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Archives de Catégorie: Education – information

«Blanquer veut imposer un délit d’opinion» : le cri d’alarme d’un enseignant

«Blanquer veut imposer un délit d’opinion»: le cri d’alarme d’un enseignant

Lundi 11 février au soir, dès le premier article qui rappelle notamment le devoir d’exemplarité des enseignants, les oppositions ont été vives, relate l’AFP. Les trois groupes parlementaires de gauche ont tenté de le supprimer, déplorant une loi qui commence dans la «défiance» avec une volonté de «museler» les professeurs.

La composition anodine du premier article de la loi ne pose pas en elle-même problèmes, selon le professeur qui appelle à signer la pétition.

Alerté par une loi du ministère de l’Éducation «pour une école de la confiance», un enseignant a posté une vidéo sur les réseaux sociaux en appelant tout le monde à signer une pétition contre ce texte qui veut «imposer une forme de délit d’opinion», car, selon lui, cette norme tend à museler les professeurs et limiter leur liberté d’expression.

Une vidéo appelant à signer une pétition contre la loi Blanquer sur l’éducation a été postée sur les réseaux sociaux par un enseignant. La liberté d’expression des enseignants également évoquée dans le projet fait l’objet de débats parmi les internautes.

 

«Il dit simplement que pour instaurer la confiance dans la communauté éducative les personnels de l’éducation nationale, notamment les enseignants, ont un devoir d’exemplarité.»

D’après lui, c’est l’étude de l’impact de la loi qui soulève des questions en ce qui concerne la liberté d’expression.

«En dehors du cadre de leurs fonctions, lorsque les personnels de l’éducation nationale ont à s’exprimer, ils peuvent être sanctionnés, s’il est jugé qu’ils portent atteinte à la dignité de l’institution», lit-on dans le projet de loi.

Actuellement, les enseignants en dehors de leurs fonctions n’ont pas de droit de réserve, ainsi ils peuvent critiquer, par exemple, les politiques éducatives. Quant à cette loi, selon certains, elle menace cette liberté d’expression et tend à imposer une forme de délit d’opinion aux enseignants.

«Elle [la loi, ndlr] veut imposer une forme de devoir de réserve ou un délit d’opinion aux enseignants qui pourraient critiquer trop librement les politiques éducatives. Il faut impérativement s’opposer à cette loi», souligne le professeur dans sa vidéo.

Avant d’ajouter:

«Elle est un danger, une menace pour notre liberté d’expression collective.»

Depuis le lundi 11 février à l’Assemblée nationale, le projet de loi «pour une école de la confiance», proposé par le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, est examiné par les députés. Cette loi tente d’apporter des changements dans quasiment toutes les composantes du système éducatif qui sont évoquées au fil des 25 articles du projet de loi.

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Publié par le 22 février 2019 dans Education - information, général, société

 

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Internet français : vers une assignation à… « bien penser » ?

Internet français : vers une assignation à… « bien penser » ?

Pendant ce temps nos libertés individuelles et collectives sont massacrées … La pensée unique est en marche – Mais vous pouvez dormir tranquille !!! Z

Il est encore temps d’alerter la représentation nationale tout comme les citoyens, avant que nous ne nous réveillions demain avec un Internet français assigné à « bien penser » !

Par Yannick Chatelain.

Un article de The Conversation

De l’internet des origines à… L’Origine du monde

Tout le monde garde en mémoire la censure par Facebook de L’Origine du Monde qui a conduit à la désactivation du compte de l’utilisateur. Qu’importe le jugement que l’on porte sur ce tableau sulfureux de Gustave Courbet, exposé au musée d’Orsay depuis 1995. Facebook initiait la censure puritaine de l’art on line. Nul doute que ce tableau continuera à faire parler et à hystériser on- et off-line. L’identité du modèle ayant été récemment révélée, résolvant une énigme de 152 ans, voilà du nouveau grain à moudre pour les polémistes.

Cette cyber-censure pourrait presque prêter à sourire, elle n’est rien, au regard de ce qui se met progressivement – et mondialement – en place au niveau d’Internet. L’internet français à ce titre est loin d’être en reste. La France est une élève de la censure d’Internet qui se montre paradoxalement (cf. nos valeurs culturelles de liberté) très assidue ces dernières années. Notre pays est aujourd’hui particulièrement bien doté en matière d’outils de censure existants et annoncés…

De dérive liberticide en dérive liberticide : des mots, des projets de loi, des lois et des censeurs !

La loi fake news qui a été très controversée a été promulguée le 22 décembre 2018, elle demeure contestée par les défenseurs des libertés publiques :

Son inutilité a été pointée, presque à l’unanimité par les juristes : « Les fausses informations étant déjà réprimées par la loi sur la presse de 1881. »

Cette loi instaure un nouveau référé accéléré sous trois conditions qui permettront d’obtenir la suppression d’un contenu :

  • Des allégations ou imputations manifestement inexactes ou trompeuses d’un fait.
  • Des allégations ou imputations de nature à manifestement altérer la sincérité du scrutin.
  • Des allégations ou imputations diffusées de manière délibérée, artificielle ou automatisée et massive sur Internet.

Nous pouvons être pour le moins circonspect, et ce à plusieurs titres. La définition qui est faite d’une fake news par le législateur est d’un flou qui n’est pas sans rappeler le grand smog de Londres. Pour établir l’inexactitude de faits – à écouter nos politiques en campagne… – nous pouvons nous interroger sur la façon dont un juge pourra trancher. Enfin, lorsque nous observons l’usage que fait Donald Trump de ce « mot magique » dès qu’il est – de façon factuelle – mis en défaut, n’est-il pas raisonnable de nous inquiéter de l’usage qui sera fait de cette loi par nos propres politiques ? Un mode de recours abusif ne peut être considéré comme improbable. Une atteinte arbitraire à la liberté d’expression est désormais opérationnelle. Pourtant de pires menaces sont en approche.

De l’atteinte possible à la liberté d’expression, jusqu’au délit d’opinion

Une autre loi (en approche au niveau européen) se propose de renforcer encore la capacité des États à avoir la mainmise sur l’information. Ce texte, dénoncé au plus tôt par La Quadrature du Net, a été publié le 12 septembre 2018 par la commission européenne. Il se retrouve sous l’intitulé de « Règlement du Parlement européen et du Conseil relatif à la prévention de la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne ». Ce dernier obligerait – s’il demeurait en l’état – tous les acteurs du web à se soumettre aux outils de surveillance et de censure automatisés fournis par Facebook et Google. La rapporteure, Madame la députée européenne Julie Ward, a fait part de ses nombreuses inquiétudes et notamment concernant les mesures proactives énoncées dans l’article 6 :

Votre rapporteure considère que cet article est très problématique, car il ferait peser sur les fournisseurs de services d’hébergement une obligation générale de surveillance contraire à l’article 15 de la directive 2000/31/CE.

Nous pouvons d’ores et déjà nous demander ce qu’il adviendra lorsqu’une autorité compétente – une autorité configurée selon les desideratas de chaque pays membre – collaborera avec Facebook et Google pour engager des mesures proactives de censure.

À supposer qu’une autorité administrative soit mise en place en France – dans la mesure où la marginalisation du juge judiciaire est devenue récurrente cette hypothèse n’est pas à exclure – il suffira au pouvoir en place de signifier que tels groupes, tels hashtags, tels commentaires sont répréhensibles (séditieux, factieux, subversifs…) pour qu’ils puissent faire l’objet de mesure proactive de censure. Avec ce texte, le risque serait de franchir un nouveau cap liberticide et de passer d’une atteinte potentielle à la liberté d’expression au risque de mise en place du délit d’opinion.

Du printemps arabe au mouvement  Gilets Jaunes, démocratie et régime autoritaire un même combat ?

La capacité organisationnelle des citoyens s’est développée avec Internet et les réseaux sociaux, le monde en a été témoin. Le printemps arabe en a été une preuve. Les réseaux sociaux y ont « joué un rôle central dans la constitution des débats politiques ». Il est compréhensible que les gouvernances, aussi démocratiques soient-elles, en aient tiré des enseignements. Elles ont pris la mesure de ce formidable potentiel d’expression mis à la disposition des populations.

