semaines des élections, le milliardaire George Soros a appelé les européistes à «se réveiller» face aux populistes, sans quoi l’UE suivrait «le chemin de l’Union soviétique». Une inquiétude partagée par l’ECFR qui envisage la fin du bloc.

Le milliardaire George Soros ne cache pas son inquiétude à l’approche des élections européennes. Pro-européen convaincu, le philanthrope américano-hongrois appelle, dans un éditorial publié le 11 février par Project Syndicate, (une ONG diffusant des analyses sur des problématiques internationales), les peuples d’Europe à se «réveiller avant qu’il ne soit trop tard» pour faire face à la montée du populisme. «Sinon, l’Union européenne suivra le chemin de l’Union soviétique en 1991», prédit le milliardaire qui souligne avoir été témoin de nombreuses périodes de «déséquilibre radical» dans sa vie. Il estime que la période actuelle ne fait pas exception.

«Ni nos dirigeants ni les citoyens ordinaires ne semblent comprendre que nous vivons un moment révolutionnaire, que l’éventail des possibilités est très vaste et que le résultat final est donc très incertain», s’alarme encore le financier, qui déplore que les forces anti-européennes disposent selon lui d’un «avantage» lors des prochaines élections.

«Cela s’explique par plusieurs facteurs, notamment […] l’impossibilité pratique de modifier les traités et le manque d’instruments juridiques permettant de discipliner les Etats membres qui violent les principes sur lesquels l’Union européenne a été fondée», soutient ainsi George Soros, qui regrette que l’EU ne dispose pas «des capacités suffisantes pour faire respecter les obligations des Etats membres».

Mais cette situation trouve aussi racine dans les structures «désuètes» des partis qui empêchent, selon le milliardaire, la volonté populaire de «trouver l’expression appropriée», et qui mèneraient donc d’après lui à la montée des mouvements populistes. Pour base de son constat, George Soros s’appuie sur les exemples de l’Allemagne, de l’Italie ou encore du Royaume-Uni, à travers son vote en faveur du Brexit. «En ce qui concerne les alliances transeuropéennes, la situation est encore pire», juge en outre George Soros en s’attaquant frontalement au Parti populaire européen (PPE) qui accueille en son sein Fidesz, la formation du Premier ministre hongrois Viktor Orban, un de ses ennemis idéologiques personnels.

L’ECFR tout aussi alarmiste

Le fondateur de l’Open Society n’est pas le seul à s’inquiéter de voir disparaître aux oubliettes de l’histoire sa vision du projet européen. L’European Council on Foreign Relations (ECFR), cousin (pro-)européen du think tank américain CFR, a publié un rapport très pessimiste pour l’avenir du Vieux continent, dans l’éventualité où les eurosceptiques de gauche comme de droite parviendraient à obtenir au moins un tiers des sièges du Parlement, comme le prévoient certains sondages. Financé par divers organismes, dont l’Open Society Foundation du même George Soros ou encore la fondation Rockefeller Brothers Fund, l’ECFR s’alarme en effet que les partis eurosceptiques de toute l’Europe soient déterminés à «paralyser» le bloc.

«Leur capacité à paralyser la prise de décision au centre de l’UE désamorcerait l’argument des pro-européens selon lequel le projet est imparfait mais réformable. A ce stade, le temps de l’UE serait compté», prévient le rapport en des termes on ne peut plus explicites. Décrites dans un vocabulaire guerrier – «bataille d’idées»«lutte» et ainsi de suite – les élections de mai sont envisagées comme un véritable combat. Seule éclaircies dans ce tableau bien sombre, l’ECFR souligne que le Parlement européen n’est «qu’un des organes directeurs de l’Union européenne et, à bien des égards, le moins puissant d’entre eux».

Pour autant, le think tank appelle ses lecteurs à ne pas sous-estimer l’importance de ces élections, qui pourraient «avoir un coût très élevé pour les internationalistes libéraux». L’ECFR estime qu’un taux de participation élevé est essentiel pour faire reculer les eurosceptiques, et le groupe de réflexion va jusqu’à distiller ses conseils à ses lecteurs, pour qu’ils encouragent les gens à se rendre aux urnes.

En ligne de mire… Moscou ?

