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Archives de Catégorie: Education – information

Liberté d’information, médias, gilets jaunes (Qui possède les instituts de sondages ?)

Question : Qui détient les instituts qui produisent les sondages que nous voyons en ce moment ??? (et au delà) Z 

Je profite de la mise en cause de l’objectivité des journalistes et des médias quant à la couverture des manifestations de gilets jaunes, pour faire un petit topo sur l’origine des informations et des sondages qui gouvernent la vie publique dans les démocraties représentatives.

Commençons par les instituts des sondages, dont on entend parler tout le temps et qui donnent le « la » aux carrières politiques, influençant au passage les résultats des élections.

En dehors du fait que ces instituts travaillent à partir d’échantillons de personnes, c’est-à-dire qu’à la base déjà le résultat est très aléatoire (en gros, on ne peut pas et on ne doit se fier aux résultats des sondages).

Néanmoins, la communication telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, avec le développement exponentiel des médias sociaux, des chaines d’infos en ligne, etc, nous avons quotidiennement notre lot de sondages à digérer.

Seulement, est-ce que le Français lambda (même s’il n’existe pas car il s’agit d’une utopie facilitatrice) se demande à chaque fois qu’il lit les résultats d’un sondage ou qu’il écoute un compte rendu à la télé ou à la radio, qui se cache derrière ces énormes machines à manipuler les opinions ?

Juste quelques infos glanées à droite et à gauche. Médiapart nous dit dans un de ses papiers qu’il est toujours intéressant de savoir qui donne les informations. Par exemple les instituts de sondage, qui influencent les électeurs appartiennent à qui ? Prenons les principaux d’entre eux : CSA appartient au groupe Bolloré, qui détient également le groupe Havas et plusieurs journaux gratuits. BVA appartient au groupe Bolloré à Patrick Drahi et Rothschild. IFOP appartient à l’ancienne présidente du MEDEF Laurence Parisot (actionnaire majoritaire). IPSOS appartient à Pinault et Fidelity (fonds d’investissement américain). SOFRES appartient à Fidelity.

Comment, dans ce cas, peut-on parler de démocratie et de liberté des médias ? Je ne dis pas que la France est au même niveau que la Turquie dans ce domaine. Mais, il faut cependant se poser la question du pluralisme et du contrôle des médias.

Il est évident que ces industriels ne sont pas des enfants de chœur ; ils n’investissent pas de milliards pour contrôler les médias et les sources d’information pour faire œuvre caritative : ils servent tout d’abord et avant tout leurs propres intérêts.

Dans le domaine de l’information toujours, je ne donnerai ici que quelques exemples supplémentaires (sans entrer dans le détail), quitte à revenir sur la question dans un autre papier : Patrick Drahi est celui qui contrôle également BFM TV… Bolloré contrôle plusieurs médias en France, Dassault également…

Conclusion : quand les médias vous disent que l’information est libre en France, il faut les croire !!!

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Gilets Jaunes : éditoriaux hostiles à la ramasse !

Gilets Jaunes : éditoriaux hostiles à la ramasse !

Voilà que l’observatoire du journalisme qui « informe sur ceux qui nous informent » s’y met aussi… Il y a une défiance inédite envers le système et notamment les médias (Cf Le rejet du Système par les Français a atteint un niveau historique70% des Français ne font pas confiance aux banques, 88 % aux partis politiques, et 73% ne font pas confiance aux médias. Ces derniers devraient donc se poser de fort sérieuses questions.

Le problème ce n’est absolument pas les journalistes en eux mêmes, c’est avant tout l’oligarchie médiatique, même si les journalistes sont de fait au service de cette oligarchie, qui est la superstructure médiatique via la poignée d’individus issus de l’élite qui possèdent les médias. (Dix milliardaires ont pris le contrôle d’une grande partie des médias français, et c’est ciblé sur les médias les plus importants d’opinion)

C’est l’oligarchie mondialiste dans son sens large (issue de la banque, de la corporatocratie…) , aux manettes dans les médias, formant donc « l’oligarchie médiatique », qui produit une pensée unique dominante – qui tend à modeler/fabriquer l’opinion publique, et qui est diffusée par les journalistes – qui eux ne sont que de simples exécutants (ils ne font que leur job) et qui pour l’immense majorité n’en sont même pas conscients. (c’est pourquoi il n’utilisent quasiment jamais leur clause de conscience) Et c’est principalement du à leur « boboïsation ».   

Ça se joue au niveau de la ligne éditoriale forcément fortement influencée (on peut même dire indirectement « dictée ») par l’actionnaire, de celui qui possède le média – via le directeur de la rédaction et le rédacteur en chef quoi qu’on dise ou fasse au niveau des rédactions, ça se joue au niveau du choix du recrutement des journalistes (ceux qui rentrent dans le « moule »), de la ghettoïsation intellectuelle des élites dans le sens large, etc etc…

C’est l’oligarchie médiatique qui produit à la base la propagande médiatique. Ils créent une réalité avec ses vérités qui se heurte à la vérité de la réalité. D’où la cassure avec le peuple. C’est cette cassure qui crée une défiance grandissante. (qui est profondément une cassure entre le peuple et les élites)

Le totalitarisme idéologique engendré par la pensée unique qui se manifeste par exemple par tous les médias qui tirent dans le même sens (qui est la manifestation d’une dérive totalitariste tout court) se heurte actuellement à la volonté démocratique, son strict contraire, car c’est la diversité des idées et des opinions et leur libre expression qui en est l’essence même.  Z 

Le mouvement des Gilets Jaunes semblant s’installer dans la durée début 2019 conduit le pouvoir politique à de surprenantes décisions, comme l’organisation d’un « débat » national aux thèmes circonscrits, ponctuées de revirements qui posent question. Le flou domine. En est-il de même au sein du quatrième pouvoir, et en particulier sous la plume des éditorialistes ? Décryptage des jours qui sont suivi « l’acte 8 », à travers trois éditoriaux.

Philippe Tesson en colère dans Le Point, défense du désordre établi

Avant la presse quotidienne, c’est un éditorial qui vaut modèle, et qui donne envie d’aller lire les autres, qui attire l’attention de l’OJIM : celui de Philippe Tesson publié par Le Point dès le 7 janvier2019. L’éditorialiste est en « colère ». Pour lui, « Même si le mouvement des Gilets Jaunes était vertueux, rien ne justifierait qu’une poignée d’entre eux casse les symboles de la République ». Le début de l’éditorial : « Il faut arrêter le massacre ». Rien que cela ? Non : « Ce rituel barbare du samedi est indigne d’un peuple civilisé qui donne des leçons au monde entier. Il est révoltant, écœurant, insupportable ». C’est une « minable caricature de guerre civile ».