Au regard des lois déjà votées et de celles qui se profilent, pensez-vous qu’un mouvement Gilets Jaunes pourra demain prendre corps en France sur le réseau des réseaux ? Il ne s’agit pas de polémiquer sur ce mouvement social, mais de réfléchir à plus long terme sur les conséquences de chacune de ces lois, et sur la façon dont la liberté d’expression est régulièrement attaquée par le législateur qui laisse la porte ouverte à un usage qui pourrait être facilement abusif. Il est question de réfléchir à la marche dangereuse entamée vers le délit d’opinion. Ce dernier est à nos portes, une autorité administrative qui dériverait pourrait utiliser demain des leviers dont certains sont déjà en place :

  • Un blocage de l’information par un usage abusif de la notion d’Infox (fake news) par ceux et celles qui seront contrariés par une information valide qui les met en défaut. (cf. loi fake news)
  • Une censure proactive à venir désignant au plus tôt comme subversives des opinions contraires : censure et interdictions de groupes, censure de hashtags, censure de mots-clés… (cf. règlement européen en discussion)

Sans oublier l’autocensure de citoyens qui craignent d’être ciblés (cf. loi renseignement et les boîtes noires qui surveillent nos usages).

Voilà de quoi s’inquiéter. Qu’adviendra demain si la dynamique de marginalisation du juge judiciaire entamée se poursuit en France ? La critique même du comportement déviant d’un pouvoir sera-t-elle demain considérée comme une attaque des institutions par une simple autorité administrative ? Cela exposera-t-il à la censure ? À des sanctions ?

Ces lois qui s’accumulent sans le présentiel en amont du garde-fou judiciaire ouvrent la porte à tous les arbitraires. Les hommes et femmes d’aujourd’hui n’ont pas plus ou moins de défauts que les hommes et femmes de demain. Il n’y a pas dans notre technomonde que des hommes et des femmes de bien ! « Tout pouvoir sans contrôle rend fou » disait Alain, ne serait-il pas grand temps et raisonnable de l’écouter ?

Il est encore temps d’alerter la représentation nationale tout comme les citoyens, avant que nous ne nous réveillions demain avec un internet français assigné à « bien penser » ! Réduit à penser de façon conforme, c’est-à-dire comme le pouvoir – quel qu’il soit – qui sera alors en place.

Je ne discute pas pour discuter ; je discute pour m’affermir dans mon opinion si elle est vraie, la fortifier où elle est faible, la redresser où elle est fausse, l’abandonner si elle ne peut être redressée. La discussion est la balance qui, à défaut de l’application, me sert à vérifier ce que l’idée pèse comparativement à l’objection, et l’objection comparativement à l’idée. Paraître avoir raison n’est pas ce qui m’importe ; ce qui m’importe, c’est que la raison ait raison et que l’erreur ait tort. (Émile de Girardin)

À suivre

Via Contrepoints

 
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Publié par le 17 février 2019 dans Education - information, général, société

 

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YouTube va déterminer ce que “les théories du complot” sont et cessera de recommander de telles vidéos

Le terme “complot” et la dissimulation de complots sont des éléments fondamentaux de l’expérience humaine, et l’ont toujours été. C’est faire preuve d’une orgueil extrême que de prétendre qu’un géant de la technologie peut faire la différence entre un complot légitime à explorer et une théorie du complot illégitime (…)
YouTube ne constitue simplement plus une plateforme, mais plutôt un arbitre autoproclamé sur ce qu’est une théorie du complot ridicule et ce qu’est la vérité

Alors que l’évolution de YouTube (propriété de Google) d’une plateforme d’expression libre à quelque chose de complètement différent est en cours depuis un certain temps, la plateforme a fait un pas de plus dans une direction très restrictive et imprudente. NBC News a rapporté :

YouTube a annoncé que la plateforme ne recommandera plus les vidéos qui “se rapprochent de trop près” des règlements de sa communauté, comme les théories du complot ou les vidéos imprécises sur la santé… Chaslot dit que YouTube devra, pour respecter les recommandations de son IA, pousser les gens à visionner des vidéos contenant des informations exactes et revoir le système actuel employé pour la recommandation des vidéos.

Il y a beaucoup de choses à déballer ici, alors commençons. Tout d’abord, il semble que YouTube ait annoncé la création d’un nouveau godet lorsqu’il s’agit du contenu téléchargé sur le site. Il ne s’agit plus seulement des vidéos conformes aux directives de l’entreprise et de celles qui ne le sont pas, mais il existe maintenant une catégorie pour les “vidéos de théories du complot ou médicalement inexactes”. Il s’agit d’une responsabilité énorme, que ni YouTube ni personne d’autre ne semble apte à assumer en tant que juge et jury. En d’autres termes, YouTube dit qu’il est commode de décider ce qui est “une théorie du complot” et ce qui ne l’est pas. Ce qui soulève une question très importante.

Le terme “complot” et la dissimulation de complots sont des éléments fondamentaux de l’expérience humaine, et l’ont toujours été. C’est faire preuve d’une orgueil extrême que de prétendre qu’un géant de la technologie peut faire la différence entre un complot légitime à explorer et une théorie du complot illégitime. L’enquête juste d’une personne est la théorie du complot d’une autre, avec le Russiagate comme exemple contemporain évident.

Au début du XXIe siècle, nous avons été témoins d’une conspiration majeure visant à déclencher une guerre en Irak fondée sur des mensonges, qui ont été répétés inlassablement et sans recevoir de critiques de la part des médias de masse. Pire encore, le général Wesley Clark a décrit une conspiration encore plus grande qui consistait à déclencher de multiples guerres supplémentaires à la suite du 11 septembre 2001. Cette conspiration se poursuit et n’a cessé de progresser au cours des années qui ont suivi, par l’entremise des administrations républicaine et démocrate.

Il est assez clair ce qui finira par arriver à la suite de cette modification des vidéos recommandées par l’intelligence artificielle de Youtube. Les “théories du complot” de la moyenne des gens seront écartées et rétrogradées, tandis que les mensonges du gouvernement et des médias de masse ne seront pas affectés. Google supposera que les médias de masse et le gouvernement sont honnêtes, de sorte que la propagande approuvée par le gouvernement et des milliardaires sera de plus en plus encouragée, tandis que les idées des citoyens ordinaires seront de plus en plus marginalisées. YouTube ne constitue simplement plus une plateforme, mais plutôt un arbitre autoproclamé sur ce qu’est une théorie du complot ridicule et ce qu’est la vérité.

Alors que YouTube dit que les vidéos que le système d’IA estime être complotistes seront toujours disponible via la recherche, il n’est pas exagéré d’imaginer que ce n’est que la première étape et avant que vous le sachiez, certaines catégories seront entièrement bannies du site. Quoi qu’il en soit, je pense qu’il y a une lueur d’espoir dans tout ça.

Comme je l’ai souligné dans un article récent, les géants américains de la technologie, en particulier Facebook, Google et Amazon, ne sont pas simplement des entreprises privées. Elles ressemblent davantage à des entités quasi-gouvernementales qui se considèrent de plus en plus comme des gardiennes instrumentales d’un statu quo discrédité. De plus, leurs principaux modèles d’affaires consistent en une surveillance de masse et une violation de notre vie privée.

En fin de compte, je pense que le comportement de plus en plus néfaste et désespéré de ces géants de la technologie mènera à leur disparition. Nous sommes de plus en plus nombreux à regarder sous le capot et à voir la nature miteuse et destructrice de ces entités qui violent notre vie privée. Nous avons également vu ce que c’est que d’avoir une véritable liberté d’expression sur Internet et nous ne voulons pas transformer le Web en une autre nouvelle chaîne câblée où Facebook, Google et Amazon deviennent les nouveaux CBS, NBC et ABC. Si nous le faisons, alors toute les promesses tenues pour un internet libre s’avéreront être un gâchis monumental.

Mais je ne pense pas que cela va arriver. Je pense que la plupart d’entre nous avons eu un avant-goût de ce qui est possible, et nous sommes d’accord pour dire que la liberté d’expression sur Internet, le bon, le mauvais et le laid, vaut mieux qu’un Internet censuré par les entreprises technologiques et leurs dirigeants milliardaires, qui seront toujours partisans du point de vue du statu quo. On ne sait toujours pas quelles plateformes vont émerger pour remplacer les géants de la technologie, mais il me semble assez clair que les beaux jours sont révolus pour ces entreprises.

