par Rafael Poch de Feliu

La rupture du monopole de  occidental génère de  armes soft.

Parmi les derniers concepts importés des États-Unis, celui de « fake news » (fausses nouvelles) s’est innocemment installé dans notre langage. Que signifie t-il ? Il y a toujours eu des fausses nouvelles. Rappelez-vous que la guerre de Cuba [contre l’Espagne] a été facilitée par la destruction du « Maine » [« USS Maine »], que celle du Viêt-Nam a commencé avec « l’incident fictif du Golfe de Tonkín » et que celle de l’Irak a eu pour motif les armes de destruction massive inexistantes de Sadam Hussein.

Oui, la technologie digitale permet la multiplication de messages et de nouvelles à une nouvelle échelle, mais la simple réalité est que le mensonge et la falsification font partie d’un journalisme réellement existant. Cela a à voir avec la corruption structurelle qui entoure l’information, qui dans notre monde se trouve généralement entre les mains d’entreprises de  de grands magnats et de pouvoirs structurellement incompatibles avec les intérêts de la majorité sociale. Cela a à voir aussi avec le pluralisme des points de vue et avec le fait que les informateurs pratiquent toujours une sélection qui n’est jamais neutre en choisissant leurs informations. Alors, au nom de quoi viennent-ils désormais avec ce concept ?

L’élément déclencheur fut la paranoïaque thèse étasunienne selon laquelle les Russes ont déterminé le résultat des dernières élections présidentielles, mais le motif de fond est la crise du monopole de l’information occidental.

Les Russes et les Chinois – et aussi des Arabes et des Latinoaméricains – ont créé ces dernières années leurs propres appareils de propagande mondiale. Maintenant, à cette époque d’empires combattants, toute guerre et conflit entre , a plus d’une version. C’est ainsi que, en plus de propager des guerres, les États-Unis d’Amérique ouvrent une nouvelle « guerre soft » contre les appareils de propagande de ses rivaux, particulièrement la Russie et la . Les objectifs principaux de cette action sont le canal mondial de télévision russe RT et l’agence Spoutnik. Le but est, le moment venu, d’interdire ou de censurer l’action de ces médias dans Euroatlántida. Et l’ : fabriquer des « fake news ». Comme d’habitude, l’Union et le Parlement européen se sont mis dans cette guerre.

Une loi française, actuellement en projet, envisage la possibilité de fermer des canaux et médias d’information qui sont, « sous influence d’un état étranger ». Le problème est que tous les médias publics émettent l’influence du pays auquel ils appartiennent. Quelques  « necios » [1]– dans le quotidien Le Monde et dans divers quotidiens allemands, par exemple – ont établi des services pour démasquer les « fake news », en excluant naturellement celles qu’eux mêmes lancent, c’est-à-dire qu’ils s’arrogent la capacité d’établir ce qui est vrai et ce qui est faux, étant donné, bien entendu, que la leur est toujours neutre et objective.

Le problème, comme l’a dit Jean-Luc Melenchon, est que la « vérité » est quelque chose d’assez discutable. A moi, par exemple, il me semble que la recette néolibérale qu’ils nous font passer pour la panacée est une catastrophe au service des plus riches, mais cela fait partie de la bataille d’idées, c’est-à-dire des intérêts que tu défends. Ce qui est le comble, c’est que ces personnes et ces médias dont l’information consiste en la défense continue de l’ordre établi, ce qui implique de mentir quotidiennement, cherchent à analyser ce qui est vrai et faux depuis leur prétendue et angélique objectivité.

La domination occidentale de l’information mondiale continue d’être écrasante, RT a un budget de 300 millions de dollars par an, sans qu’existe un réseau d’émergents qui coordonne ses messages avec, par exemple, la chinoise CCTV, la télévision iranienne ou Télésur. Mais le réseau occidental, oui, est une somme d’appareils assez coordonnés dans leurs informations sur la Russie et beaucoup d’autres sujets : la Deutsche Welle a un budget de 350 millions, la française RFI, 380 millions, la BBC 524 et le complexe des États-Unis, qui comptent des décennies en émettant dans presque toutes les langues de l’ex-URSS (et ce sont déjà beaucoup de langues), encore davantage de millions. Et tout cela, sans compter des médias privés et sans tenir compte de l’énormité que représente le complexe Hollywood, qui, comme Laurent Dauré le dit, est, « la prolongation de la politique de Washington par d’autres moyens ». Les émergents n’ont pas, ni n’auront jusqu’à nouvel horizon, quelque chose de comparable à Hollywood.

Malgré cette disproportion de moyens, la simple rupture du monopole de propagande crée déjà une nouvelle tension. Et ce front de « guerre soft » s’arme de nouveaux concepts. « Fake news » est l’un d’eux, et, en faisant honneur à son nom, c’est une falsification.

Rafael Poch de Feliu pour son Blog personnel

Rafael Poch-de-Feliu (Barcelone, 1956) a été durant plus de vingt ans correspondant de « La Vanguardia » à Moscou à Pékin et à Paris. Avant il a étudié l’Histoire contemporaine à Barcelone et à Berlin-Ouest, il a été correspondant en Espagne du « Die Tageszeitung », rédacteur de l’agence allemande de presse « DPA » à Hambourg et correspondant itinérant en Europe de l’Est (1983 à 1987).

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

Notes

[1en espagnol personne qui insiste sur ses propres erreurs ou qu’elle s’accroche à des idées ou à des postures erronées

source:http://www.elcorreo.eu.org/La-fraude-des-fake-news