Les mots sont forts, violents. On aurait pu souhaiter lire les mêmes mots au sujet de la détresse vécue depuis des années par ce « peuple des Gilets Jaunes » victime du mépris de classe, de la précarité, du chômage, de la pauvreté, de l’insécurité culturelle, du déracinement et de la « fabrique des crétins » qu’est devenue l’école où sont scolarisés ses enfants. Entre autres. C’est exactement cela que disent les Gilets Jaunes et que ne comprend pas l’éditorialiste parisien : il faut en effet arrêter un massacre, celui de la mondialisation oligarchique.

Plus avant dans son éditorial, Philippe Tesson considère qu’un Macron maladroit aurait « irrité un pays endormi ». N’est-ce pas plutôt l’éditorialiste du Point qui s’était endormi, s’il n’a pas senti monter, depuis le vol référendaire de 2005, la colère populaire, celle d’un peuple auquel les « élites », celles de Tesson, ont volé, par mépris, la souveraineté ? Du reste, Tesson comprend si peu ce qui se passe qu’il revendique le fait de ne pas faire partie du même « ensemble » de Français que les Gilets Jaunes, indiquant ne pas avoir les « mêmes valeurs ». D’autant plus qu’il sous-entend que des manifestants travailleraient pour… « pour qui ? », c’est justement la question que pose Tesson, laissant entendre qu’il y aurait manipulation dans l’air, dans un hebdomadaire qui pourtant, à l’instar de la majorité de ses confrères, prétend lutter contre les théories du complot.

Évidemment, Tesson accuse les leaders politiques qu’il considère comme populistes, de droite comme de gauche, de jouer un rôle dans ce qu’il appelle « insurrection ». Par contre il ne s’interroge pas sur les raisons de la colère, ni sur sa propre place (confortable) dans la société. Une illustration du Confort intellectuel cher à Marcel Aymé.

Le Monde et les Gilets Jaunes, je t’aime moi non plus

Pour Le Monde du 8 janvier, il s’agit d’une « révolte sociale inédite depuis un demi-siècle » et enracinée qui, si elle pose confusément des revendications « légitimes » (celles que Le Monde accrédite), contient aussi des « velléités insurrectionnelles choquantes ». L’éditorial indique que la violence est le fait de groupuscules violents, mais pas seulement : « Il faut également mettre en garde les Gilets Jaunes eux-mêmes contre la complaisance active ou verbale dont ils peuvent faire preuve à l’égard de cette ultraviolence ». De même, il faudrait « fustiger les (ir)responsables politiques qui jouent avec le feu, attisent ce climat de haine et excusent, quand ils ne les justifient pas, ces agressions contre l’ordre républicain ».

Même discours que Le Point et surtout… que les membres du gouvernement. A aucun moment ces médias ne se demandent pourquoi ils sont, à travers les attaques contre BFM, la cible des manifestants. L’incompréhension les conduit à montrer encore plus de collaboration idéologique avec le pouvoir politique, démontrant la réalité de l’oligarchie. Cette responsabilité qu’ils ont dans le chaos actuel, ni les médias ni les politiques ne paraissent capables de le sentir.

La preuve ? Le Monde veut une « solution politique » illustrée par le « débat » que le gouvernement veut mener, … Qui peut imaginer que les éditorialistes du Monde ne sont pas conscients de la réalité du problème : le peuple n’est plus représenté dans cette République qui prétend être une démocratie libérale représentative. Le Monde pourrait en appeler à des élections (à la proportionnelle ou avec plus de proportionnelle comme on voudra), comme solution devant la crise de représentation politique que vit le pays. Mais il ne le peut pas. Pourquoi ? A l’instar de la majorité des médias, Le Monde ne peut pas imaginer une démocratie dans laquelle les idées qu’il défend, lui, ne seraient pas au pouvoir.

Le Figaro, de l’ordre avant toute chose

Pour Le Figaro du 7 janvier 2019, la tonalité est proche : « Une fois encore, le désordre public l’a emporté », commence l’éditorial, mimant de ne pas voir que c’est justement ce désordre que l’on appelle mondialisation, qui l’emporte depuis tant d’années, que le mouvement des Gilets Jaunes rejette, ainsi que cet autre désordre qu’est le déni de représentation démocratique : les « populismes », combien de députés ? Pour combien de millions d’électeurs ? Accrochée à son pouvoir et à ses privilèges, l’oligarchie médiatique et politique n’est pas en capacité de saisir le pourquoi profond du mouvement, et donc a fort peu de chances de résoudre la situation. Pour Le Figaro, c’est d’une violence « mortifère » et « vénéneuse » dont il s’agit.

Un vocabulaire violent

Du Point au Monde, en passant par Le Figaro, le fait que des mots de ce genre soient choisis interroge. La suite vient immédiatement : « Ces violences sont inexcusables, et la fascination qu’elles exercent sur certains responsables politiques ne l’est pas moins ». D’où vient que les éditorialistes des médias officiels disent tous la même chose, et à peu près la même chose que le gouvernement ? Accréditant l’idée d’une caste ayant confisqué le pouvoir. Et comment ne pas voir combien le choix des mots est d’une extrême violence ? Contrairement au Monde pourtant, Le Figaro perçoit une des causes de la colère : la déconstruction produite par les « élites mondialisées » libérales libertaires depuis 50 ans, déconstruction qui produit le délitement dans lequel le pays est plongé, déconstruction dont la conception du monde et les actes de Macron sont le symbole. Violence contre la République ? Que l’on repense à la Fête de la Musique donnée à l’Élysée Reste que le mouvement des Gilets Jaunes « n’a que trop duré », n’étant que caprice « d’enfants gâtés »Le Figaro semble mal connaître une France périphérique où ce qui est gâté ce sont les dents des déplorables, de ceux qui ne sont rien, des sans-dents.

Paris semble ne rien comprendre à ce qui sourd des profondeurs du pays. La preuve ? Quand le philosophe Vincent Cespedes indique, sur Cnews« comprendre » (il n’a pas dit légitimer, soutenir, vouloir ou défendre) la violence des Gilets Jaunes , c’est une levée de bouclier sur un plateau de télévision entièrement acquis à la thèse selon laquelle comprendre serait déjà accréditer. C’est précisément la racine du mal qui gangrène, par « élites » interposées, la société française : cette manière de diabolisation de qui pense autrement que le Paris des « élites mondialisées », cette certitude de détenir les rênes de l’unique conception du monde possible, vision proprement totalisante et sectaire. Paris pense-t-il ?

source:https://www.ojim.fr/gilets-jaunes-editoriaux-hostiles-a-la-ramasse/

 
 

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Gilets jaunes : d’où vient la défiance envers les médias ?