Source: Zero Hedge, le 12 février 2019 – Traduction Nouvelordremondial.cc

 
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Publié par le 14 février 2019 dans Education - information, général, société

 

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La foi en les médias, une nouvelle religion…

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Dans cet article, il est expliqué qu’avec l’objectif de configurer la pensée et de coloniser la subjectivité, les médias concentrés manipulent, de manière irresponsable et sans scrupule, l’opinion publique par la mise en place de croyances et de préjugés.

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« Il n’y a pas de différences substantielles entre la manière de regarder la télévision ou l’autel d’une église. »
Víctor Hugo Morales [1]

Dans le but de configurer la pensée et de coloniser la subjectivité, les médias concentrés utilisent de manière irresponsable et sans scrupule une manipulation de l’opinion publique, en introduisant croyances et préjugés.

Walter Benjamin a affirmé, dans l’un de ses fragments écrits en 1921, que le capitalisme est une religion. Cette définition étonnamment d’actualité anticipe ce que nous pouvons appeler une nouvelle religion soutenue par la foi aveugle en les médias.

Croire aux messages communicationnels imposés par les médias concentrés est beaucoup plus efficace que n’importe quelle religion. La visite du pape François au Chili et au Pérou montre que de nombreux catholiques, au lieu d’agir avec fidélité envers le chef de l’Église, le questionnent en répétant l’histoire de Clarín.

À mesure que les médias ont grandi, ils ont occupé la place de l’idéal, en construisant et nourrissant chaque jour une culture de masse qui croit avec une conviction inébranlable aux messages qu’ils émettent, ce qui constitue un acte de foi et de soumission à ce que l’on présente comme une nouvelle religion.

La masse, en tant qu’hypnose collective, constitue le paradigme social du néolibéralisme

Freud, à ses débuts, commença à travailler avec la méthode hypnotique, avertissant de bonne heure du type d’influence exercée par la présence et la parole de l’hypnotiseur. Le patient faisait de l’autosuggestion, il était convaincu du pouvoir du médecin, il devenait obéissant et soumis, ce qui entraînait une guérison temporaire au cours de laquelle les symptômes disparaissaient avant de revenir. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles le médecin viennois a définitivement abandonné cette méthode : engagé dans la recherche de la vérité, il ne s’agissait pas de suggérer et d’obtenir de faux traitements de cette manière.

Des années plus tard, alors que la théorie psychanalytique était déjà bien avancée, Freud pouvait démontrer que la masse possédait un mécanisme de formation identique à celui de l’hypnose. Dans les deux cas, le fait de situer l’hypnotiseur ou le chef à la place de l’idéal entraînait un état de fascination, une croyance en son autorité et une obéissance aux ordres qu’il énonçait, qu’ils soient compréhensibles ou rationnels ou non : les messages reçus fonctionnaient comme une force qui les conduisait à obéir inconditionnellement.

Freud put vérifier que la masse était fondée sur un lien de type libidinal aimant, ce qui donnait lieu au meilleur système social pour nourrir la suggestion, l’obéissance collective et installer une série de constructions idéatives qui allaient en être la base : les croyances.

La croyance

Une façon de définir la subjectivité consiste à la considérer comme un système social de croyances partagées. Les croyances ne constituent pas une chose exclusivement mentale ou intime, mais elles se « saisissent » de la subjectivité, elles sont mises en jeu dans une réalité sociale effective, dans des actes et des choix, pour devenir finalement l’enveloppe formelle de répétitions rituelles. Elles impliquent des modes de satisfaction qui acquièrent une fixation, raison pour laquelle elles agissent comme des pierres très difficiles à enlever.

Freud a étudié le phénomène de la croyance dans plusieurs de ses articles. Dans L’homme Moïse et la religion monothéiste (1939), il analysa la foi religieuse en montrant que le croyant laisse de côté la rationalité et que, bien qu’il puisse saisir l’irréalité de sa croyance, il y adhère et la considère comme une vérité absolue. Il fait référence à la paraphrase de Tertulien : credo quia absurdum, (j’y crois parce que c’est absurde) pour justifier que, même si les dogmes religieux ne sont pas démontrables, ils ont une valeur de vérité qui n’est pas fondée sur la rationalité ou la compréhension, et les rend irréfutables. Essayer de convaincre le croyant en utilisant une logique ou une démonstration rationnelle produira un sentiment d’impuissance semblable à celle de parler à un mur. En bref, les croyances ne sont pas fondées sur des erreurs de compréhension ou d’apprentissage, mais constituent un système d’illusions qui donne un sens, une stabilité et auxquelles le sujet s’accrochera avec une conviction inébranlable.

La thèse de Freud dans L’avenir d’une illusion est que les croyances religieuses sont fondées sur le désir d’un père, reflétant un besoin de protection et d’autorité rendant supportable l’impuissance humaine. Ce désir est typique de toutes sortes de croyances, au-delà du niveau religieux.

Les croyances organisent et soutiennent la vie en fonctionnant comme une matrice pour l’interpréter, conditionnent les perceptions en agissant comme des préjugés indestructibles capables d’éviter la preuve qu’on leur y opposera : d’abord on y croit, ensuite on le voit. Le sujet, de manière conservatrice, a tendance à s’accrocher à ses croyances, ne veut pas y renoncer, même s’il peut reconnaître l’irrationalité de ses arguments : il nie et dément une partie de la réalité, comme s’il disait « je sais, mais quand même… ».

L’entêtement exprimé par le fait de s’accrocher à ses croyances s’articule avec la passion de l’ignorance qui consiste en une inertie conservatrice vis-à-vis de l’établi, une satisfaction de ne pas vouloir écouter, voir ou savoir. De plus en plus fréquemment, nous trouvons des individus qui préfèrent ne pas savoir et sont satisfaits, dans leur ignorance, du mal de la banalité. Nous ne faisons pas référence ici à l’éducation formelle, qui ne garantit pas en revanche l’absence de cette passion, mais bien à un désir de ne pas vouloir savoir, soutenu, d’une part, par le confort homéostatique et inertiel caractéristique des institutions, et de l’autre, par la lâcheté, l’aversion de la connaissance capable de bouleverser nos croyances. Cette passion va de pair avec la promotion du narcissisme qui stimule un individualisme farouche qui essaie de ne pas être affecté par le lien social : « je ne veux pas me pourrir la vie », « je ne veux pas savoir ».

La passion de l’ignorance est l’un des principaux obstacles à la transformation de la position du sujet et de la culture. Il est fonctionnel pour le capitalisme, c’est pourquoi les médias concentrés le promeuvent de multiples façons, toutes renvoyant au totalitarisme communicationnel, à l’abolition de la pensée critique et, finalement, au dénuement du sujet. Dans cette optique, le néolibéralisme nourrit la culture du divertissement vide, de la frivolité et de l’évasion avec différents petits plaisirs cherchant à effacer la mémoire, l’héritage historique et « l’arnaque des droits de l’homme ».

La masse, la construction laborieuse réalisée jour après jour par les médias concentrés, est la voie royale pour l’obéissance et le développement de croyances souvent disparates mais incontestées.

Le pouvoir menace de dangers qu’il crée, impose des préjugés et des convictions : « les gens de la rue sont violents », « l’opposition déstabilise », « le Venezuela est une dictature », etc. Par le biais des médias, la peur est d’abord installée, puis la protection est promise, donnant aux individus l’illusion naïve que s’ils obéissent, ils seront en sécurité sous une sécurité supposée, qui masque en réalité le pire : une discipline sociale violente.

La masse fascinée par « l’autel de l’église », tout en invoquant le dieu de la consommation pour son « pain quotidien », incorpore des croyances qui promeuvent une résignation obéissante, sacrificielle, craintive et lâche.

Une culture démocratique capable de s’opposer au néolibéralisme et à la masse, qui stimule la pluralité des voix et comporte des mécanismes qui en appellent à la déconcentration du pouvoir, constitue le meilleur antidote à cette forme de colonisation de la subjectivité que nous pouvons qualifier de nouvelle religion

Nora Merlin

La Tecla@eñe. Buenos Aires

Nora Merlin. Psychanalyste. Master en Sciences politiques. Auteur de Populismo y psicoanálisis (Populisme et psychoanalyse) et de Colonización de la subjetividad (Colonisation de la subjectivité).