S’il assure que la position strictement «défensive» n’est plus un ressort suffisant, l’ECFR la fait pourtant jouer à plein. En dehors d’appuyer sur le désir présumé des eurosceptiques de «démanteler l’état de droit», de perturber l’établissement de réglementations environnementales unifiées et de mener rien de moins qu’une attaque globale contre les «valeurs européennes», les «anti-européens» sont, en plus, accusés d’être proches de la Russie. De là à penser que Moscou fera preuve d’ingérence dans les élections pour les aider, il n’y a qu’un pas… que n’hésite pas à franchir l’ECFR.

«Etant donné l’ingérence de la Russie lors des récentes élections nationales en Europe et la tension dans les relations entre l’UE et la Russie résultant des hostilités dans la mer d’Azov, il est fort probable que Moscou tentera de manipuler le vote», est-il écrit dans le rapport de l’ECFR, qui omet bien entendu de préciser qu’aucune preuve de cette supposée volonté d’ingérence n’a jamais été donnée.

Dans son éditorial, le milliardaire George Soros livre ses conseils pour «protéger l’Europe de ses ennemis, tant intérieurs qu’extérieurs»«La première étape consiste à reconnaître l’ampleur de la menace qu’ils représentent. La seconde consiste à réveiller la majorité pro-européenne endormie et à la mobiliser pour défendre les valeurs sur lesquelles l’UE a été fondée. Sinon, le rêve d’une Europe unie pourrait devenir le cauchemar du XXIe siècle», prophétise le financier.

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Les globalistes sacrifieront-ils le dollar pour obtenir leur « nouvel ordre mondial » ?

« Le véritable objectif des globalistes est un système économique dans lequel ils peuvent surveiller chaque transaction aussi petite soit-elle ; un système dans lequel il n’y a finalement qu’une seule monnaie, une monnaie qui peut être suivie, accordée ou supprimée à tout moment et sans préavis. Imaginez un monde dans lequel votre « réserve de valeur » est soumise à l’examen constant d’une monstruosité bureaucratique, et il n’y a aucun moyen de s’en cacher en utilisant le commerce privé comme un filet de sécurité. Imaginez un monde dans lequel vous ne pouvez pas tenir votre argent dans votre main, et l’accès à votre argent peut vous être refusé en appuyant sur un bouton si vous dépassez les bornes. C’est ce que les globalistes souhaitent vraiment. »

Le commerce est un élément fondamental de la survie humaine. Personne ne peut à lui seul produire tous les biens et services nécessaires à une vie confortable, quelle que soit son attitude spartiate. À moins que votre objectif ne soit de tirer désespérément une existence de votre terrain, localement, sans aucune chance de progrès à l’avenir, vous aurez besoin d’un réseau d’autres producteurs. Pendant la plus grande partie de l’histoire de la civilisation humaine, la production a été la base de l’économie. Tous les autres éléments étaient secondaires.

À un moment donné, à mesure que le commerce se développe et prospère, une société va se mettre à la recherche d’une réserve de valeur ; quelque chose qui représente les heures de travail, les efforts et l’ingéniosité qu’une personne met dans sa journée. Quelque chose qui est universellement accepté dans les réseaux de troc, quelque chose de très prisé, de tangible, qui peut être tenu dans nos mains et qui est impossible à reproduire artificiellement. Les métaux précieux.

C’est ainsi qu’est né le concept de « l’argent », qui, en grande partie, a très bien fonctionné pendant des milliers d’années. Malheureusement, il y a des gens dans notre monde qui voient l’économie comme un outil de contrôle plutôt que comme un processus vital qui devrait être laissé à lui-même pour qu’il se développe naturellement.

L’idée de « monnaie fiduciaire », de l’argent qui n’a aucun caractère tangible et qui peut être créé sur un caprice par une source ou une autorité centrale, est plutôt nouvelle dans le grand ordre des choses. Il s’agit d’une abâtardisation du système monétaire original, beaucoup plus stable, qui existait avant qu’il ne soit ancré dans les produits de base comme le pétrole. Bien qu’elle prétende offrir une réserve de valeur plus« liquide », la vérité est que cela n’offre pas de réserve de valeur du tout.

Les fournisseurs de « monnaie fiduciaire », les banques centrales et les tenants de la globalisation, utilisent la dette sans cesse croissante comme un moyen d’alimenter cette monnaie, sans parler de la taxe cachée de l’inflation des prix. Lorsque les banquiers centraux s’emparent de la monnaie, ce n’est plus une représentation du travail ou de la valeur, mais un système d’asservissement qui écrase notre capacité à produire efficacement et à recevoir un juste rendement pour notre travail.