Tiens une étincelle de lumière venant du journal Le Monde. Ils commencent à toucher du doigt le fond du problème, notamment que l’oligarchie médiatique produit ou « fabrique » la/une pensée unique, qui ne reflète pas la réalité, mais qui crée une réalité (il y a donc un conflit profond)… Z 

Je développe un peu tout ça dans le prochain article

 

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Quelques idées fausses sur les fake news

Questions de fond – Au delà du fait qu’il a de tout temps existé des infos qui étaient des fakes, Qu’est ce qu’une Fake news telle qu’on l’entend de nos jours ? Qui décide qu’une info est une Fake news ou pas ? Sur quels critères ? Est ce que c’est le fait de diffuser une information à travers le prisme d’une idéologie comme suggéré ici ? (ce que je trouve fort pertinent comme angle de vue) « Beaucoup traiteront de « fake news » simplement ce qui contredit leur croyance » ou « tentent de disqualifier des visions opposées ou des vérités dérangeantes » : c’est bien ça le problème avec ce terme fourre tout. Si on prend en compte le biais idéologique d’une info, presque absolument tout ce qui n’est pas purement factuel peut devenir une « fake news »… (et ça peut venir d’absolument partout) 

Beaucoup traiteront de « fake news » simplement ce qui contredit leur croyance. Il vaut donc mieux avoir une bonne définition de cette expression.

Par Nathan Kreider.
Un article de Being Libertarian

Depuis l’élection présidentielle américaine de 2016, le terme fake news a été utilisé à peu près aussi souvent que les accusations de racisme et de sexisme. Disons-le, les dénonciations de nouvelles fausses ou trompeuses se révèlent plus souvent exactes que la plupart des accusations de prétendus préjugés.

Néanmoins, beaucoup traiteront de fake news simplement ce qui contredit leur croyance. Ces personnes ont des perceptions erronées sur ce qu’est, ou pas, une fake news. Les préjugés ne le sont pas nécessairement, et ils sont bien plus nombreux.

Des mensonges volontaires

La forme la plus évidente de fake news est le mensonge délibéré, consistant notamment à faire de fausses déclarations (affirmer par exemple qu’il est illégal de télécharger des données depuis Wikileaks, illégalité qui ne semble pas s’appliquer aux media) ou à déformer des informations importantes (comme monter de manière sélective un clip appelant à la violence pour le transformer en message de paix). Cela ne signifie pas que tout ce qui est publié par cette agence de presse est définitivement faux, mais cela signifie que la fiabilité de tout ce qui est diffusé peut être critiquée.

Des biais idéologiques

Une erreur commune est de croire que tous les media d’opinion diffusent de fausses nouvelles. La partialité, par définition, est une inclination de tempérament ou de perspective. En d’autres termes, les opinions résultent d’une vision du monde. Décrire factuellement une situation n’implique pas une vision du monde, mais en faire l’analyse l’exige. Cela signifie que les opinions seront toujours présentes au-delà d’une liste concise et simple des faits.

Doit-on en conclure que toute analyse d’une information est nécessairement fausse ? Non, bien sûr. Il n’y a rien de mal à l’interpréter à travers certaines valeurs. Un économiste autrichien a clairement tendance à privilégier l’école autrichienne lorsqu’il explique les tendances économiques, mais cela ne signifie pas que ce qu’il dit est faux ou peu fiable (c’est même tout le contraire). Nous ne reprochons pas à l’économiste autrichien de ne pas exposer tous les points de vue. Nous nous attendons à ce qu’il explique ce qu’il pense être l’interprétation la plus exacte.

Les fausses nouvelles sont la conséquence de parti pris non identifiés comme tels et non assumés. Si un média présente l’information à travers le prisme d’une idéologie, cela doit être clairement indiqué. Des organisations comme Being LibertarianRational StandardThink LibertyThe Libertarian Institute et The Libertarian Republic publient toutes des contenus avec un biais idéologique libéral. Elles indiquent d’ailleurs clairement leur appartenance dans l’intitulé même de leurs organisations et sites respectifs. Elles reconnaissent ainsi leur parti pris, et cela n’interfère pas avec la validité de leur contenu (en fait, je dirais même que cela l’améliore).

Des organisations comme le Southern Poverty Law Center, sont souvent critiquées pour leurs publications. Si la critique du SPLC est ici justifiée, ce n’est pas à cause de son parti pris idéologique. Ce qui est critiquable c’est de pousser l’aveuglement idéologique jusqu’à imprimer des propos diffamatoires à l’encontre d’individus comme Maajid Nawaz (ils ont été obligés depuis de se rétracter et de présenter des excuses). Le parti pris n’est un problème que s’il déforme les faits.

Le sophisme génétique

Lors des débats en ligne, beaucoup succombent au sophisme génétique. Un conservateur va refuser une information du Huffington Postuniquement parce que celle-ci provient du Huffington Post, tandis qu’un progressiste rejettera le contenu d’un article de Breitbartsimplement parce qu’il provient de Breitbart. Rejeter une déclaration ou un argument en se fondant uniquement sur sa source revient à céder au procès d’intention.

Il se peut que le contenu des deux articles soit des fake news, mais on ne peut pas l’affirmer par le seul argument de la source. Nous devons simplement avoir à l’esprit le biais idéologique de la source lors de la lecture. Si le parti pris des deux médias est avéré, la véracité du contenu doit être déterminée au cas par cas.

La fréquence des fake news est un problème légitime, et c’est une bonne chose qu’il soit identifié en tant que tel. Malheureusement, il semble que cette étiquette soit aussi utilisée par ceux qui, partageant de fausses convictions, tentent de disqualifier des visions opposées ou des vérités dérangeantes.

Traduction par Gérard-Michel Thermeau pour Contrepoints de « Misconceptions of Fake News ».

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Publié par le 15 janvier 2019 dans Education - information, général, société

 

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Gilets Jaunes : une journée de matraquage médiatique sur BFM-TV

Gilets Jaunes : une journée de matraquage médiatique sur BFM-TV

Depuis la fin novembre, les manifestations parisiennes des Gilets Jaunes ont été suivies attentivement sur les chaînes d’information en continu. En témoignent les audiences particulièrement élevées enregistrées par BFM-TV, CNews ou LCI. La couverture de ces manifestations par les chaînes d’info a mobilisé les ingrédients classiques du traitement « en direct » des mobilisations sociales : diffusion en continu d’images spectaculaires de violence avec commentaires policiers, appels à dénoncer cette violence (celle des manifestants), et autres « expertises » à gage. Nous y revenons dans cet article à travers l’exemple du traitement de la manifestation du 8 décembre, dans les débats du soir-même sur BFM-TV. Ou comment la chaîne d’information a contribué à co-construire, avec les autorités, le récit d’une victoire des forces de l’ordre face au « péril jaune ».