Traduit vers le français par Floriane Verrecchia-Ceruti

[1] Prologue de Colonización de la subjetividad.Medios masivos de comunicación en la época del biomercado

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Publié par le 14 février 2019 dans Education - information, général, société

 

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Philippe annonce une loi pour « réguler » les contenus sur les réseaux sociaux avant l’été !

Bah voilà on y arrive, ce que j’ai relayé dans Macron veut Contrôler le net « pour sauver l’internet libre » !!!!!  (où il s’agit de contrôler le net dans le sens large) se concrétise : 

Réguler ça passe par le contrôle, c’est une forme de contrôle, c’est pareil. (…)

Les « contenus haineux » (et formes de haines) en tous genres, le racisme, l’antisémitisme, etc etc, que je dénonce et condamne (régulièrement), sont déjà punis par la loi ! Sur le net ou ailleurs… (…)

Donc voilà, on a maintenant une volonté politique de Contrôler l’internet libre (qui ne le serait plus par définition) et donc les infos qui y circulent (par des formes de censure). Ce serait dicter aux citoyens ce qu’il faut penser .  C’est la porte ouverte vers un totalitarisme à la chinoise .  On voit bien à quoi conduit toute tentative de contrôle de l’info !  

Il deviendra très simple de contrôler des mouvements comme les gilets jaunes par exemple, en les censurant et en les empêchant de s’exprimer sur le net, tout simplement !  (facebook a déjà commencé ce « travail », comme écrit ci dessous)

Pour que la démocratie vive, il faut des citoyens éveillés, via une conflictualité des idées et des opinions ce qui passe par la diversité des médias et le pluralisme de l’info, la libre circulation de l’info, une appropriation démocratique de l’info par les citoyens. (entre autres) 

Ce qui implique d’exclure toute forme d’intervention arbitraire et directe du pouvoir politique dans ce domaine. (…)

Et ça commence par les réseaux sociaux… (ça à déjà commencé comme mentionné dans l’article cité ci dessus avec des régulateurs français travaillant avec FB sur le contrôle des contenus et par la lutte contre les « fakes news » de Facebook, Twitter etc.. en lien avec celle des gouvernements).

Mais c’est tout le net qui est visé : c’est le début de la fin de l’internet libre tel que nous le connaissons.  

Édouard Philippe annonce une loi pour « réguler » (donc « contrôler ») les contenus sur les réseaux sociaux avant l’été. 

Et je le re rappelle : Les « contenus haineux » (et formes de haines) en tous genres, le racisme, l’antisémitisme, etc etc, que je dénonce et condamne (régulièrement), sont déjà punis par la loi ! Sur le net ou ailleurs…

Le seul moyen de combattre à la racine toute forme de haine, passe par le savoir, et les idées.     

Encore une loi liberticide qui se profile, et pas des moindres, mais où ça s’arrêtera ??? Orwell n’avait décidément pas assez d’imagination.

Le peuple va se réveiller un matin avec une belle gueule de bois. 

Sans parler de nos libertés collectives (liberté de manifester etc) – Nos libertés individuelles (la liberté d’expression, d’opinion, d’information, de la presse, de pensée) sont réduites à néant…  

Censure du net : Edouard Philippe annonce une loi avant l’été

La dictature orwellienne de la pensée est en marche avec le gouvernement Macron. Un pas de plus a été franchi hier soir lors de la remise du prix Ilan Halimi à l’hôtel de Matignon, une récompense destinée à récompenser des initiatives de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Le premier ministre, Édouard Philippe, a profité de cet événement pour annoncer hier soir, une future loi destinée à réguler les contenus sur les réseaux sociaux afin de combattre « l’antisémitisme » « sur tous les fronts, y compris celui d’Internet et des réseaux sociaux. L’État de droit a vocation à s’appliquer partout ». Il a assuré travailler à des états généraux du numérique en vue d’une révision avant l’été de la loi de 2004 pour la confiance en l’économie numérique, afin de mieux répondre à ces problématiques. Toujours à propos de la haine en ligne, Édouard Philippe a dit sa volonté que s’engage « une réflexion sur une fermeture rapide des sites » sur lesquels prolifèrent les propos haineux« Mais le combat éternel, c’est celui de l’éducation », a insisté le locataire de Matignon.

Ce contrôle des contenus sur les réseaux sociaux et internet s’apparente à une véritable censure dictée par l’État : ce dernier aura toute latitude pour statuer sur ce qui est ‘correct’ ou ‘incorrect’. (…)

Comparable aux lois régissant l’accès à internet dans les dictatures communistes telle la Chine où la circulation de rumeurs sur les réseaux sociaux est punie de 7 ans de prison, cette loi de répression en préparation piétine les libertés d’opinion et d’expression tout spécialement dans le champ politique.

La France c’est la Corée du Nord en marche

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Sondage biaisé sur le complotisme : vers la mise en place de la police de la pensée ?

Sondage biaisé sur le complotisme : vers la mise en place de la police de la pensée ?

« En ces temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire » (Orwell)

Qu’est ce que le complotisme ? J’en parle régulièrement. Encore l’autre jour, commentant un sujet à mourir de rire au JT de France 2 sur le « complotisme », j’écrivais ceci :

Qu’est ce que le « complotisme » chers amis de France 2 ? (au passage je vous donne un petit truc c’est cadeau, si vous voulez aborder sérieusement cette question, il faut fortement la complexifier et non simplement la ridiculiser

Le « complotisme » est avant tout un terme fourre tout, utilisé pour disqualifier tout ceux qui sortent des clous de la pensée unique, et pour élargir, ça désigne en fait ceux qui pensent autrement ou qui se posent simplement des questions.

Il y a des théories farfelues (qui prêtent plus à rire qu’autre chose). Il existe aussi la réalité (et toute sa complexité), avec des vrais complots, mais ce n’est certainement pas le fait du petit peuple. 

En ce sens, ce qu’on qualifie de complotisme est l’exact opposé de la pensée unique (qui se manifeste par exemple par tout les médias qui tirent dans le même sens) Or il est sain de se poser des questions sur un peu tout.

Je le rappelle pour la 1000e fois en termes simples, la diversité des idées et des opinions, leur libre circulation, leur confrontation, leur mise en débat, c’est la base même de ce qui fait la force d’une démocratie et un système démocratique. (c’est valable pour l’information en général)

Si vous n’avez qu’une pensée unique diffusée par une oligarchie médiatique, vous créez un totalitarisme idéologique et plus largement, une dérive totalitariste de la société, … et le totalitarisme tout court.

La diversité la plus large possible des opinions et des idées, leur libre circulation, leur confrontation, c’est ce qui fait la nature même d’une démocratie.

Donc d’un coté on s’extasie sur le renouveau démocratique que vit notre pays (Ndlr – je faisais référence à des éditocrates que j’avais vu sur BFM qui s’extasiaient sur le vent nouveau qui souffle sur notre démocratie dans le contexte des gilets jaunes, et j’ironisais  « C’est sur que c’est pas la pensée unique qui a amené ce vent nouveau », mais de l’autre on attaque dans son essence ce qui fait que ce renouveau soit possible ! Vous voyez le paradoxe ? 

Le fait de se poser des questions en tous genres et dans tous les domaines, c’est ce qui permet de mener des réflexions nouvelles et pertinentes qui permettent de faire avancer les choses. 

Les médias devraient abandonner cette thématique du complotisme (qui est au fond le fait de se poser des questions et de sortir d’une pensée unique), car ils se tirent une balle dans la tête.

Le « complotisme »… Un terme bien pratique pour tenter de disqualifier toute pensée qui sort des clous ou encore des vérités qui dérangent… (les philosophes des lumières étaient-ils « complotistes » ?)

Mais ce que n’ont pas encore compris les élites médiatiques – car quand on est enfermé dans une caverne intellectuelle on ne voit que les ombres sur les murs de la caverne, et non la réalité de ce qui se passe dehors (oui, cf platon) – c’est que ça produit exactement l’effet contraire, qui plus est dans un contexte de défiance historique envers les médias mainstreams. 

D’ailleurs qu’ils se demandent d’où provient cette défiance. (un clash des réalités entre le peuple et (s)ces élites ?)

C’est que, au fond, les gens ne sont pas dupes, l’être humain est un animal fort complexe, …qui pense. (consciemment ou instinctivement) Rien ne pourra jamais l’empêcher de penser librement.            