Il y a aujourd’hui beaucoup de gens dans le mouvement pour la liberté qui comprennent cette dynamique, mais même dans les cercles économiques alternatifs, il y en a qui ne comprennent pas le tableau global quand il s’agit des banques centrales et des mécanismes financiers. Il y a cette fausse idée que les monnaies papier sont l’élément vital de l’establishment et qu’il cherchera à protéger ces monnaies à tout prix. Cela aurait pu être vrai il y a 20 ans ou plus, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les choses changent.

Le roi de cette illusion est le dollar américain. En tant que monnaie de réserve mondiale, il est considéré par certains comme « intouchable », et pilier de la structure globaliste qui sera défendue pendant les nombreuses décennies à venir. La réalité, cependant, c’est que le dollar n’est rien de plus qu’une autre escroquerie sur papier pour les globalistes ; une farce qu’ils seront heureux de sacrifier afin de poursuivre leurs objectifs de centralisation complète du commerce global et donc de centralisation complète du contrôle de la survie humaine.

C’est-à-dire que le dollar est un tremplin pour eux, rien de plus.

Le véritable objectif des globalistes est un système économique dans lequel ils peuvent surveiller chaque transaction aussi petite soit-elle ; un système dans lequel il n’y a finalement qu’une seule monnaie, une monnaie qui peut être suivie, accordée ou supprimée à tout moment et sans préavis. Imaginez un monde dans lequel votre « réserve de valeur » est soumise à l’examen constant d’une monstruosité bureaucratique, et il n’y a aucun moyen de s’en cacher en utilisant le commerce privé comme un filet de sécurité. Imaginez un monde dans lequel vous ne pouvez pas tenir votre argent dans votre main, et l’accès à votre argent peut vous être refusé en appuyant sur un bouton si vous dépassez les bornes. C’est ce que les globalistes souhaitent vraiment.

Certains pourraient prétendre que ce genre de système existe déjà, mais ils se tromperaient eux-mêmes. Même si les monnaies fortes comme le dollar sont un cancer sur les marchés libres et la vraie production, elles offrent toujours une certaine intimité et peuvent être physiquement allouées et tenues dans votre main, ce qui les rend plus difficiles à confisquer. Les globalistes veulent prendre le contrôle total de ce cancer et le rendre pire encore.

La question se pose donc : comment envisagent-ils de passer de l’actuel système de la monnaie fiduciaire à leur économie du « nouvel ordre mondial » ?

Tout d’abord, ils s’efforceront de démolir de manière contrôlée le dollar comme monnaie de réserve globale. Ils y sont parvenus par le passé avec d’autres monnaies de réserve, comme la livre sterling, qui a été soigneusement déclassée sur une période de deux décennies juste après la Seconde guerre mondiale grâce à la vente par la France et les États-Unis de leurs bons du Trésor, ainsi qu’au retrait forcé de la livre sterling comme monnaie pétrolière. Cela a été fait pour laisser la place au dollar américain en tant que monnaie de remplacement après les accords de Bretton Woods en 1944.

Le dollar n’a pas atteint le statut de véritable réserve globale, cependant, jusqu’à ce que l’étalon-or eu été complètement abandonné par Nixon au début des années 1970, au moment où un accord a été conclu avec l’Arabie saoudite faisant du dollar une pétro-devise. Une fois que le dollar n’était plus ancré à l’or et que le marché global de l’énergie en était devenu dépendant, le sort de l’économie américaine était scellé.

Contrairement à la Grande-Bretagne et à la livre sterling, l’économie américaine est hyper-dépendante du statut de réserve globale du dollar. Alors que la Grande-Bretagne a souffert du déclin de la situation pendant des décennies après cette perte, y compris par de l’inflation et des taux d’intérêt élevés, les États-Unis connaîtront une douleur beaucoup plus aiguë. L’absence totale d’une capacité de production adéquate à l’intérieur des frontières américaines a fait de notre pays une société de consommation plutôt qu’une société de production. En d’autres termes, nous dépendons de la demande de notre monnaie en tant que réserve afin de pouvoir profiter de biens abordables provenant de sources extérieures (c’est-à-dire d’autres pays basés sur le secteur manufacturier).