C’est devenu un rendez-vous télévisé hebdomadaire : chaque samedi depuis fin novembre, les manifestations des Gilets Jaunes ont animé les écrans des chaînes d’information, à grand renfort d’éditions spéciales et de bandeaux tapageurs. Au programme, le traditionnel lot d’images spectaculaires de violences et de commentaires indignés. Le samedi 1er décembre, les chaînes d’information étaient tout particulièrement à l’unisson pour retransmettre en direct des images de la mobilisation parisienne [1] :

Vidéo réalisée par Florent Michaux

La manifestation suivante, celle du samedi 8 décembre, a été d’autant plus scrutée par les chaînes d’information en continu que le gouvernement avait prédit que certains manifestants viendraient sur Paris « pour casser et pour tuer ». D’ailleurs, en amont de la mobilisation, les grands médias n’avaient pas manqué de donner un écho à cette communication particulièrement alarmiste [2]. Sans surprise, on a assisté le jour-même au meilleur du pire de l’information en continu sur les mobilisations sociales, en particulier sur BFM-TV comme le rapporte un article de Samuel Gontier [3].

Dès le matin du 8 décembre, les équipes de la chaîne étaient sur place, dans le quartier des Champs-Élysées, pour guetter les moindres « débordements » ou violences. Hélas, les manifestants défilent dans le calme. L’envoyé spécial interroge les manifestants : mais pourquoi donc s’entêtent-ils à venir manifester, malgré tous les appels à faire le contraire (largement diffusés sur l’antenne de la chaîne en continu) ? Sur le plateau à 10h30, l’invitée est une porte-parole de la préfecture, forcément la « mieux placée pour nous informer de la situation » selon le présentateur. Et, en l’occurrence, elle ne se prive pas de se féliciter du dispositif de sécurité et de commenter les photos prises… par la préfecture, montrant des « armes » saisies (des boules de pétanque).

Plus tard dans la mi-journée et dans l’après-midi, les « experts » des questions de sécurité font part de leurs avis éclairés, qui s’avèrent interchangeables avec le point de vue des représentants de la préfecture. À l’instar de Driss Aït Youssef qui vante la « bonne » stratégie de la police, permettant des « interpellations sans affrontements ».

Suite aux premières images d’échauffourées et de véhicules en feu du début d’après-midi, Dominique Rizet, consultant police-justice de BFM-TV, s’extasie devant les blindés de la gendarmerie qui entrent en action, puis devant une charge de policier à cheval (« Regardez, une charge à cheval ! Regardez ! »). Il se félicite du nombre élevé d’interpellations et rassure les téléspectateurs : « on trouvera de la place pour mettre les fauteurs de trouble ». Face à un avocat dénonçant le caractère illégal des interpellations préventives, le « spécialiste » lui rétorque que son discours « n’est pas entendable maintenant, pas en ce moment, avec les manifs dans Paris ». Et de poursuivre : « On peut pas laisser brûler les villes, on peut pas construire une société à la Mad Max. » À bon entendeur… Et lorsque le même avocat évoque le nombre important de blessés et mutilés par les armes de la police, Dominique Rizet évoque aussitôt le cas d’un policier qui a eu une main arrachée dans une manifestation à la Réunion… en oubliant de préciser qu’il s’est blessé avec sa propre grenade [4].

une journée de matraquage médiatique sur BFM-TV 2 20190111Outre les porte-parole officiels ou officieux de la préfecture, on apprécie également les avis d’experts toutologues sur le plateau de BFM-TV – c’est-à-dire des experts à même de parler de tout et de n’importe quoi, et de préférence n’importe comment. Ainsi l’inénarrable Christophe Barbier n’est pas loin de brandir la matraque : « La police est à l’offensive, elle ne subit pas. La République ne subit pas. » Plus tard, c’est Bruno Jeudy qui rétorque à un Gilet Jaune un peu trop revendicatif qu’il n’est pas « un vrai Gilet Jaune», dans un épisode sur lequel nous sommes déjà revenus.

Entre journalisme de spectacle et journalisme de préfecture : équilibre délicat sur BFM-TV

La soirée se poursuit sur BFM-TV avec la – longue – émission de débat d’actualité « Week-end direct ». Alors que la journée de manifestations se termine, le premier temps de l’émission se focalise quasiment intégralement sur les « débordements ». À l’écran, les mêmes images tournent en boucle : des poursuites et des échauffourées entre les forces de l’ordre et les manifestants, avec une focalisation sur les « tensions » sur la place de la République – on n’en verra finalement pas grand-chose, mais la moindre agitation est toujours bonne à prendre pour la chaîne d’information en continu. Sur le plateau, tout le monde donne son avis sur la « casse » du jour. Celle-ci avait déjà été tellement « annoncée » dans le récit qu’avait fait la chaîne en amont des manifestations qu’elle ne semble plus (ou ne devrait plus ?) surprendre grand-monde. Et certainement pas Dominique Rizet, qui évoque « des résurgences à venir en termes de violence » et « des gens qui viennent de banlieue », informations de sources sûres puisque de sources policières : « c’était prévu, la préfecture de police nous en avait parlé tout à l’heure ». Mais face aux images de heurts diffusées en continu à l’écran, l’expert à gages tient à rassurer les téléspectateurs sur l’efficacité de l’action de la police : « tout est sous contrôle, même si c’est impressionnant toujours de voir ça, mais la situation est sous contrôle à Paris ».

S’ensuit un autre couplet, cette fois-ci sur les conséquences néfastes des manifestations. « Quelles sont les répercussions, parce que c’est l’image de la capitale et des établissements français qui sont impactées ? » s’interroge la présentatrice. La question est adressée à Rémy Makinadjian, président du Comité Georges V, qui représente les hôtels, boutiques et restaurants de luxe du quartier des Champs-Élysées. Il déplore une situation « grave », avant de s’adresser à Vivian Lamy, Gilet Jaune de Paris : « Je vous dis simplement : cela doit cesser sans délai, les Français n’en peuvent plus ». Du moins les Français propriétaires de commerce de luxe des Champs-Élysées. Quant à l’exaspération de ceux qui se mobilisent depuis plusieurs semaines sur les ronds-points, on l’aura compris, ce n’est pas vraiment le sujet de l’émission : la manifestation est traitée uniquement sous l’angle des violences et des dégradations. Au point de verser dans la caricature. Pour Dominique Rizet (toujours lui), les manifestants vont là où les poussent les forces de l’ordre : « C’est un peu au petit bonheur la chance, on arrive à passer dans une rue, on passe on casse ! » La journaliste Anne Saurat-Dubois invente quant à elle une catégorie hybride : celle des « manifestants slash casseurs » qui auraient sévi à Bordeaux (où l’on apprend – « casse » oblige – que toutes les mobilisations ne se passent pas à Paris).