On peut bien tenter d’annihiler nos libertés, de faire de la population un troupeau de moutons uniforme bien docile et facile à manipuler, il y une chose qu’on ne pourra jamais annihiler ni même « réguler », et que nulle barrière ou frontière ne pourra jamais entraver : la pensée elle même.  

« L’humanité est une suite discontinue d’hommes libres qu’isole irrémédiablement leur subjectivité.» (Simone de Beauvoir) Z 

Sondage biaisé sur le complotisme : vers la mise en place de la police de la pensée ?

D’après une enquête de l’IFOP – dont on rappelle à toutes fins utiles qu’il n’appartient pas à Brigitte Trogneux – beaucoup trop de Français seraient enclins à croire à n’importe quoi. Rassurons-nous tout de suite : ceux qui ont cru que Emmanuel Macron serait un rempart contre le retour des fascismes ne sont pas visés. L’enquête s’est juste amusée à présenter à 1500 Français « représentatifs » quelques échantillons de théories rigolotes pour aboutir au constat terrifiant que seuls 35% ne croyaient à aucune. Ce qui permet d’envisager que confier le droit de vote à tous les autres procède d’un idéalisme un peu angélique.

On notera d’abord, sans grande surprise, que dans ce genre de gaudriole surgit rapidement Rudy Reichstadt, qui est au complotisme ce que Agnès Verdier-Molinié est à l’économie : un expert incontestable et au-dessus de tout soupçon. De ces chevaliers blancs qui combattent bec et ongles toute forme de ce qu’ils nomment « simplisme » en y opposant, à leur tour, un manichéisme et une mauvaise foi contre lesquels, en effet, il n’y a rapidement plus grand chose à répondre. De guerre lasse.

Ce genre d’étude permet en général de désigner à peu de frais un ennemi aux contours vagues, ce qui le rend d’autant plus effrayant et permet aux gens raisonnables de resserrer héroïquement leurs rangs contre un péril aussi sournois que nébuleux. On n’a toujours pas, aux dernières nouvelles, donné de définition précise au « complotisme », cette maladie obsessionnelle qui frappe tant d’esprits faibles et influençables (suivez le regard). On y trouve, pêle-mêle, les hurluberlus persuadés que la Terre est plate quand bien même une ministre nous rappelle que Galilée a prouvé qu’elle était ronde (!), ou que les extra-terrestres nous manipulent, mais également les paranoïaques qui voient dans tout attentat un complot du pouvoir ou dans tout coup d’état une ingérence étrangère (on oubliera pour l’occasion ceux à qui les faits ont fini par donner raison, c’est malheureusement arrivé aussi), jusqu’aux sceptiques compulsifs qui se demandent si on ne nous raconte pas, ici ou là, parfois des salades ou, enfin, les circonspects qui se font assez peu d’illusions sur la candide ingénuité des gens de pouvoir.

La Terre est ronde

La rotondité de la Terre ne fait a priori plus beaucoup de doute. Le grand complot Illuminati/Sionistes/Templiers/reptiliens n’amuse qu’assez peu de monde. En revanche, la poignée d’authentiques dérangés qui y croient mordicus fait l’objet de toutes les attentions de ces nouveaux maccarthystes du Ministère de la Vérité et il est amusant de noter avec quelle malhonnêteté ils se livrent à des raccourcis qui n’ont rien à envier aux « simplismes » qu’ils prétendent combattre. Ainsi, s’il est a priori stupide de croire que l’attentat de Strasbourg a été « commandité par le pouvoir pour faire diversion aux Gilets Jaunes » (encore que, rappelons-nous, des hurluberlus ont probablement prétendu à l’époque que l’incendie du Reichstag était un complot – honte sur eux !), le seul fait de se demander si le pouvoir n’a pas « sauté sur l’aubaine » pour espérer clore le chapitre fait illico de vous un « complotiste ». De même, imaginer qu’il ait pu « profiter » des divers attentats qui frappent le pays depuis environ 4 ans pour renforcer un système de « répression préventive » serait complètement farfelu. Franchement ? Comment peut-on raisonnablement penser qu’ils auraient laissé passer de telles « occasions » ? Ça serait, pour le coup, les prendre vraiment pour des imbéciles.

Dans le même ordre d’idée, alors que les Illuminati ne font frissonner qu’une poignée infime de nos congénères, oser évoquer une éventuelle collusion d’intérêts qui rassemblerait des cercles tels que « Bilderberg », « la Trilatérale », « le Siècle » (et d’autres sans doute : peut-être également le Lions ou Rotary Club du coin) est forcément suspect. Suspect de « complotisme », auquel on ne tardera pas à adjoindre son inévitable corollaire, « antisémitisme » (dans Bilderberg, il y a « berg »… et Attali, aussi). Comment peut-on sérieusement imaginer que le fait que des gens du même cercle, du même milieu, qui se réunissent entre eux dans des machins dont ils entretiennent sciemment et avec une ostentation gourmande le caractère à la fois secret, opaque, mystérieux et tonitruant, peut produire chez ceux qui en sont exclus autre chose que – dans le meilleur des cas – de la méfiance ? Il faudrait être singulièrement idiot ou profondément pervers. Manque de chance, même si quelques illusions commencent à tomber depuis l’avènement de notre prince-enfant-roi, on ne se résout toujours pas à les croire suffisamment idiots.

Lorsqu’un président nouveau-né, vainqueur par effraction d’un jeu de massacre organisé par ses propres mécènes, se pique de célébrer son Austerlitz, son « Paris outragé, martyrisé mais libéré », sa marche héroïque jusqu’au pied d’une pyramide, que faut-il y déceler ? Rien ? La preuve qu’ »ils sont parmi nous » (les reptiliens, les Illuminati, les Pharaons, les Sionistes, les trucs et autres machins) ? La maladresse spontanée, la gaffe inopinée, l’erreur de communication d’un débutant candide qui pensait ingénument bien faire ? Ou le calcul sournois d’une équipe de « communicants » déterminés à faire feu de tout bois, dussent-ils mettre eux-mêmes le feu partout ? De cette soirée éloquente, on n’a pas retenu grand-chose du discours (mais peut-être n’y avait-il pas grand-chose à en retenir). En revanche, on a assisté à une singulière guerre de tranchées, abondamment commentée, entre ceux qui, comme c’était à prévoir, voyaient le mal partout et ceux qui, grands princes, ne le voyaient évidemment nulle part. Les uns accusant les autres à juste titre. Et réciproquement.

Est-ce ça, le progrès ?

De barrage en barrage (« Faites ce que vous voulez mais votez Macron », titrait tout en nuance un journal sérieux dont le directeur prononce avec délices des fatwas contre quiconque approche l’extrême-droite, tout en s’offusquant qu’on lui rappelle parfois ses propres intimités avec Le Pen), faut-il à ce point renoncer à tout ce qui ressemble à de l’esprit critique au motif que ça pourrait « faire le jeu » du complotisme ? A quoi servent ces enquêtes, études et autres « observatoires », qu’on ne saurait évidemment accuser ni de bêtise angélique, ni de rouerie machiavélique, sur le « complotisme » ?

Constatant que tous ceux qui doutent ou s’interrogent ne sont pas forcément des imbéciles paranoïaques, ces experts en circonvolutions ont même inventé un nouveau concept : le « confusionnisme », bidule ingénieux qui, à l’instar du « point Godwin » ou de la « merveilleuse construction européenne » confère autorité à celui qui le brandit pour stériliser d’avance toute discussion en postulant que l’interlocuteur est atteint d’une maladie mentale, au mieux disqualifiante. Le « confusionnisme » est au complotisme ce que le « révisionnisme » est au négationnisme : une forme pernicieuse de présomption de culpabilité. Douter, chercher à comprendre, est forcément suspect. Donc, nécessairement, préventivement répréhensible (en vertu du « principe de précaution » sans doute). Les lois de circonstance ne traduisent pas autre chose. Et l’on sait où elles mènent. On oublie, en revanche, un peu trop rapidement d’où elles viennent.