Ajoutez à ce manque de capacité de production le fait que depuis dix ans, la Réserve fédérale a injecté des milliers de milliards de dollars dans les marchés financiers du monde entier. Cela signifie que des milliers de milliards de dollars sont détenus à l’étranger uniquement sur la promesse que ces dollars seront acceptés par les principaux exportateurs comme une réserve de valeur universelle. Si la confiance dans cette promesse est perdue, ces milliers de milliards de dollars pourraient revenir aux États-Unis par divers canaux [Comme l’immobilier, NdT], et le pouvoir d’achat de la monnaie s’effondrerait.

Le courant dominant américain se fait des illusions sur le fait que, même si un tel événement devait se produire, la transition pourrait se faire facilement. C’est incroyable, je sais, mais ne sous-estimez jamais la dissonance cognitive des personnes aveuglées par des préjugés.

La reconstruction d’une base de production aux États-Unis pour compenser la crise de la perte de la monnaie de réserve globale prendrait de nombreuses années, voire des décennies. Et cela dans le meilleur des cas. Avec une monnaie en chute libre et une inflation extrême des prix, le coût de la création d’une nouvelle industrie de production à grande échelle serait immense. Alors que la main-d’œuvre locale pourrait devenir bon marché (en comparaison avec l’inflation), tous les autres éléments de l’économie deviendraient très chers. [Et il manquerait des marchés à l’exportation, détenus par la Chine, l’Inde et l’UE, NdT].

Dans le pire des cas, il y aurait un effondrement complet de la société, probablement suivi d’une tentative de réaction totalitaire de la part du gouvernement. Dans ce cas, oubliez toute reprise économique financée par des fonds nationaux. Toute reprise future devrait être financée et gérée depuis l’extérieur des États-Unis. Et c’est là que nous voyons le plan globaliste prendre forme.

Les élites bancaires ont laissé entendre dans le passé qu’elles pourraient tenter de « réinitialiser » l’économie globale. Comme je l’ai mentionné dans de nombreux articles, le magazine internationaliste The Economist a parlé en 1988 de la suppression du dollar pour faire place à une monnaie globale, une monnaie qui serait introduite dans les masses en 2018. Cette introduction s’est en fait déroulée comme The Economist l’avait déclaré. Les systèmes de blockchain et de monnaie numérique, qui constituent le fondement prévu de la prochaine structure monétaire globaliste, ont fait l’objet d’une couverture sans précédent au cours des deux dernières années.  Ils font maintenant partie de la conscience publique.

Voici comment, à mon avis, le processus se déroulera

L’effondrement des marchés du crédit et du logement en 2008 a donné lieu à des mesures de relance sans précédent de la part des banques centrales, la Réserve fédérale étant en tête du peloton comme principale source d’inflation. Ce programme de renflouement et de relance via un assouplissement quantitatif a fait surgir une bulle encore plus grande, que de nombreux analystes alternatifs ont surnommé « la bulle de tout ».

La « bulle du tout » en pleine croissance n’englobe pas seulement les marchés boursiers ou immobiliers, mais aussi les marchés de l’automobile, les marchés du crédit, les marchés obligataires et le dollar lui-même. Tous ces éléments sont maintenant directement liés à la politique de la Fed. L’économie américaine n’est pas seulement dépendante des mesures de relance et des taux d’intérêt proches de zéro ; elle mourrait sans eux.

La Fed le sait bien. Le président Jerome Powell a fait allusion dans son compte rendu d’octobre 2012 à la crise qui pourrait survenir si la Fed mettait fin à ses mesures de relance, dénouait son bilan et augmentait ses taux.

Sans des mesures de relance constantes et sans cesse croissantes, la fausse économie va imploser. Nous en voyons déjà les effets alors que la Fed réduit son bilan de dix milliards de dollars par mois et relève les taux d’intérêt à leur « taux neutre d’inflation ». Les marchés de l’automobile, de l’habitation et du crédit sont en train de se retourner, et les marchés actions connaissent leur plus grande instabilité depuis le krach de 2008. Tout cela a été déclenché par le simple fait que la Fed a simplement exercé des hausses de taux progressives et des réductions de bilan.

Il est également important de noter que presque tous les rallyes boursiers américains des derniers mois ont eu lieu alors que les réductions de bilan de la Fed étaient gelées. Par exemple, au cours des deux dernières semaines et demie, les actifs de la Fed n’ont diminué que d’environ 8 milliards de dollars ; il s’agit essentiellement d’une ligne plate en terme de bilan. Cela ne devrait pas être surprenant, étant donné cette pause dans les réductions, (en tandem avec les mesures de relance pratiques de la Chine), que les actions aient atteint des sommets entre le début et la mi-janvier.