L’émission suit un scénario bien huilé : après que chacun a donné son avis sur les « tensions », les « débordements » et la « casse », le deuxième temps se focalise sur le dit « maintien de l’ordre » : le dispositif était-il suffisant ? Les dites « forces de l’ordre » ont-elles accompli leur mission ? Le suspense est insoutenable. La députée LREM Laetitia Avia évoque son « sentiment de soulagement » et loue autant la « responsabilisation de chacun » que les « actions préventives », tout en se félicitant de l’« organisation de cette journée qui a permis de limiter les dégâts ». Une affirmation qui rejoint les satisfecits du consultant de BFM-TV Dominique Rizet quant à la mobilisation policière. Mais qui paraît une nouvelle fois totalement dissonante dans le contexte général de l’émission, qui met les scènes de violence au centre de l’attention et les diffuse au moment-même où la députée s’exprime. Laurence Saillet, une porte-parole LR, ne manque pas de souligner l’écart entre ce discours et les images diffusées, pour mieux fustiger le désordre qui, selon elle, règnerait autour des manifestations.

Au-delà du débat politique, cet échange fait apparaître les injonctions contradictoires que tentent de satisfaire les chaînes d’information autour de cette nouvelle manifestation des Gilets Jaunes. Il s’agit en effet de tenir les deux bouts : celui du journalisme de spectacle, à base d’images chocs de « casseurs » et de violence chez les manifestants – en prenant soin, au passage, de ne pas montrer celles qui pourraient venir des forces de l’ordre ; et celui du journalisme de préfecture, qui revient à entériner la communication des forces de l’ordre et féliciter la police [5].

Plaidoyer d’expert pour que la police puisse… « s’exprimer »

Et c’est précisément dans ce sens que s’oriente la conversation, impulsée par la première question de l’animatrice au nouvel « expert » en plateau, Laurent Vibert (présenté comme PDG de Nitidis, un cabinet de conseil en communication et gestion de crise) si « le dispositif était à la hauteur ». Celui-ci est formel, félicite les forces de l’ordre et la manière dont elles se sont « exprimées » (sic) : « J’ai tendance à dire que l’image de la force publique et de la police aujourd’hui était belle parce qu’on leur a donné les moyens de s’exprimer professionnellement, chose qui n’a pas été possible la semaine dernière. » Et c’est sans doute pour qu’elles puissent « s’exprimer » pleinement que Vibert en profite pour appeler à « doper » encore davantage les moyens des « forces de l’ordre ».

Quant aux conséquences d’un tel dispositif de sécurité, au nombre record d’interpellations (plus de 1 700 en France) ou de blessés (plus de 200), il n’en sera pas question. Le Gilet Jaune Vivian Lamy tente pourtant d’élargir la conversation sur la violence. Il revient sur les dégradations commises autour des manifestations et les oppose à des actes violents qu’il a pu observer de la part des « forces de l’ordre ». C’est là, dit-il, qu’il faudrait voir des « débordements » :

J’ai aussi vu des débordements, c’est-à-dire j’ai vu des policiers qui étaient une vingtaine sur un jeune, qui était très jeune. Je ne sais pas quel âge il devait avoir, peut-être seize ans. Ils étaient peut-être pas une vingtaine mais une bonne dizaine à lui donner des coups de matraque. Alors heureusement il n’y a pas eu de morts non plus mais ça peut arriver, ça se joue des fois à pas grand-chose, juste une interpellation, un mauvais coup ça peut arriver.

Mais la discussion n’aura pas lieu, puisque l’animatrice le coupe immédiatement : « en tout cas il n’y a pas eu de mort ce soir, on va passer à la situation en province ». Faut-il en déduire que les blessés ne méritent pas l’attention des grands médias ? On est tristement tentés de le penser [6].

L’émission se termine sur un verdict qui fait consensus auprès des « experts » présents sur le plateau : celui de la « victoire » du maintien de l’ordre. Dominique Rizet revient longuement sur le dispositif d’interpellations préventives et se satisfait de ce « vrai boulot en amont ». Puis il livre son bilan : « cette semaine on avait très très peur […] mais par rapport à ce qu’on craignait, les choses se sont très, très bien terminées, il y a eu une maîtrise parfaite des forces de l’ordre ». Bruno Jeudy ne peut qu’acquiescer : « le pouvoir a repris le contrôle par rapport aux manifestants mal intentionnés » se réjouit l’éditorialiste. « Ce qu’on constate ce soir, et c’est factuel, on n’a pas connu les débordements de la semaine dernière, on n’a pas vu l’Arc de Triomphe saccagé […], on n’a pas vu les scènes inouïes des gens rentrant dans des porches de maison, d’immeuble, des hôtels saccagés, on a vu un cabinet d’avocat qui était en feu, on n’a pas vu ces scènes-là ».

Enfin, le politologue et communicant Jean-Christophe Gallien classe l’affaire : « On peut reconnaître effectivement une victoire [sur le maintien de l’ordre], même si on voit bien qu’il y a des voitures qui brûlent » (on voit effectivement en arrière-plan, au moment où il parle, des images de voitures qui brûlent). Rien à voir cependant avec ce qui avait été annoncé par le gouvernement et certains médias, comme le note le communicant : « On avait tellement, tellement dramatisé qu’on attendait presque des morts, l’acte 4 c’était l’acte du létal, c’est-à-dire que le sang allait couler. »

C’est dire combien « on » avait dramatisé…

***

Dans les jours qui ont précédé la manifestation du 8 décembre, BFM-TV avait largement contribué à annoncer une « journée de chaos »particulièrement violente voire meurtrière. Et le jour-même, la chaîne d’information en continu ne s’est pas contentée de scruter les violences des manifestants, conformément aux principes de l’information spectacle. Elle a également co-construit avec les autorités, à travers les interventions à l’unisson de ses innombrables « experts », le récit légitimiste d’une « victoire du maintien de l’ordre » sur les « enragés ». Un récit dans lequel il n’y a pas de place (ou si peu) pour la remise en cause du dispositif policier, des arrestations préventives, ou des violences de la part des « forces de l’ordre ». Ni pour la réflexion de fond sur ce que représente ou exprime le mouvement des Gilets Jaunes.