La mise en place de la police de la pensée

De façon rampante et sous un label « libéral » de plus en plus usurpé, se met doucement en place une police de la pensée. Bien sûr, ses milices ne tabassent plus (du moins pas encore). Elles persiflent, susurrent, suggèrent, excitent puis, lorsque le fruit semble mûr, excommunient en bloc. Le « monde libre » répète qu’il tolère tout mais s’indigne qu’on puisse oser le mettre en doute. Fatalement, ce monde-là, au vocabulaire enflé de « libéralités », finit par se retrouver à son tour acculé par ses contradictions et redécouvre les vertus de l’autoritarisme le plus « illibéral ». Il faudra, un jour ou l’autre, réapprendre à appeler un chat un chat, et à distinguer un « adversaire politique » d’un ennemi. Un adversaire, on peut au moins discuter avec lui, parfois même s’engueuler vertement. D’un ennemi, il n’y a rien à espérer. Et si, par habitude, par conditionnement, par confort ou frilosité, on se pique de le traiter en adversaire loyal, on peut être sûr d’une chose : il nous tirera dans le dos à la première occasion.

La fameuse « sécession des élites » est consommée, constatée, et ce n’est que parce que les gueux de bonne volonté hésitent toujours un peu à en accepter toute la brutalité qu’elle paraît encore feutrée. En réalité, elle ne n’est plus : les élites ont décidé de mettre au pas les récalcitrants. Elles leur ont désormais déclaré une guerre totale, sans merci. Et ce, d’autant plus volontiers qu’elles escomptent bien en avoir encore une d’avance.

« Les complotistes » constituent alors un adversaire idéal : on ne va jamais avec plaisir s’exposer à l’accusation savonneuse et infamante de « complotiste », paranoïaque ou illuminé. A leurs violences policées, leurs aimables provocations et leurs mensonges de plus en plus grossiers, ils exigent encore que nous répondions poliment, avec les éléments de langage usuels et validés par eux-mêmes. Après avoir soigneusement miné le terrain, ils n’attendent qu’une chose : que nous fassions le premier (faux) pas, que nous tirions les premiers, pour nous en rendre responsables.

Dans cette « drôle de guerre », l’énergie dépensée à se débattre, se défendre, à refuser de voir ce qui crève les yeux nous rend toujours un peu plus vulnérables.

Mathieu Morel

Questions de fond – Au delà du fait qu’il a de tout temps existé des infos qui étaient des fakes, Qu’est ce qu’une Fake news telle qu’on l’entend de nos jours ? Qui décide qu’une info est une Fake news ou pas ? Sur quels critères ? Est ce que c’est le fait de diffuser une information à travers le prisme d’une idéologie comme suggéré ici ? (ce que je trouve fort pertinent comme angle de vue) « Beaucoup traiteront de « fake news » simplement ce qui contredit leur croyance » ou « tentent de disqualifier des visions opposées ou des vérités dérangeantes » : c’est bien ça le problème avec ce terme fourre tout. Si on prend en compte le biais idéologique d’une info, presque absolument tout ce qui n’est pas purement factuel peut devenir une « fake news »… (et ça peut venir d’absolument partout) 

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« Le travail physique épuisant, le souci de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les films, le football, la bière et, surtout, le jeu, formaient tout leur horizon et comblaient leurs esprits. Les garder sous contrôle n’était pas difficile. Quelques agents de la Police de la Pensée circulaient constamment parmi eux, répandaient de fausses rumeurs, notaient et éliminaient les quelques individus qui étaient susceptibles de devenir dangereux. » (Orwell, 1984)

 
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Publié par le 8 février 2019 dans Education - information, général, société

 

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Gilets Jaunes : la crise médiatique dans la crise démocratique

Gilets Jaunes : la crise médiatique dans la crise démocratique

Nous publions ci-dessous, sous forme de tribune [1], un article de Jérôme Latta, journaliste indépendant et cofondateur des Cahiers du football. Ce texte, publié sur son blog de Mediapart, aborde la question de la défiance qui s’exprime vis-à-vis des médias et revient sur les réactions médiatiques qu’elle suscite. Un sujet que nous avons évoqué dans un précédent article et sur lequel nous reviendrons. De son point de vue de journaliste, Jérôme Latta repose les termes de cette « crise médiatique » et invite à une « réinvention du travail journalistique », qui passerait notamment par une meilleure prise en compte de la critique des médias (Acrimed).

*

Le mouvement des Gilets Jaunes a dirigé une partie de son ressentiment contre les médias d’information. Il a aussi confirmé la responsabilité de ceux-ci dans le marasme démocratique actuel, et conforté la nécessité d’une révolution journalistique.

C’est un des fronts ouverts par les Gilets Jaunes, pas le moindre. La colère s’est aussi exprimée contre « les médias », sous des formes diverses, pour certaines violentes. « Tournée des médias » lors de l’acte VII du 29 décembre, blocages d’imprimeries et de dépôts de journauxmenaces et agressions contre des journalistes… Les cibles ont été désignées, parfois attaquées.

Les Gilets Jaunes ont d’abord des griefs contre la médiatisation de leur mouvement, s’estimant traités de manière inéquitable. Ils en ont de plus anciens : ils se sentent ignorés en temps ordinaire ; n’ont plus confiance dans les médias d’information ; voient « les journalistes » comme les membres d’une élite qui leur nuit ; et, pour les plus radicaux, ressentent donc de la « haine » envers eux.

Ce ressentiment est d’une ampleur trop considérable pour être réduit à ses manifestations les plus navrantes. Fût-il aussi vieux que la profession elle-même, ses formes actuelles sont trop exacerbées pour être ignorées. Les médias d’information générale et politique, les journalistes ont le devoir de chercher à comprendre cette colère, pas seulement de la condamner : d’une part parce que c’est leur travail, d’autre part parce qu’il y va de leur avenir – quitte à ce que l’introspection soit douloureuse.

L’ensemble de la profession a été secouée par le constat du degré d’hostilité qu’elle suscite. La sidération a été redoublée par le constat que les journalistes pouvaient aussi se retrouver la cible des forces de l’ordre et subir des tirs de LBD, des brimades et des entraves (illégales) à leur travail.

Pour certains, cette tombée des nues présente une similitude frappante avec celle du pouvoir découvrant l’ampleur de la rage populaire, si peu anticipée, mais si explicable, des Gilets Jaunes. D’autres n’avaient pas attendu les événements pour remettre en cause et réinventer, souvent avec bonheur, leur pratique du journalisme.

Si l’hiver 2019 est d’ores et déjà le moment d’une commotion et d’une prise de conscience, il faut qu’il marque aussi l’amorce d’une remise en cause et d’une transformation du travail journalistique.

L’incantation démocratique

Face à cette expression de la défiance envers les médias institutionnels, face à la mesure de son aggravation, des réactions plus faciles que l’introspection critique ont été adoptées. Notamment la fuite dans la stigmatisation accrue des Gilets Jaunes, en diagnostiquant leur imbécillité foncière, attestée par leur goût pour Facebook, les fake news, le complotisme et, bien sûr, la violence [combo Aphatie]. Ou, plus banalement, le refuge dans une indignation d’autant plus outrée qu’elle est destinée à rester sans suite.

Au sein de la profession, les condamnations collectives, les expressions de solidarité se sont multipliées ces derniers jours, de la part de sociétés de journalistes, de rédactions, de syndicats, etc. Elles sont évidemment aussi légitimes que nécessaires, mais elles laissent de plus en plus transparaître leur caractère convenu, quasiment rituel, leur impuissance pétitionnaire voire leur fonction d’échappatoire.

L’entreprise devient en effet suspecte quand il s’agit de se draper, de manière incantatoire, dans de grands principes démocratiques – sacrés mais décidément trop vaporeux pour susciter des exigences concrètes envers soi-même. Or non seulement l’érection d’un mur de réprobation collective ne contribue pas à rendre le message audible en dehors des concernés, mais il ressemble aussi à une manière de s’épargner tout examen de conscience.

L’indignation ne doit pas être un moyen d’éluder le constat d’un malaise bien plus large et plus profond, qu’il faut examiner au-delà des condamnations de rigueur. Elle dit que les professionnels de l’information ne peuvent plus faire l’économie d’un véritable travail autocritique, qu’ils ne peuvent plus s’exclure des causes du problème. « Nous exigeons des médias libres, indépendants et objectifs », a-t-il été écrit dans un cahier de doléances cité par Libération. Pourquoi ce contrat élémentaire n’est-il pas assuré ?