Cela dit, le resserrement de la Fed reprendra, soit par des hausses de taux, soit par des baisses d’actifs, soit par les deux en même temps. L’objectif de la Fed est de créer une crise. L’objectif de la Fed est de provoquer un crash. La Fed est un kamikaze qui se moque de ce qui arrive au système américain.

Mais qu’en est-il du dollar, en particulier ?

Les politiques de resserrement de la Fed ne se traduisent pas seulement par une crise des actions américaines ou d’autres marchés. Je vois trois principales façons de détrôner le dollar en tant que monnaie de réserve mondiale.

1) Les économies émergentes sont devenues dépendantes des liquidités de la Fed au cours des dix dernières années. Sans un accès continu à l’argent facile de la Fed, des pays comme la Chine et l’Inde commencent à chercher des alternatives au dollar comme monnaie de réserve mondiale. Contrairement à la croyance populaire selon laquelle ces pays ne pourraient « jamais » se dissocier des États-Unis, le processus a déjà commencé. Et c’est la Fed qui a en fait créé la nécessité pour les marchés émergents de rechercher d’autres sources de liquidités que le dollar.

2) La guerre commerciale de Donald Trump est un autre événement de couverture pour la perte du statut de monnaie de réserve mondiale. J’aimerais souligner que la principale raison d’être des augmentations de droits de douane était d’équilibrer le déficit commercial. Mais celui avec la Chine a fait le contraire et ne cesse de se creuser chaque mois. Cela donne à penser que des droits de douane beaucoup plus élevés sur les produits venant de Chine seraient nécessaires pour réduire le déséquilibre.

Il faut aussi comprendre que le déficit commercial avec la Chine fait depuis longtemps partie d’un accord plus large. La Chine est l’un des plus gros acheteurs de la dette américaine dans le monde et a continué à utiliser le dollar comme monnaie de réserve mondiale. Si la guerre commerciale se poursuit cette année, ce n’est qu’une question de temps avant que la Chine, qui cherche déjà des solutions de rechange au dollar à mesure que la Fed resserre ses liquidités, commence à utiliser ses avoirs en bons du trésor et en dollars comme levier contre nous.

Des accords bilatéraux entre plusieurs pays qui réduisent les besoins en dollars sont régulièrement conclus aujourd’hui. Si la Chine, le plus grand exportateur/importateur du monde, cesse d’accepter le dollar comme monnaie de réserve mondiale, ou si elle commence à accepter d’autres devises en concurrence, alors de nombreux autres pays suivront son exemple.

3) Enfin, si la guerre des mots entre Trump et la Fed devait se concrétiser dans les faits, cela pourrait être utilisé par l’establishment pour saper la confiance dans le crédit américain. Si Trump cherche à fermer complètement la Fed, les globalistes se verraient offrir une autre distraction parfaite pour la mort du dollar. Je vois maintenant les gros titres – Le « reset » pourrait alors être présenté comme un « sauvetage » de l’économie globale après les « actions destructrices des populistes » qui « ont sombré dans la destruction financière » parce qu’ils étaient aveuglés par une « obsession de la souveraineté » dans un monde qui « nécessite la centralisation pour survivre ».

Les détails du passage à une monnaie globale sont moins clairs, mais là encore, nous avons des indices de la part des globalistes. The Economist suggère que l’économie américaine devra être démantelée et que le FMI interviendrait en tant qu’arbitre des marchés des changes à travers son système de panier de DTS. Ce plan a été repris récemment par le globaliste Mohamed El-Erian dans un article intitulé « La nouvelle vie des DTS ? ». El-Erian suggère également qu’une monnaie globale aiderait à combattre la « montée du populisme ».

The Economist note que les DTS ne serviraient que de « pont » vers la nouvelle monnaie globale. Les monnaies papier existeraient encore pendant un certain temps, mais elles seraient rattachées aux taux de change des DTS. Actuellement, le dollar ne vaut qu’environ 0,71 DTS. En cas de perte du statut de réserve globale, il faut s’attendre à ce que ce taux de change baisse considérablement.

Au fur et à mesure que la crise globale s’aggravera, le FMI suggérera un « retour » à un cadre monétaire plus gérable, et ce cadre sera basé sur la technologie de la blockchain et de la crypto-monnaie que le FMI a probablement déjà développée. Le FMI fait allusion à ce résultat dans au moins deux livres blancs distincts récemment publiés qui annoncent une nouvelle ère dans laquelle la cryptographie est la prochaine étape de l’évolution du commerce global.