Lucile Dumont et Frédéric Lemaire

—————–

[1On constate que les images sont à certains moments les mêmes sur plusieurs chaînes. Cela s’explique par le fait qu’elles sont issues d’un même direct fourni par l’agence de presse Reuters à toutes les télévisions partenaires samedi aux alentours de 18h50.

[2Nous avions, dans un précédent article, observé l’absence totale de recul sur BFM-TV et CNews vis-à-vis de cette communication gouvernementale.

[3Les citations et éléments qui suivent (jusqu’à l’intervention de Christophe Barbier) sont rapportés par Samuel Gontier dans son article.

[4Sur ce sujet, on pourra visionner l’interview de David Dufresne, journaliste indépendant, réalisée par Le Média. Si l’entretien est généralement consacré aux violences policières comme phénomène politique, une partie est dédiée à leur (mauvais) traitement par les médias dominants.

[5L’enjeu était d’autant plus important que le gouvernement avait fortement fait « monter les enchères » dans la perspective d’un week-end de mobilisation qui était annoncé comme particulièrement violent… voire meurtrier. Nous y sommes revenus dans un précédent article.

 
 

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Fake news et « propagande blanche », le pouvoir doit-il en avoir l’exclusivité ?

Rappelez vous que récemment,  Des députés LREM ont propagé une fake news complotiste sur les Gilets jaunes :

Plusieurs élus macronistes se sont jetés sur une rumeur selon laquelle le site «giletsjaunes.com» avait été créé peu après l’élection d’Emmanuel Macron par des Américains partisans de Steve Bannon. Problème, il s’agissait d’un pur fantasme.

Naïma Moutchou, rapporteuse LREM de la loi contre la manipulation de l’information (loi « fake news ») a elle même diffusé une fake news… (voir vidéo ci dessus)

Non mais laissez moi rire… Z

Dans ce bras de fer engagé sur les réseaux entre le pouvoir et les « Gilets Jaunes » pour influencer l’opinion publique – en la prenant à témoin – Les informations altérées sont présentes dans les deux camps.

Par Yannick Chatelain.
Un article de The Conversation

Et si le politique donnait l’exemple plutôt que de faire des lois ?

Quand on a prétention à lutter contre les fake news, ne faut-il pas commencer par ne pas en diffuser lorsque l’on est un homme politique, d’autant plus lorsque l’on a été le porteur du projet de loi sur la diffusion de fausses informations.

Si l’on analyse le tweet de monsieur Richard Ferrand président de l’Assemblée nationale, ce dernier pose pour le moins questionnement.

Ferrand 20190106Il est notable que ce message porte – sans fondement – des accusations d’exactions extrêmement graves, des accusations ciblant de façon induite les Gilets Jaunes. Il s’inscrit dans la volonté non dissimulée de disqualifier auprès de l’opinion publique le mouvement social auquel fait face l’exécutif. Le message relayé ne reflète pourtant pas la réalité, il l’altère, la dramatise… il peut donc être qualifié de fake news au service d’une campagne de propagande blanche.

Castaner 20190106

Cet exemple peut paraître caricatural, il n’est malheureusement pas isolé lorsque la classe politique intervient sur les réseaux sociaux. En constatant que ceux-là même qui ont légiféré sur les fausses nouvelles s’adonnent à ces pratiques apparaît pour le moins cocasse et paradoxal. Opter pour la loi plutôt que pour la pédagogie et laisser à une autorité administrative nommée par le pouvoir la responsabilité de trier le vrai du faux n’est pas sans risque pour la liberté d’expression.

Au regard de la loi préexistante relative à la diffusion de fausse nouvelle – la loi sur les fake news questionne sur son intentionnalité et sa raison d’être. Le samedi 22 décembre 2018, le président de la République a promulgué la loi n° 2018-1202 et la loi organique n° 2018-1201 relatives à la lutte contre la manipulation de l’information. Qu’en sera-t-il du respect de cette loi par ceux qui l’ont votée, et de l’usage qui en sera fait ? Donner l’exemple serait déjà faire de la pédagogie. Une chose est établie : loi ou pas, période électorale ou non, l’exemple au plus haut niveau n’est pas au rendez-vous.

Où commence la fake news et la désinformation ?

Dans ce bras de fer engagé sur les réseaux entre le pouvoir et les Gilets Jaunes pour influencer l’opinion publique – en la prenant à témoin – Les informations altérées sont présentes dans les deux camps.

Par ailleurs ne devrions-nous pas nous étonner du fait que les nombreuses exactions – quant à elles bien réelles – largement relayées sur les réseaux sociaux, ne conduisent que très rarement les journalistes à se questionner sur l’éventualité du recours – par le pouvoir – à des agents provocateurs.

Ne devrions-nous pas également nous étonner de la diffusion et du relais sur les réseaux sociaux et par les médias de masse de vidéos relatives à des actes violents extrêmement graves commis contre, ou par les forces de l’ordre et qui sont décontextualisées voire tronquées. À quel moment peut-on parler de fausse information, d’altération volontaire de la réalité ? À chacun de se faire sa propre opinion :

Rien n’est si contagieux que l’exemple. François de La Rochefoucauld

À suivre

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Publié par le 6 janvier 2019 dans Education - information, général, Politique, société

 

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Rousseau aurait-il été un Gilet Jaune ?

Pourquoi Rousseau était un Gilet Jaune

Ce papier ne présente qu’un aspect de la pensée de Rousseau (certes pertinent et qu’il faut prendre en compte). Rousseau était probablement un des plus grand penseurs sur la démocratie que nous aillons jamais eu, mais c’était avant tout un  philosophe, il réfléchissait « dans l’idéal ». Mais Rousseau n’était pas un idéaliste, il y a tout l’autre pan de sa pensée qui est que pour lui la démocratie (directe) n’a cessé d’apparaître comme un régime idéal parce que justement irréalisable. Sa conclusion est absolument sans appel : « s’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes ».

par Bruno Guigue

A défaut de lire Rousseau, on aime le caricaturer. Ce doux rêveur aux illusions champêtres ne serait bon qu’à susciter des ferveurs prépubères. Au mieux, il serait un préromantique dont l’œuvre désuète moisit dans les rayons des bibliothèques. Au pire, un illuminé, un écorché vif, un psychopathe dont les principes funestes auraient engendré le totalitarisme. Vilipender ce manant, ce paria de la philosophie égaré dans un siècle de jouisseurs fortunés remonte à une longue tradition. Perspicace, Henri Guillemin soulignait la profonde solitude de Jean-Jacques à l’ombre des Lumières. « Rousseau, au XVIIIème siècle, c’est l’homme qui dit, ouvertement, sur la société telle qu’elle est, tout ce qu’on ne doit pas dire lorsqu’on est bien élevé et qu’on veut faire carrière. Il ne se contente pas d’exaspérer les Encyclopédistes avec ses propos sur l’âme, sur Dieu, sur la fin de l’homme, mais il les horrifie, en outre, et les épouvante, en parlant sans respect des grands et des riches. On n’est pas très porté, du côté philosophique, à des considérations de cette espèce. La secte, dira Robespierre, déclamait quelque fois contre le despotisme, mais ses membres s’employaient au mieux à se faire pensionner par les despotes. D’Holbach, Helvétius, appartiennent à la haute bourgeoisie financière ».