Les principes défendus doivent évidemment l’être. C’est précisément pourquoi il est permis de se demander s’ils le sont au quotidien par tous les médias et les journalistes qui se réunissent soudain sous la même bannière. C’est-à-dire de se demander quelle est la crédibilité de toute la fraction du monde médiatique qui invoque la démocratie et ses valeurs alors que, par exemple, elle approuve (ou laisse advenir) des atteintes en série contre les libertés fondamentales.

Aujourd’hui, une presse majoritairement dans le giron de quelques grandes fortunes est-elle en position de fonder sa crédibilité sur son indépendance ? Sa contribution déterminante à l’hégémonie idéologique actuelle du libéralisme la rend-elle crédible en matière de pluralisme ? Face aux échecs de cette doctrine, diagnostiqué à son tour par le mouvement des Gilets Jaunes, quelle lucidité et quelle capacité critique peut-on attendre d’elle ?

Lesquels des journalistes têtes de gondole et des patrons de rédaction se sont soulevés quand le législateur a progressivement rogné les libertés fondamentales – pas seulement celles les concernant, comme le secret des sources, la protection des lanceurs d’alerte ou le secret des affaires ? C’est-à-dire quand le droit de manifester a été remis en cause, quand la police préventive est entrée en vigueur, quand le maintien de l’ordre a accentué sa brutalité, bien avant les Gilets Jaunes ?

Au cours des dernières semaines, ont-ils accordé à ces questions des violences policières, des doctrines du maintien de l’ordre à la française et du renchérissement sécuritaire du gouvernement la place que de dignes défenseurs de la démocratie leur accorderaient ?

S’en tenir à l’indignation et aux incantations constitue une stratégie d’évitement efficace, consistant à refouler l’idée que les médias sont parties prenantes de la crise démocratique qui, année après année, se révèle plus explicitement. Consistant aussi à ignorer que les attaques sont moins globalisantes qu’on veut bien le croire, qu’elles désignent d’abord les chaînes d’information et l’éditocratie, la fraction dominante du champ médiatique. Même du regrettable manque de discernement des Gilets Jaunes, il faut comprendre les causes.

Le flagrant déni des violences policières

BFMTV, LCI ou CNews – cibles privilégiées – n’ont pas le monopole du sensationnalisme ni des mises en scènes partielles et partiales. Le traitement de la question des violences policières a fait office de révélateur paradoxal. Tardivement, mais irrésistiblement, l’absence de ce traitement s’est révélée intenable, et coupable – y compris de la part des médias publics. Car longtemps, il ne fut quasiment question – et dans quelles proportions – que de la violence des « casseurs » et des manifestants.

Avant que l’abcès ne crève, de manière spectaculaire presque du jour au lendemain, les violences policières ont semblé ne même pas constituer un sujet, tandis que les débordements des manifestants se situaient tout en haut de la hiérarchie de l’information. L’accent était mis sur la difficulté du travail des forces de l’ordre (avec abondance d’interventions de syndicalistes policiers), sur l’impact économique des blocages et de la casse, tandis que les nombreuses condamnations du gouvernement étaient assidûment reprises.

De nombreux Gilets Jaunes, qui ne se recrutent pas dans les populations habituellement manifestantes, ont découvert l’envers d’un décor : la réduction des mobilisations aux violences et des manifestants aux casseurs. Si les militants de gauche ont fini par s’y résigner, ils n’ignorent pas la cruauté de ce traitement et ne s’étonnent pas de la colère qu’il peut soulever en retour. Car de fait, cette information-là est partielle et partiale jusqu’à la malhonnêteté.

Quelle est cette sorte de démocratie où les forces de l’ordre optent pour l’escalade, provoquent des mutilations en toute connaissance de cause et se livrent à des agressions gratuites, avec la bénédiction d’un gouvernement qui fait voter l’interdiction administrative de manifester ? Les habitants des « quartiers », les supporters de football et les acteurs des mouvements sociaux ont tour à tour fait les frais de la privation de droits élémentaires, de la militarisation des forces de l’ordre et d’une doctrine brutale du maintien de l’ordre… dans une grande indifférence médiatique.

Cette indifférence n’a plus tenu avec les Gilets Jaunes – d’une part parce que c’est une autre population, d’autre part parce que les brutalités policières ont été visibles partout… hors des médias institutionnels. Lesquels, ainsi, se mettent eux-mêmes en accusation. Une omission aussi grossière ne peut en effet que conforter les reproches qui leur sont adressés dont, en particulier, les accusations de parti pris étatique : cette inégalité de traitement épouse trop manifestement la stratégie du pouvoir.

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Il reste à se demander pourquoi le discours sur les violences policières (et sur leur existence même !) est encore, la plupart du temps, laissé au soin des victimes et des militants. Pourquoi il est conjugué au conditionnel ou sous forme interrogative, comme une simple hypothèse, ou au mieux sous l’angle du LBD et non des doctrines du maintien de l’ordre.

Il faut encore s’étonner que le sujet ait été majoritairement sous-traité à des francs-tireurs de bonne volonté comme David Dufresne – baptisé ici et là « le journaliste anti-violences policières » comme si tous les journalistes ne devraient pas être « anti-violences policières ». Pourquoi, ainsi que le remarque Vincent Glad, il est si souvent cantonné aux rubriques de fact checking – comme s’il était constitué d’allégations et non de faits vérifiables.

Sous la pression de l’évidence, le sujet a donc fini par être abordé de front : la digue a même cédé de manière spectaculaire ces dernières semaines. Mieux vaut tard que jamais, mais ce retard n’en est pas moins significatif. Combien de sujets pas moins essentiels sont pareillement et continuellement écartés ?

L’honneur des (autres) journalistes

L’union sacrée de la profession pose, ainsi, un problème quand elle solidarise ceux qui la servent avec rigueur, exigence et honnêteté intellectuelle, et ceux qui en dévaluent les principes les plus élémentaires. En l’espèce, le manque de discernement est partagé, de manière troublante, entre les Gilets Jaunes et leur cible. On affirme avec raison qu’il est ridiculement généralisateur de dénoncer « les médias » ; et néanmoins on fait corps, par réflexe, en donnant prise à cette généralisation.

Beaucoup de journalistes, qui déplorent qu’on les mette dans le « même sac », s’y précipitent donc à chaque nouvel épisode de solidarité confraternelle. Peut-être faut-il observer de plus près le profil de ceux-là, qui bien souvent appartiennent à la partie la mieux installée de la profession. Quoi qu’il en soit, ces protestations unanimistes entretiennent aussi un malentendu et une injustice.

La rage antimédiatique – celle des Gilets Jaunes comme celle qui l’a précédée – manque de subtilité dans ses cibles, elle ignore ou englobe souvent, à tort, tous les journalistes qui font bien leur travail et tous ceux qui, encore plus nombreux, regrettent de ne pas pouvoir le faire mieux. Elle tombe ainsi sur les milliers de pigistes précarisés qui se retrouvent doublement victimes.

Même l’existence de mauvais journalistes est moins imputable à ces derniers qu’aux responsables de leur recrutement et – pire – de leur avancement. Dans bien des domaines de l’actualité, combien de charlatans et de tartufes occupent les meilleures positions ? On a beau rire de plus en plus fort de ces invraisemblables spécimens du journalisme de révérence, mille fois discrédités ils persistent, se cooptent, s’éternisent.

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Pour ce scandale comme pour les autres, il faudrait abandonner la fallacieuse réserve professionnelle (de même que la prudence professionnelle, mais c’est plus risqué) et dire en toutes lettres, voire en gros mots, l’abyssale nullité de l’éditorialisme national. Il faudrait, en somme, que les journalistes se désolidarisent de la chefferie et de l’éditocratie, voire s’insurgent à leur tour pour reprendre le pouvoir dans les rédactions. On n’en est pas à ce point-là, mais on s’en est peut-être rapproché. Des rédactions s’interrogent, des directions sont interpellées.

Un contre-pouvoir introuvable

Les médias d’information sont au cœur de la profonde crise démocratique actuelle. Envisager leur responsabilité n’est pas remettre en cause leur rôle – du moins celui qu’ils devraient jouer. De ce point de vue, il est significatif que les violences policières ne soient pas le seul thème remarquablement occulté dans l’espace médiatique : l’imposition, par les Gilets Jaunes, des questions de justice fiscale et sociale indique un autre angle mort, pas moins considérable.