Selon le rythme actuel de la guerre commerciale et du resserrement des liquidités de la Fed, je prévois que la dé-dollérisation touchera le grand public d’ici 2020. Le processus de « réinitialisation » du système monétaire global prendrait probablement au moins une décennie de plus à s’achever. L’intérêt globaliste pour leurs initiatives de développement durable « Agenda 2030 » suggère un calendrier sur une décennie.

Sans grande résistance, l’introduction de la société sans numéraire sera présentée comme une réponse naturelle et même « héroïque » par les globalistes pour sauver l’humanité de « l’égoïsme » des nationalistes destructeurs. Ils se pavaneront à travers le monde comme s’ils étaient des sauveurs, plutôt que les méchants qu’ils sont vraiment.

Brandon Smith

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Le “monde” a finalement “compris”

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Antonio Gramsci a décrit un interrègne comme une période « où l’ancien meurt et où le nouveau ne peut pas naître… dans cet interrègne, une grande variété de symptômes morbides sont observés ». Dans de telles périodes, le nouveau est perçu comme insensé, dangereux et mauvais à envisager.

La Grande-Bretagne traverse manifestement un tel ‘interregnum’ : une période où les élites qui géraient auparavant le discours politique (selon les mots de Michel Foucault) à l’intérieur de frontières consensuelles strictes, s’aperçoivent à présent qu’il est fortement contesté. Ces périodes sont aussi des moments où la santé mentale est perdue – où les limites et le sens de ce qu’il est raisonnable de croire – et de faire – disparaissent.

Les paradoxes de l’‘interregnum’ se manifestent également dans les événements quotidiens : quand une Chambre des communes démocratiquement élue étale son opposition au résultat d’un référendum populaire, s’oppose à sa propre législation qui en découle, et même joue avec l’idée d’écarter le principe d’un gouvernement “qui gouverne” (au profit de la notion qu’une assemblée mouvante et éphémère, multipartites, avec des députés n’appartenant pas au parti du gouvernement devrait “gouverner”). Pourtant, cette “assemblée” n’a aucune alternative sérieuse à offrir. Il est alors bizarre mais nullement surprenant qu’un frisson de panique parcourt une majorité (peut-être ?) des Présents, confrontés au choc du constat qu’il n’y a aucune solution évidente.

Un type similaire de choc psychologique ébranlant l’establishment culturel a frappé la France. Comme le décrit Christopher Guilloy : « Maintenant, les élites ont peur. Pour la première fois, il existe un mouvement qui ne peut être contrôlé par les mécanismes politiques normaux. Le mouvement des gilets jaunes n’a pas émergé des syndicats ou des partis politiques. Il ne peut pas être arrêté. Il n’y a pas de bouton “Stop”. Soit l’intelligentsia sera forcée de reconnaître d’une façon acceptable l’existence de ces personnes, soit elle devra choisir d’imposer une sorte de totalitarisme doux. »

Et cette semaine, le Forum de Davos a été bouleversé par une lettre – un buzz pour internet, – de Seth Klarman, gestionnaire de fonds emblématique et “oracle”, qui a lancé un avertissement à ses clients : le sentiment croissant de fracture politique et sociale dans le monde peut se terminer par une calamité économique. « Cela ne peut plus durer comme si de rien n’était, face à des manifestations constantes, ces émeutes, ces bouclages et ces tensions sociales croissantes » a-t-il écrit, citant les manifestations de Gilets Jaunes en France, qui se propagent à travers l’Europe. « Nous devons nous demander quand les investisseurs prendront d’une façon décisive conscience de cette situation ». Il ajoute : « La cohésion sociale est essentielle pour ceux qui ont des capitaux à investir. »

La diffusion de la lettre de Klarman ajoute à un malaise qui s’étend dans l’establishment globaliste. A la base de cette inquiétude se trouve précisément le démantèlement potentiel de deux grands “mythes” : le mythe monétaire et le mythe du millénarisme du Nouvel Ordre Mondial, né du carnage de la Première Guerre Mondiale. La notion de guerre héroïque et digne s’est éteinte avec le sacrifice d’une génération de jeunes hommes sur la Somme et à Verdun. La guerre n’était plus “héroïque”, elle était devenue un ignoble hachoir à viande. Des millions de personnes s’étaient sacrifiées pour la notion sacrée d’État-nation. Le romantisme de la conception du XIXe siècle d’un État-nation “pur” a été pulvérisé et a été remplacé par la croyance (finalement déclenchée par la chute de l’Union Soviétique) de la destinée manifeste des États-Unis, la nouvelle Jérusalem, qui représenterait le meilleur espoir de l’humanité pour un monde prospère, moins diviseur, plus homogène et cosmopolite.