Les Encyclopédistes poursuivaient Rousseau de leur mépris. Mais Voltaire n’est pas en reste. « Il s’est glissé par ses spéculations, écrit Guillemin, dans la classe entretenue et n’entend pas qu’on touche au système. Pour lui, ouvriers et paysans constituent la populace, et le premier devoir des travailleurs est de rester muet dans cette servitude laborieuse qui nourrit les nantis ». Rousseau ? Pour Voltaire, c’est un gueux qui voudrait que les riches fussent volés par les pauvres. Ce que la bourgeoisie déteste, en lui, « c’est l’homme du Discours sur l’inégalité et du Contrat social, ce livre, écrit Mallet du Pan, qui fut le Coran des discoureurs de 1789. Il n’y a pas d’écrivain plus propre à rendre le pauvre superbe, note Joubert le 15 avril 1815. Et Brunetière d’insister, avec une grimace de dégoût, sur le pedigree nauséeux de Rousseau : les parents de Rousseau étaient peuple, au sens le plus fâcheux du mot ; la vulgarité de ses origines, c’est le premier trait de son caractère. Au point culminant de la réaction bourgeoise, après ces Journées de Juin 1848 qui l’ont jeté « dans des tremblements », Sainte-Beuve accable Rousseau de son mépris de classe. « Rousseau a été laquais, dit-il, et il ajoute finement : On s’en aperçoit. Taine, au lendemain de la Commune, ne voit dans toute la pensée de Rousseau qu’une rancune de plébéien, pauvre, aigri, et qui, entrant dans le monde, a trouvé la place prise et n’a pas su s’y faire la sienne ; il n’échappe à l’envie que par le dénigrement »1.

Et si cette haine pour Rousseau témoignait en faveur de sa philosophie, montrant qu’il n’avait pas seulement une longueur d’avance sur son temps, mais aussi sur le nôtre, et qu’il ne pouvait échapper à son destin solitaire en attaquant l’injustice sur tous les fronts ? Ce n’est pas seulement sa psychologie singulière qui dressait Rousseau contre une société vermoulue, mais sa pensée profonde, son système philosophique. Il détestait la bourgeoisie pour son égoïsme rapace, pour ses mœurs dépravées : elle le haïssait, elle, pour ses idées. Son époque, il la définissait dans une lettre au Mercure comme « un siècle de charlatanerie où les plus grands fripons ont toujours l’intérêt public à la bouche ». Et dans l’Emile, il lançait cet avertissement : « Vous vous fiez à l’ordre actuel de la société sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables ». Sa philosophie, on le sait, préfigurait la Révolution française. Mais prenons garde à ne pas arrimer Rousseau au port de la bourgeoisie ascendante. La rigueur de sa pensée emportait le philosophe-paria fort loin de ces rivages rassurants. Et s’il a nourri de ses idées le processus révolutionnaire, il a surtout anticipé son usurpation par la bourgeoisie.

Une philosophie de la liberté

Quelle est sa philosophie ? Un principe en donne la ligne directrice : qu’il s’agisse d’éducation ou de gouvernement, il condamne comme contraire à la nature tout ce qui porte atteinte à la liberté humaine. La liberté est en effet la qualité native de l’homme, elle fait « la dignité de son être ». C’est encore ce qu’il veut dire lorsqu’il affirme dans le Contrat social que l’homme est « né libre » ou lorsqu’il écrit dans le Discours sur l’inégalité : « ce n’est pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre ». Mais commençons par le commencement. Découvrons l’homme de la nature enfoui sous l’homme de l’homme. Pour remonter au véritable état de nature, il faut faire abstraction de l’homme social, il faut se représenter l’homme dans son état natif, sorti des mains de la nature, nimbé de son innocence originelle. S’abandonnant à l’anthropologie-fiction, il faut imaginer les hommes dispersés, épars dans les forêts. Cet état d’isolement est une fiction, mais on ne peut s’en passer si l’on veut « bien juger de notre état présent ». Dans cet état d’isolement, l’homme jouit de l’indépendance la plus complète car il se suffit à lui-même. Rien ni personne ne saurait l’asservir. Aucun lien de dépendance ne lie l’homme à l’homme dans l’état de nature, et c’est dans ce sens que cet état est exemplaire.

Il faut bien comprendre que la fiction philosophique de l’état de nature ne décrit pas un état antérieur de l’humanité. Elle a pour fonction théorique de souligner la liberté naturelle : aucun homme n’est naturellement fait pour commander ou obéir. L’oppression qui caractérise les sociétés inégalitaires n’est pas une fatalité, mais un phénomène contingent. Que des hommes soumettent d’autres hommes est un fait historique, et non une nécessité propre à l’espèce. La description de l’état de nature souligne donc la servitude propre à l’état social. Mais l’homme civil n’est pas seulement soumis à la volonté d’autres hommes, le pauvre à la volonté du riche, l’esclave à celle du maître. Il y a en outre dans l’état civil une servitude morale, la soumission à l’opinion et au préjugé. Bien loin de juger par lui-même, l’homme civil n’a plus qu’une préoccupation, celle de se conformer à l’opinion des autres. Au sens strict du terme, l’état civil est synonyme d’aliénation : c’est du regard des autres, ce ferment de corruption, que l’individu tire le sentiment de sa propre existence.

C’est pourquoi le passage de l’état de nature à l’état civil se solde par la perte de la liberté. Ce passage de l’état naturel à l’état social n’était pas inéluctable, mais il est irréversible. Contrairement à ce qu’on dit parfois, il n’y a aucune nostalgie d’un âge d’or perdu chez Rousseau. Il sait bien que la culture a enveloppé la nature et que cette transformation a arraché l’humanité à l’animalité. En revanche, la perte de la liberté qui est la conséquence de l’état social n’est pas inéluctable. Si cette perte était définitive, ce serait une condamnation sans appel de la société civile. Mais société et liberté ne s’excluent pas irrémédiablement l’une l’autre. L’œuvre politique de Rousseau montre au contraire que l’homme, par des institutions appropriées, peut gagner l’équivalent de ce qu’il perd en quittant l’état de nature. Il peut s’unir à ses semblables sans faire le sacrifice de sa liberté, puisqu’il peut trouver dans la société l’équivalent civil de sa liberté native.