Nous arrivons – espérons-le – au terme de trois ou quatre décennies d’hégémonie de la pensée libérale, assurée par les pédagogues de la soumission, les évangélistes du marché, les chantres du there is no alternative sur toutes les grandes ondes, dans presque tous les quotidiens.

Leur déni croissant de la réalité économique et sociale de la France a fini par envoyer « les journalistes » dans le même monde parallèle que « les politiques », les englober dans le même discrédit, dans le même rejet d’une « caste » ou d’une « élite » coupée des réalités, qui ne défend que ses intérêts. « Ceux qui pensent qu’après trente-cinq ans de matraquage néolibéral inouï, un changement de paradigme pourrait se faire dans le calme, sont soit des naïfs soit des complices », résume l’écrivain Laurent Binet.

L’hostilité dont ils sont l’objet est aussi la conséquence d’un manque criant de pluralisme, d’abord au sens de représentativité des populations : des tranches entières de la société française ne se reconnaissent pas, ne s’entendent pas, ne se sentent ni défendues, ni considérées. Comme les habitants des quartiers populaires, ceux des périphéries et de la ruralité tentent de conjurer leur invisibilité, de faire constater la fracture médiatique

L’excuse de la « neutralité » est caduque quand elle n’est plus qu’une posture qui ne laisse de place qu’à la doxa économique libérale tout en faisant preuve d’une invraisemblance complaisance politique pour la pensée d’extrême droite. Loin d’assurer la contradiction, la pluralité des opinions, la présence d’une pensée critique, le débat politique est dissous dans le commentaire dérisoire des stratégies de communication et dans les amalgames débilitants des « extrêmes » et du « populisme ».

Si ceux qui exercent le pouvoir médiatique avaient été un contre-pouvoir, ils auraient assuré un minimum de contradiction à une doctrine économique qu’ils ont au contraire défendue jusqu’au dogmatisme. L’idéologie, c’était les autres. La panique morale actuelle de l’éditocratie indique aussi bien sa perte de sens commun que les intérêts qu’elle défend.

S’ils avaient eu une conscience de leurs responsabilités, ils n’auraient pas ouvert si complaisamment les vannes, non seulement de la médiocrité, mais aussi des opinions les plus toxiques – comme pour mieux verrouiller l’alternative fatale entre le libéralisme et le fascisme, entre la stupidité et l’horreur.

Ils auraient accordé une place centrale à des sujets comme l’évasion fiscale, les atteintes aux libertés publiques, l’aggravation des inégalités et de la violence sociale, la faillite politique de l’Union Européenne, le coût de la crise financière, le désastre écologique, le pouvoir des lobbies, etc. Ils auraient mis en examen les doctrines qui gouvernent, audité leurs conséquences, instruit les responsabilités.

En somme, s’ils avaient réellement assumé la fonction démocratique dont ils se prévalent, ils ne se retrouveraient pas aujourd’hui dans une position aussi compromise. Celle de spectateurs ou de complices de l’avènement des populistes identitaires et réactionnaires, incapables de pressentir ni de comprendre la colère qui éclate et les prend pour cible.

Réinventer le travail journalistique

Une large part du traitement médiatique du mouvement des Gilets Jaunes, la plus « visible », a été problématique et de nature à exacerber le ressentiment. Mais une frange de médias a produit un effort de reportage considérable. Conscients de longue date du gouffre entre l’information et la population, ou récemment dessillés, des journalistes se sont lancés sur ce terrain avec humilité et envie, d’autres se sont interrogés sur les causes de l’hostilité et sur leurs propres responsabilités.

Le mouvement des Gilets Jaunes a en effet ramené, de force, l’information sur le terrain, en l’occurrence sur des terrains négligés. Des ronds-points aux groupes Facebook, des périphéries aux classes populaires, de la justice fiscale à la justice sociale, il a fallu s’engager sur des territoires peu arpentés.

Si le « média culpa » a commencé, il faut encore évaluer sa capacité à susciter une réelle transformation. On connaît la force d’inertie engendrée par ceux qui résistent pour maintenir leur avantageuse position.

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En 2016, année du référendum sur le Brexit et de l’élection de Donald Trump, la découverte (tardive) des ravages des fake news, des effets délétères des « bulles de filtre » ou de la malignité des algorithmes aurait déjà dû susciter une remise en cause fondamentale. Elle a souvent été un moment de déploration et de fatalisme condescendant qui impute l’essentiel de la responsabilité aux réseaux sociaux – sans se demander si leur succès n’était pas accentué par la perte de crédit des médias traditionnels.

Bien sûr, beaucoup de journalistes accomplissent un travail remarquable, y compris dans ces médias-là. Des efforts ont été consentis, des progrès accomplis – non sans limites et travers, comme avec le fact checking, mais avec un certain volontarisme. Des démarches créatives et audacieuses ont été entreprises, des médias indépendants et ambitieux ont été lancés, le métier est en effervescence et de nombreux confrères s’interrogent ouvertement sur leur travail, à la lumière des événements actuels.

Il est par ailleurs possible aujourd’hui, plus qu’il y a quelques années, d’accéder à une information sûre, exigeante, pluraliste et, surtout, indépendante. Mais celle-ci reste en marge, comme une exception, ses modèles économiques sont fragiles et difficiles à reproduire. Il y a encore toute une révolution à accomplir.

Pour une (auto)critique des médias

Malgré des progrès récents depuis la crise des « fake news », la critique des médias reste marginalisée, laissée à des officines valeureuses et à quelques francs-tireurs, auxquels on réserve une hostilité hélas largement partagée dans la profession. Elle coûte cher sur un marché du travail journalistique rétréci, où il vaut mieux ne se fâcher avec personne. Aussi cette corporation est-elle si peu capable de retourner ses outils sur elle, restant à l’abri dans son propre angle mort.

La critique des médias relève pourtant d’un travail profondément journalistique, et d’une démarche réflexive qui devrait être au centre de la production d’information. Si le journalisme, l’information des citoyens, l’indépendance des médias sont si essentiels à la démocratie, la profession doit impérativement s’appliquer les plus grandes exigences éthiques et déontologiques. Ses seules chartes en la matière (dont l’une date de 1971) sont déclaratives et régulièrement bafouées, dans la plus grande impunité puisqu’elle ne dispose d’aucun organe de contrôle.

Aussi refoulée soit-elle, la critique des médias fait son retour sous la forme d’une vague puissante. L’ensemble des événements récents, pas seulement ceux les concernant, indiquent aux médias d’information la nécessité et l’urgence absolues de cette réflexion. S’il y a une restauration démocratique à opérer, elle passera nécessairement par une révolution dans l’information.

Il faut défendre un journalisme critique et expert, capable de faire du fact checking en direct – tout le contraire d’un journalisme déblatératif qui consiste à donner la parole à des spécialistes en matière générale pour parler de tout et n’importe quoi, n’importe comment.

Un journalisme à la fois ambitieux et modeste, qui cesse de se regarder le nombril, crève ses propres bulles de filtre et sort de ses zones de confort. Un journalisme qui, au lieu de les inviter constamment, met ses ennemis dehors : les éditorialistes fumeux, les faux intellectuels, les experts discrédités, les lobbyistes à la solde, les communicants et les sondeurs, les essayistes de raccroc, les distillateurs de haine.

Les rédactions doivent remettre en cause cette fausse « neutralité » qui fait d’elles les auxiliaires actifs ou passifs de l’idéologie dominante. Il faut certes poursuivre l’objectivité, mais sans en être dupe. Il est peut-être temps de promouvoir un « journalisme des opinions », un journalisme d’opinion qui ne se cache pas de l’être. Un journalisme qui dise toujours d’où il parle et d’où parlent ses interlocuteurs, qui ménage de véritables débats contradictoires : l’ideology checking devrait aller de pair avec le fact checking, quitte à compliquer ce dernier.

Il y aura toujours du mauvais journalisme ; il faut plus de bon journalisme, plus créatif, plus indépendant, plus politique, plus militant – ne serait-ce que pour défendre le journalisme. Il faut enrayer la cooptation des médiocres, s’adresser à l’intelligence en faisant le pari de celle des citoyens, être, enfin, véritablement digne de la démocratie en cessant de se payer de grands mots.

Jérôme Latta

[1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n’engagent pas collectivement l’association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas nécessairement toutes les positions.

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Publié par le 7 février 2019 dans Education - information, général, Politique, Sciences

 

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