La promesse d’une ‘prospérité pour tous’ facilement obtenue, concrétisée par des moyens monétaires (c’est-à-dire par une création massive de dettes) était le corollaire de cette perspective idéalisée. Aujourd’hui, plus besoin de “faits” ; pour la majorité (les Gilets-Jaunes, les “Déplorables”, etc.) les “moyens” de cette perspective ne se sont pas matérialisés ; même l’“oracle”, le gestionnaire de fonds Klarman, avertit les habitués de Davos que « les germes de la prochaine crise financière majeure (ou de celle qui suivra) pourraient bien se trouver dans les niveaux colossaux de la dette souveraine ». Il détaille la manière dont pratiquement tous les pays développés ont contracté une dette croissante depuis la crise financière de 2008, une tendance qui, selon lui, pourrait conduire à une panique financière.

M. Klarman est particulièrement préoccupé par le fardeau de la dette aux Etats-Unis, pour ce que cela pourrait signifier pour le statut du dollar en tant que monnaie de réserve dans le monde et pour son incidence éventuelle sur l’économie du pays. « Il n’y a aucun moyen de savoir à partir de quel niveau la dette est trop lourde mais l’Amérique atteindra inévitablement un point d’inflexion à partir duquel le marché de la dette, devenu soudain sceptique et méfiant, refusera de continuer à nous faire des prêts à des taux abordables », écrit-il. « Lorsque cette crise nous frappera, il sera probablement trop tard pour mettre de l’ordre dans nos affaires. »

Cet artifice monétaire a toujours été illusoire: l’idée que la vraie richesse proviendrait de la dette constituée de monnaie-fiat à la valeur surévaluée ; que cette expansion n’avait pas de frontières ; que toute dette pourrait être honorée et le serait ; et que le surendettement serait résolu par… davantage de dette, – tout cela n’a jamais été crédible. C’était un conte de fées. Cela reflétait la croyance sécularisée dans l’inévitable destinée ascendante du Progrès ; (cela renvoyait à la conviction millénariste chrétienne de la marche vers une “Fin des Temps” où tout serait plus abondant et plus pacifique, et d’ailleurs cela en découlait).

En 2008, les grandes banques étaient au bord du gouffre de la faillite. Elles ont été sauvés par les contribuables occidentaux (les élites jugeant que les risques d’échec financier étaient trop importants), mais les sauveteurs (les différents pays hôtes) eux-mêmes, épuisés par leurs efforts, ont dû être “sauvés” ; et ils l’ont été en dévastant leurs programmes sociaux et de santé publique afin de sauvegarder leurs propres bilans devenus catastrophiques (puisque leurs finances avaient préalablement massivement renfloué les bilans de leurs banques).

Les 60% ont été touchés trois fois. Premièrement, par le renflouement initial; deuxièmement par l’austérité qui a suivi; et troisièmement par les banques centrales reprenant leurs politiques de gonflement des avoirs et d’épuisement de l’épargne. Sur cette toile de fond sinistre, les 60% ont compris et senti leur impuissance, – mais ils ont aussi compris qu’ils n’avaient rien à perdre. Ils n’avaient aucun intérêt à figurer dans ce jeu.

Cette narrative, – la prospérité facile tirée par le crédit, – a été la narrative identitaire occidentale pour le monde au cours des dernières décennies. Il a fallu un “outsider” pour susciter ce que le Washington Post a décrit avec une ironie désabusée, le moment le plus marquant au Forum Davos cette année : “raconter” la chose le plus simplement du monde, parce que c’est d’une telle évidence : lors d’un panel sur les mécanisme de l’échec des commandes mondiales, Fang Xinghai, le vice-président  du gouvernement chinois et la principale autorité de réglementation des valeurs mobilières, a simplement rappelé à l’auditoire le côté obscur du rouleau compresseur monétaire occidental : « Vous devez réaliser que la démocratie ne fonctionne pas très bien. Vous avez besoin de réformes politiques dans vos pays. » Il a ajouté qu’il disait cela « en toute sincérité ». Bigre ! Il a fallu un responsable chinois pour dire l’indicible…