Le règne de la loi

Le problème posé par le Contrat social est précisément d’instituer l’autorité politique sans que cette institution se fasse au préjudice de la liberté humaine. L’homme devenu citoyen doit rester « aussi libre qu’auparavant », dit Rousseau. Est-ce possible ? Oui, « si chacun fait par le pacte social l’échange de sa liberté naturelle contre la liberté civile et la liberté morale » (Contrat social, I, 8). Or ces deux formes de liberté sont forgées par l’éducation et la culture, ce sont des libertés reconquises à travers une forme de soumission. Pour Rousseau, la liberté n’est pas le caprice : elle n’est pas une fonction du désir, mais un effet de la loi, elle est exigence et non pas jouissance. Si la philosophie de Rousseau déplaît aux bourgeois, c’est parce qu’elle n’est pas libérale : la seule liberté qui nous soit accessible est celle du citoyen, et non de l’individu. Elle passe par la soumission à la loi commune, et non à l’intérêt privé. La liberté est une conquête de l’homme sur lui-même : elle met en œuvre ses plus nobles facultés et l’élève à la vertu.

Mais comment peut-on rester libre en obéissant à la volonté générale ? Ce n’est pas seulement parce qu’il s’agit d’une soumission volontaire ou consentie. « Tout homme étant né libre est maître de lui-même, nul ne peut sous quelque prétexte que ce puisse être, l’assujettir sans son aveu ». C’est aussi – et surtout – parce que l’obéissance à la volonté générale garantit le citoyen de toute dépendance particulière. La loi libère le faible de la domination du puissant, elle interdit toute sujétion de l’homme par l’homme. « La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui ». Dans l’état civil légitime, le citoyen « n’obéit qu’aux lois, et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes ». Obéir à un homme, c’est avoir un maître, tandis qu’en obéissant à la volonté générale on se soumet à une autorité impersonnelle qui ne saurait supprimer la liberté.

Mais ne confondons pas le fait et le droit. « Dans les faits, les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n’ont rien », rappelle Rousseau. L’histoire enseigne que les lois sont faites par les riches. Malédiction de l’état social, cette inégalité est-elle définitive ? Non, puisque, dans le Contrat social, Rousseau indique les conditions sous lesquelles la loi est vraiment la loi, c’est-à-dire l’expression de la volonté générale. La loi ainsi entendue est un idéal, bien entendu, dont les lois existantes sont des parodies grotesques. Mais la philosophie politique de Rousseau n’aurait aucun sens si elle n’envisageait la possibilité d’une autre société. Dans l’état civil légitime – qui reste à construire – la loi n’est plus l’instrument du riche : elle émane du peuple, elle incarne l’intérêt commun. En obéissant à la volonté générale, le citoyen n’obéit qu’à lui-même. Car la volonté générale n’est pas pour lui une volonté étrangère, mais sa propre volonté, sinon comme homme du moins comme citoyen, c’est-à-dire comme partie d’un tout. « La volonté constante de tous les membres de l’Etat est la volonté générale, c’est par elle qu’ils sont citoyens et libres » (Contrat social, IV, 2).

La loi du peuple

Mais pour que la loi soit une vraie loi, c’est-à-dire l’expression de l’intérêt commun, que faut-il faire ? La réponse de Rousseau est simple : il faut que le peuple fasse la loi. « La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée, elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point (..) Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde. » (Contrat social, III, 15). La volonté générale est l’exercice même de la souveraineté, et c’est ce qui en interdit la représentation. Car que signifierait en réalité « représenter » la volonté ? Ce serait admettre que quelqu’un pourrait vouloir pour un autre. Or c’est philosophiquement impossible : la volonté est ce qui en tout homme n’appartient qu’à lui, elle est la manifestation irréductible de sa liberté. « Le principe de toute action est dans la volonté d’un être libre, on ne saurait remonter au-delà » (Emile, IV).

Le raisonnement est imparable : la souveraineté étant une volonté, et la volonté étant par essence irreprésentable, la souveraineté ne saurait légitimement être représentée. Soit le peuple veut, soit il ne veut pas, mais il n’y a pas de demi-mesure. Si des représentants pouvaient s’exprimer en son nom, cette représentation déformerait la volonté populaire. Elle introduirait des nuances qui en altéreraient la pureté, conformément à tel ou tel intérêt particulier. En réalité, la volonté des représentants se substituerait à celle des représentés. Mais si la souveraineté est irreprésentable, c’est aussi parce que la volonté est générale. Parce qu’elle est une volonté générale, la souveraineté dit la loi, mais ne l’applique pas. Pur vouloir, la volonté générale ne se délègue pas. Seul le pouvoir exécutif, chargé de l’exécution des lois, se délègue, car il détermine les conditions d’application de la loi aux cas particuliers.

C’est pourquoi les « députés du peuple », autrement dit ses représentants, ne peuvent être que « ses commissaires », des exécutants investis d’une mission strictement définie. « Ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi ». Seul le peuple est souverain, puisque la volonté générale est celle de tous les citoyens visant l’intérêt commun. Les représentants ne sauraient se substituer au peuple dans l’exercice d’une souveraineté dont il est le détenteur légitime. Mais s’il est exclu qu’ils aient le dernier mot, Rousseau suggère néanmoins qu’ils puissent participer à l’élaboration de la loi. Il ne dit pas, en effet, que toute loi que le peuple n’a pas votée est nulle. Il emploie au contraire le terme de « ratification » pour désigner l’acte souverain par lequel le peuple approuve une proposition de loi. Cette ratification, toutefois, est absolument requise. Une loi que le peuple entier n’a pas approuvée explicitement ne mérite pas ce nom. Toute législation sur laquelle chaque citoyen ne s’est pas personnellement prononcé est illégitime. Traduisons : une loi qui n’a pas été approuvée par référendum ne vaut rien.

Bruno Guigue

1 Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social, Présentation par Henri Guillemin, UGE, 1973.

source:https://www.facebook.com/notes/bruno-guigue/pourquoi-rousseau-était-un-gilet-jaune/1580357085443074/

via RI

 
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Publié par le 21 décembre 2018 dans Education - information, général, Politique, société

 

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