Inévitablement, bien entendu, le choc de l’effondrement d’un “mythe” dominant au niveau mondial commence à la périphérie. Ce qui est parfois ignoré, c’est que les élites, en particulier dans les faux États-nations dépouillés par le colonialisme européen après la Première Guerre Mondiale, se sont non seulement définies à travers la narrative du “il n’y a pas d’alternative” à la prospérité induite par le crédit, mais elles se sont également intégrées ont également intégrées dans l’élite des riches de l’internationale cosmopolite. Ils sont dedans, et ils y trouvent leur identité. Ils se sont séparés de leurs propres racines culturelles, tout en prétendant “diriger” dans leur “monde”.

Les États du Golfe sont un exemple de cette situation : bien entendu, lorsque “Davos” éternue les élites de la périphérie attrapent une pneumonie. Et lorsque cette crise d’identité sera renforcée d’une prémonition obsédante d’une crise financière à venir au centre du dispositif, la pneumonie sera grave. Il n’est donc pas surprenant que l’anxiété règne parmi les élites périphériques du Moyen-Orient. Ils savent que toute “crise” grave au niveau du “Centre” marquerait leur propre “fin”.

Voici le point essentiel … Le discours de Mike Pompeo au Caire n’était pas important pour ce qu’il disait de la politique américaine (rien). Il peut pourtant être considéré comme un point fondamental de basculement. En ne nous disant rien de la perspective, son discours a montré que la vision d’il y a 30 ans du Nouvel Ordre Mondial était morte. Il n’y avait tout simplement plus de vision, – rien, pas de vision du tout. C’était clair : Pompeo était simplement en train de livrer verbalement une bataille de plus de la “guerre civile” américaine.

Et John Bolton a effectivement confirmé cette disparition. L’Amérique n’ayant rien à offrir, elle adopte une tactique d’interférence aveugle (c’est-à-dire sanctionner tout homme d’affaires ou tout État contribuant à la reconstruction de la Syrie). En pratique, ces tactiques dérangent encore plus les alliés des États-Unis.

Là encore, on a oublié de relever un autre point : l’identité et la narrative de l’élite s’effondrant, d’autres formes “spirituelles” sont déjà apparues pour prendre le relais. Ainsi, comme Mike Vlahos l’a déjà noté, les États du Moyen-Orient ne s’affaiblissent pas ni n’échouent autant qu’ils le font en raison de menaces physiques réelles, mais parce qu’au lieu de l’identité cosmopolite traditionnelle, des visions tout aussi passionnantes, locales et universalistes, se sont faites jour, souvent dans un ensemble complexe d’acteurs non étatiques (tels que le Hezbollah, Hashd al-Shaabi et les Houthis).

Ces derniers revendiquent non pas le libéralisme, ni les économies du monde développé axées sur le consommateur et le bien-être social, mais la réaffirmation de la puissance et de la souveraineté spécifiques de leurs sociétés. Ils affirment leur droit de vivre leur vie selon leurs propres conceptions répondant à leurs diversités culturelles. Ils s’épanouissent là où la demande d’objectifs nouveaux et de la restauration des valeurs de leurs sociétés sont les plus grandes.

Et de la même façon que les Gilets-Jaunes s’avèrent si difficiles à contrôler par le biais de mécanismes politiques normaux, ces “autres” acteurs non étatiques défient également le contrôle exercé par les mécanismes étatiques du Moyen-Orient utilisant la boîte à outils occidentale traditionnelle. Totalitarisme mou ou totalitarisme dur : aucun des deux n’a été véritablement efficace.

Nous parlons ici d’un changement majeur du pouvoir, – qui affecte sa nature même. Pour la première fois, un responsable américain a clairement exposé le fait que les États-Unis n’ont aucune vision pour le futur et qu’ils ne peuvent plus agir de manière marquante et perturbante au Moyen-Orient. Oui, les États du Golfe ont entendu le bruit assourdissant du silence du “vide”. Il en va de même pour les États de l’autre côté de la ligne de partage, ceux qui n’ont jamais fait partie de ce Nouvel Ordre Mondial. Il n’est pas très difficile de deviner vers où le balancier de la pendule penchera.

Alastair Crooke

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